Les naufrages de la grande pêche : des drames humains documentés par un historien acadien

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©France 3 Bretagne
À Saint-Pierre, à Miquelon et sur la dune de Langlade, des naufrages causant des milliers de morts ont marqué l'histoire de la grande pêche. L'historien acadien Nicolas Landry s'est penché sur la question pour documenter ces drames.
Historien acadien, Nicolas Landry vient de publier dans la revue de recherche de l'université Memorial de Terre-Neuve une étude sur les risques dans la vie maritime autour de Saint-Pierre-et-Miquelon entre 1817 et 1948. Le chercheur s'est appuyé sur les registres des marins morts et disparus en mer de l'archipel.

Nicolas Landry, historien acadien


Des victimes relativement jeunes 


"On a découvert que certaines sources permettaient d’en apprendre beaucoup, non seulement sur les naufrages, mais aussi sur les origines sociales des matelots et des pêcheurs, sur ce qui les a poussés à embarquer pour la grande pêche de Terre-Neuve", raconte Nicolas Landry. Dans ses recherches, il a découvert le cas d'un marin décédé après 60 ans en mer. Mais pour lui, l'âge moyen des victimes répertoriées serait de trente ans.
 

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Les facteurs causant la mort des marins sont nombreux. Mais les conditions de navigation jouaient beaucoup à l'époque sur le bon déroulement d'une pêche.
 

"Jusqu’aux années 1870, 1880, il y avait toujours un facteur de chance puisque cela dépendait des conditions de navigation. Si les vents étaient favorables, le trajet était moins long. Il y avait moins de danger par exemple que l’eau potable puisse être gardée ou que la nourriture puisse être gardée donc à ce moment-là les dangers de maladie étaient moins élevés." - Nicolas Landry, historien  


Lors de son étude, l'historien remarque des années bien plus funestes que d'autres. Les grandes tempêtes ou les épidémies ont fait des ravages à certains moments précis. Lors de la grande tempête de 1873, par exemple, le bilan est de 250 disparitions en mer. Nicolas Landry ajoute : "Il y a eu vraiment des années éprouvantes comme 1903 où on a 44 décès à l’hôpital."


4249 constatations de disparition entre 1817 et 1948

 

"On sait qu’il y a 4249 constatations de disparitions en mer entre 1817 et 1948. Ça donne une moyenne de 35 par année. On ne peut pas confirmer que ces gens-là sont vraiment morts mais c’est probable." - Nicolas Landry, historien  


Les morts violentes sont aussi à prendre en compte. À l'époque, les équipages sont très à l'étroit sur les navires où des disputes et des bagarres pouvaient se déclencher. Et dans les ports, des morts violentes sont restées non résolues. "On a trouvé quelques pêcheurs morts à Saint-Pierre, dans le cimetière ou ailleurs sans trop savoir ce qui leur était arrivé", détaille Nicolas Landry. 

 

Nicolas Landry, historien acadien


La vie à bord s'améliore après 1880 


Une évolution est à noter à partir des années 1880 : les conditions de vie des matelots semblent s'améliorer. "Il y a de moins en moins de cas de maladies infectieuses, d'épidémies. Les nouvelles technologies permettent d'améliorer la vie à bord, la sécurité à bord", décrit Nicolas Landry. Les trajets sont aussi un peu moins longs avec des navires moins dangereux, plus adaptés à la vie en mer.
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