Volcan : 2007, l’année où le Dolomieu s’est effondré

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Effondrement du Dolomieu
Le 6 avril 2007, le principal cratère du Piton de la Fournaise s'effondre, laissant apparaître un trou béant de 340 mètres de profondeur. ©OVPF/IPGP
Effondrement du Dolomieu en 24h. La production de 220 millions de m3 de laves. De nouvelles espèces de poissons apparues. L’éruption du 2 avril 2007 restera dans les mémoires réunionnaises comme la plus spectaculaire du siècle. Celle qui a aussi fait des frayeurs aux habitants du Tremblet.
Le 18 février, il est 16h38 lorsque le Piton de la Fournaise ouvre le bal des éruptions de 2007. Annoncée par une courte crise sismique de 27 minutes, la lave se répand dans le Dolomieu autour d’une fissure dirigée d’ouest en est. Le fond du principal cratère du Piton de la Fournaise est tapissé par la matière en fusion qui déborde légèrement sur le flanc du cône volcanique. Au bout de 9 heures, extinction des feux.
 

Des signes annonciateurs


Le 30 mars, acte 2 du répertoire. Il est 22h50 lorsque la lave arrive à la surface. A l’intérieur de l’enclos, à 1900 mètres d’altitude. Là encore l’activité ne fait pas d’étincelles. Après 10h30 d’activité, le Piton de la Fournaise se rendort paisiblement. Ou presque…  Car sous le massif volcanique, les séismes enregistrés par les scientifiques de l’observatoire restent nombreux. Comme les déformations, soulignées par le relevé des mesures GPS.
 
Aline Peltier volcan
La directrice de l'Observatoire Volcanologique du Piton de La Fournaise connaît bien l'éruption d'avril 2007. A l'époque doctorante, Aline Peltier était au cœur de l'action de ce phénomène hors-norme. ©Loïs Mussard

Quelque chose d’« extra » ordinaire se profile. Les choses sérieuses se précisent avec une crise sismique longue de 46 heures. Finis la valse et le slow, cette fois le Piton de la Fournaise sort les partitions de rock’n’roll.
 

La menace d’une éruption hors-enclos


Le 2 avril 2007, à 10h, une fissure s’ouvre dans le Grand-Brûlé et ça ne sent pas bon. La faille est localisée à 600 mètres d’altitude et à 300 mètres seulement des remparts. Dès cet instant, le spectre d’une coulée à l’extérieur de l’enclos Fouqué est sérieusement envisagé.

Les habitants du village du Tremblet et les touristes se massent pour admirer la lave qui avale la végétation sur son passage. Les sculptures d’Enzo Mayo, intitulées « Les sentinelles du Volcan ou Symbiose pour oiseaux et volcan», sont englouties au passage. La RN2 suit le même chemin. Dernière victime de cette cavalcade incandescente, le Vieux Port du Tremblet, dévoré dès la première nuit d’éruption lorsque la lave atteint la mer.

Le rythme de cette troisième éruption de l’année ne faiblit pas. Loin de là. L’éruption semble déborder sur des sonorités métalliques. Sous une lune voilée par les volutes de fumerolles rougeoyantes, des éclairs électrostatiques zigzaguent entre le feu volcanique et le battant des lames de l’Océan. Crescendo, le trémor, le signal de l’activité de l’éruption, continue à augmenter pendant que de nouvelles secousses sismiques agitent le dessous du Dolomieu.
 

Le Dolomieu se transforme en creuset


Un phénomène très inhabituel car l’éruption se joue sur deux tableaux. La première portée, en aval, avec des torrents de lave de plus en plus intenses au pied du quartier du Tremblet. La deuxième en amont. Le 6 avril, vers 15h, la partie nord-ouest du Dolomieu s’effondre dans un fracas énorme.
 
Soufrière et Dolomieu effondrement
Entre le dimanche 20 et le mardi 22 septembre, 21 séismes de magnitude inférieure ou égale à 1 ont été enregistrés et localisés sous le cratère Dolomieu ©OVPF/IPGP
Le panache de poussière et de cheveux de Pélée est visible depuis le littoral. Un brouillard jaunâtre s’étendra à toute La Réunion pendant plusieurs jours nécessitant la mise en place d’un dispositif de surveillance de la qualité de l’air.

L’affaissement est dû à la vidange de la chambre magmatique. Lorsque le voile se dissipe, les scientifiques constatent que la totalité du fond du Dolomieu semble avoir été aspiré par la coulée dans le Grand-Brûlé. Laissant un trou béant de 340 mètres de profondeur. Une nouvelle caldeira est née.
 

C'était la panique au village"


Au pied du village du Tremblet, l’agitation se poursuit. La confusion est telle que les autorités craignent une éruption hors enclos. Les habitants du village sont évacués en direction du gymnase de Saint-Philippe. Les visages sont tendus. "C'était la panique au village" se souvient Honoré Dumont, un habitant du Tremblet. 
 
Honoré Dumont coulée 2007
"C'était la panique au village" confie Honoré Dumont, un habitant du Tremblet. Le premier "voisin" de l'éruption d'avril 2007 se souvient de la peur lisible sur les visages des habitants. ©Loïs Mussard
Les véhicules de secours sillonnent le quartier avec des messages d’alerte. Chacun s’empresse de charger quelques affaires avant de quitter les lieux. La peur au ventre. L’incompréhension en tête. La panique lisible sur les visages et dans les gestes désordonnés.
 

La végétation grillée par des pluies acides


Au bout de quelques jours, certains rentrent chez eux, loin d’être rassurés pour autant. Il faut dire que l’ambiance est dantesque. En, entrant au contact de la mer, les coulées de lave se transforment en projections de sable et d’acide qui recouvrent les maisons et les champs de vanille et de palmistes. Grillant la végétation au même titre que les incendies qui ravagent les remparts. Les pompiers menant un combat digne de David et de Goliath pour tenter de contenir la situation et d’éviter que les feux n’atteignent les habitations.   
 

Le Tremblet menacé d’enclavement


A cela s’ajoute la pluie. Un renfort de courte durée. Si les incendies sont maîtrisés, les ravines gonflent ajoutant une menace d’enclavement aux autres menaces. Le climat d’insécurité fini par se dissoudre au fil des jours.

L’éruption s’arrête le 1er mai. En point d’orgue, des biologistes marins repèrent des poissons en surface. Une quarantaine d’espèces non répertoriées à La Réunion, dont une dizaine, nouvelles pour la science à l’échelle mondiale.  
 
La RN2 rongée par le volcan
Les torrents de lave ont rongé la RN2 dans les rampes du Tremlet et dans le Grand Brûlé. Il a fallu 5 mois de travaux pour reconstruire 1.5 km de chaussée sur un champ de laves encore chaudes et fumantes. ©Loïs Mussard
Ne restait plus qu’à reconstruire la RN2 détruite sur 1,5 km de long. Le chantier a nécessité cinq mois de travaux réalisés sur un champ de laves entre fumerolles et crevasses. Un travail de titans qui a permis de rétablir la circulation tout autour de La Réunion.     

 
Volcan : retour sur la coulée de 2007
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