Rescapé du Douala, le Saint-Pierrais Etienne Rebmann raconte le naufrage

histoire
Opération de recherche du Douala, 21 décembre 1963
Opération de recherche du Douala, 21 décembre 1963
Étienne Rebmann était maître d'hôtel à bord du Douala ce 21 décembre 1963, quand le cargo surpris par la tempête a sombré entre Burgeo et Saint-Pierre et Miquelon. Lui a eu la chance d'être secouru. Après plus d'un demi-siècle, il se souvient de tout.

57 ans plus tard, Étienne Rebmann garde en tête les moindres détails. Ce marin saint-pierrais est alors employé depuis plusieurs années comme mécanicien par la compagnie marseillaise Fraissinet et Cyprien Fabre sur ses navires qui desservent l'Amérique du Nord.

Etienne Rebmann, au centre
Etienne Rebmann, au centre


Un poste de maître d'hôtel

 

Les bateaux cargos relient les grands lacs à la cité phocéenne, leur port d'attache, en passant par Saint-Pierre et Miquelon. Mais à l'approche de Noël 1963, il manque un maître d'hôtel sur le Douala. L'équipage le connaît, le poste sera pour lui.

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Étienne retrouve à bord un autre marin de l'archipel, officier, le second-lieutenant Michel Roulet. Il ne sait pas encore que les heures qui vont suivre vont le marquer à jamais.

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Et soudain, la tempête

 

Le Douala n'aurait pas dû se trouver dans les eaux glacées de Saint-Pierre en plein hiver. Avec son chargement de grain et d'autres marchandises, il a près d'un mois de retard sur son programme de navigation depuis le Québec.

Le Douala
Le Douala


Il fait moins 15°C, il neige de plus en plus fort, le Douala traverse soudain une zone de tempête non signalée au large de Burgeo à Terre-Neuve. L'événement surprend le capitaine, qui a surtout navigué en zone tropicale, peu habitué à l'hiver en Atlantique Nord.

Dans la nuit, sous la violence de la houle, les panneaux de cale sont arrachés et une voie d'eau s'ouvre à l'avant. De plus, le grain s'échappe et bouche les crépines des pompes qui ne peuvent plus écoper.
 

Abandonner le navire

 

Vers six heures du matin, le capitaine annonce à l'équipage de 29 marins qu'ils doivent se préparer à évacuer le bateau avant qu'il ne sombre.
 

Le signal de détresse émis par le Douala
Le signal de détresse émis par le Douala
Le naufrage, toile peinte en 1964 par un des rescapés, le maître d'équipage Robert Daniel
Le naufrage, toile peinte en 1964 par un des rescapés, le maître d'équipage Robert Daniel ©Robert Daniel

Après l'avoir libéré de la couche de glace formée par les embruns, Étienne Rebmann et Michel Roulet embarquent avec un groupe de 17 autres hommes dans la première baleinière.

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Mais les derniers marins à vouloir quitter le Douala sont pris au piège dans le second canot. Un croc de palan lâche et la plupart tombent à l'eau. Des "martyrs" comme les nomme encore Étienne Rebmann, qui les voit disparaître sans pouvoir leur porter secours.

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Une trop longue attente

 

Frigorifiés, les marins survivants ne peuvent que compter sur la rapidité des secours, alertés par les messages de détresse lancés par le Douala. Ils aperçoivent un cargo se dérouter, puis repartir, ils entendent des avions les survoler.

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Mais dans la tempête et la nuit qui est tombée, ils doivent se résoudre à patienter, encore. Trop longtemps. Certains voient leurs dernières forces les abandonner. Le marin graisseur est le premier à mourir de froid sur la baleinière. Suivi un peu plus tard par Michel Roulet, le compagnon Saint-Pierrais. Il avait 27 ans.
 

Michel Roulet
Michel Roulet


Opération de secours

 

Les vagues s'élèvent à près de vingt mètres, la mer est déchaînée, le froid engourdit leurs membres. Mais les marins continuent d'y croire. Après 27 heures de calvaire, Etienne Rebmann et ses camarades sont enfin repérés par un avion de reconnaissance de la Royal Air Force, et secourus par un bateau de balisage de la garde côtière canadienne, le Sir Humphrey Gilbert.
 

La première baleinière, photographiée par les secouristes
La première baleinière, photographiée par les secouristes


Mais deux autres occupants de leur baleinière, exténués, ne réussiront pas à monter à bord lors de la manoeuvre périlleuse à réaliser, et perdront la vie avant d'arriver à Port-aux-Basques, port de destination choisi par les sauveteurs afin d'offrir au plus vite aux rescapés tous les soins que nécessitait leur état.
 

Les rescapés à Port-aux-Basques
Les rescapés à Port-aux-Basques


Des chalutiers de l'archipel en soutien

 

Sur l'autre embarcation de fortune, les chalutiers Rodrigue et Langlade de Saint-Pierre-et-Miquelon arrivés sur zone, ne retrouveront que deux survivants, qu'ils conduiront au plus vite à l'hôpital de Saint-Pierre. 

Le Rodrigue, qui a ramené à Saint-Pierre les survivants du second canot
Le Rodrigue, qui a ramené à Saint-Pierre les survivants du second canot

Naufrage du Douala : le sauvetage après 27 heures dans les baleinières


Parmi l'équipage de 29 marins du Douala, douze n'ont pas fêté Noël en cet hiver 1963.
Les disparus du Douala
Les disparus du Douala
Pour ne jamais oublier
Presque soixante ans après le drame, Etienne Rebmann est un gardien de la mémoire. Il a consigné ses souvenirs et les documents d'époque dans un livret consacré au naufrage du Douala, mis en ligne par un groupe de passionnés d'histoire de Saint-Pierre et Miquelon. Pour que les martyrs de la mer ne soient jamais oubliés.
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