A 88 ans, Edouard Jean-Jacques a toujours vécu là. Ses parents y habitaient avant lui, propriétaires de la maison et du terrain. Lors du cyclone Garance, la rivière est sortie de son lit. Son habitation a tenue. Elle a été recouverte par une couche de boue de 12,5 cm, qu’il a mis près de deux jours à nettoyer. D’autres ont vécu bien pire.
Vendredi dernier, la décision est tombée, lui et les autres habitants du quartier de la Colline, au Bas-de-la-Rivière à Saint-Denis, vont devoir évacuer. Leurs habitations ont été endommagées, et pour certaines détruites, lors du passage du cyclone Garance, il y a un peu plus d’un mois.
Les travaux du captage et un manque de sécurisation pointés du doigt
Pour lui, comme pour plusieurs personnes du voisinage, si la rivière est devenue dangereuse, c’est à cause des travaux du captage situé en amont, qui ont selon lui été mal fait " un travail inutile ", estime-t-il.
Son petit-fils, Freddy Jean-Jacques est du même avis. Au moment des travaux du captage d’eau situé en amont, il y a près de 10 à 15 ans, une digue devait être faite depuis le village de la Colline jusqu’au Bas-de-la-Rivière, dit-il. Elle n’a été faite que plus bas, mais pas à leur niveau.
Déjà l’année dernière, le cyclone Belal avait causé des dommages, les habitants avaient prévenu la mairie sur la nécessité de faire des aménagements, explique Freddy. Cela n’a pas été fait, dit-il, si bien que lors du passage de Garance, l’eau a détruits les habitations. Pour Freddy, l’endiguement aurait permis d’éviter d’aussi importants dégâts.
Les habitants climatiques, premiers réfugiés climatique de la Réunion ?
Situées en zone rouge, elles ne peuvent être reconstruites. Avec le réchauffement climatique, les risques de crues de la rivière, de glissements de terrain et de chute de pierre sont aggravés. Impossible de les protéger par une digue ou autre dispositif, les habitants doivent partir.
Le BRGM préconise la délocalisation du quartier. Un dispositif de relogement est donc mis en œuvre par la municipalité de Saint-Denis et l’Etat.
S’il doit être relogé, Edouard Jean-Jacques souhaite se voir proposer un terrain et une maison de même surface que celle qu’il a. Mais cette perspective n’est pas acceptée de toutes les familles. Il faut dire que ce site est particulier, les habitants y vivent encore en communauté, dans un esprit d’entraide.
Une tournure politique
Face à cette situation, certains habitants s’en remettent à ceux qui pourront porter leur voix. L’affaire prend donc une tournure politique, à tout juste un an des élections municipales. Ce mardi 25 mars, Gaëlle Lebon, ex-candidate Rassemblement national dans la 1ère circonscription, était sur place. Elle se présente comme la porte-parole des habitants de la Colline. Elle invite la population à les soutenir.
Il y un sentiment d’injustice. Ils demandent la sécurisation de leurs habitations, chose qui a été faite il y a plusieurs années auparavant, mais il n’y a plus cet entretien.
Gaëlle Lebon, ex-candidate Rassemblement national dans la 1ère circonscription
Elle prend pour preuve les murs de protection et digues en place pour les entreprises en contre-bas du village. Le village de l’abattoir jusqu’au pont de la Colline est protégé par un endiguement d’1,5 km, le site du BOTC est lui aussi protégé par un mur, dit-elle.
Aujourd’hui, les habitants de la Colline sont dans l’incompréhension. Ils souhaitent qu’un endiguement similaire soit réaliser pour protéger leurs habitations. Impossible leur a répondu la mairie de Saint-Denis et les services de la préfecture, en se basant sur les analyses du BRGM.
Est-ce qu’ils valent moins ? Ce sont des gens qui ont été encouragés à vivre ici, avec les autorités publiques qui ont installé l’eau, l’électricité. Aujourd’hui, ils sont en zone rouge, mais par contre pour voter ils ne sont pas en zone rouge.
Gaëlle Lebon, porte-parole des habitants de la Colline et ex-candidate du Rassemblement National sur la 1ère circonscription
Pour elle, il reste des questions sans réponse. Des réponses attendues de la part de la maire de Saint-Denis. Ce mercredi 26 mars, c’est cette fois Ludovic Sautron, ex-candidat Génération Ecologie sur la 1ère circonscription également, qui organisera une réunion d’information avec les habitants.