"On vivait dans une bulle" : un couple de Saint-Pierrais raconte son confinement à bord du MSC Magnifica

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©Alf van Beem
Après une croisière de quatre mois perturbée par la pandémie de Covid-19, le paquebot MSC Magnifica est finalement rentré à Marseille le 20 avril. À son bord, les Saint-Pierrais Jean-Noël et Chantal Gautier, partis en mer avant la crise. Ils racontent ce voyage fou qu'ils n'oublieront pas de sitôt.
Quand on l'interroge sur son voyage à bord du MSC Magnifica, Jean-Noël Gautier décrit des longues périodes en mer, des passagers un peu bousculés par les vagues et des températures "pas aussi chaudes que ce qu'on avait imaginé". Surtout, il évoque la fin de la croisière, rythmée par les informations de plus en plus alarmistes sur la pandémie de Covid-19 et les efforts de l'équipage pour rassurer les passagers. 

Lorsque le Saint-Pierrais et sa femme, Chantal, ont embarqué à bord du paquebot le 6 janvier dernier, l'état de pandémie mondiale n'avait pas été déclaré par l'organisation mondiale de la santé. On en savait encore très peu sur ce nouveau coronavirus qui sévissait en Chine, dans la ville de Wuhan. Le couple ne se doutait donc pas que son périple maritime se finirait à Marseille le 20 avril, soit onze jours plus tôt que prévu, en pleine crise sanitaire. Et qu'il ne pourrait pas rentrer à Saint-Pierre avant le mois de mai, au plus tôt.

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Au début, la croisière se passe plutôt bien. Espagne, Portugal, Brésil, Uruguay, Argentine, Chili, Pérou… Les escales s'enchaînent sans problème jusqu'à Hobart, en Tasmanie, où les excursions sont annulées début mars. Plusieurs cas de Covid-19 viennent d'être détectés dans l’État insulaire d’Australie. Le commandant du MSC Magnifica prend alors la mesure de la situation sanitaire et met en place des règles pour empêcher l'arrivée du virus à bord. Le voyage continue, mais il n’y aura plus aucun contact avec l’extérieur si ce n'est "les pilotes qui montent à bord avec des mesures de protection"
 

Trente et un jours sans toucher terre


Après Tahiti, Jean-Noël et son épouse ont finalement le choix : se faire rapatrier depuis Sydney et Melbourne ou rester à bord jusqu'au retour du bateau à Marseille. Ils choisissent cette seconde option, sans être certains d'avoir opté pour la bonne solution.

Aujourd'hui, le couple relate une expérience hors-du-commun. "On avait l'impression d'être dans une petite bulle" raconte le Saint-Pierrais. "On savait ce qu'il se passait, on était très informés sur la situation mondiale. Mais on savait aussi qu'on n'allait pas toucher terre pendant 31 jours, de Sydney jusqu'à Marseille." 
 

"Ravitaillement oblige, le bateau s'arrêtait pour des escales techniques. Mais nous n'avions pas la possibilité de toucher terre."


Jean-Noël Gautier décrit une vie à bord, somme toute agréable, avec buffets et soirées à thème le soir, activités en journée. "L'équipe d'animation a bien fait son travail, ce qui a permis aux gens de penser à autre chose, de s'occuper [...] On avait le droit de sortir des cabines, on se baladait, piscine, salle de sport... tout le monde croisait tout le monde."
 

"On était vraiment dans un monde à part"

 

Dans ce "confinement quatre étoiles", comme il l'appelle, il a noué des amitiés très fortes. "On mangeait à table avec les mêmes personnes tous les soirs et tous les midis" se souvient-il.  "Il y a toute une petite famille, tout un cercle d'amis qui s'est construit. Des gens de tous horizons."

Dire au revoir a d'ailleurs été extrêmement dur pour lui, au moment de mettre pied à terre. "J'en ai encore un peu la boule au ventre, la gorge serrée" se remémore-t-il avec émotion. "On quitte des gens qu'on a fréquenté pendant quelques mois, on sait qu'on ne les reverra peut-être pas."
 

"J'en ai encore la boule au ventre"


À Marseille, le débarquement s'est fait progressivement. Jean-Noël et Chantal ont attendu plusieurs heures dans le paquebot avant de pouvoir prendre un bus, préparé spécialement pour les voyageurs du MSC Magnifica et préalablement désinfecté. Mais ils estiment que leur arrivée, encadrée par les autorités, s'est bien déroulée : 
 

"Direction Saint-Raphaël !"


Aujourd'hui, les Gautier sont confinés à Saint-Raphaël chez des amis rencontrés pendant la croisière. "Pour l'instant, on est dans l'expectative" résume Jean-Noël, en contact régulier avec la préfecture et son agence de voyages. "Apparemment, c'est très compliqué [d'organiser notre trajet de retour], parce que nous sommes encore assez nombreux à vouloir rentrer à Saint-Pierre. La préfecture travaille par priorité, et nous n'étions pas prioritaires." Elle doit aussi prendre en compte les restrictions canadiennes pour organiser les escales. 
 

"On est chez des amis formidables avec qui on mangeait tous les jours à bord du bateau et qui nous accueillent chez eux [...] Pour l'instant, il n'y a pas de souci."


Le couple espère pouvoir partir sur le vol Paris-Montréal prévu le 3 mai, pour ensuite prendre l'ATR d'Air Saint-Pierre. "Et si ce n'est pas le 3 mai, ce sera deux semaines après, donc le 17 mai."