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Wallis et Futuna doit surveiller sa ressource halieutique : le résultat de la mission BIOPELAGOS

écologie
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©NC1ère
Les 3 scientifiques de l'équipe BIOPELAGOS ont étudié la biodiversité marine de Wallis et Futuna pendant 1 an. Ils ont communiqué ce vendredi 31 mai 2019, sur les résultats de leurs recherches. Il est urgent de préserver nos systèmes lagonnaires.
La mission Biopelagos a rendu le résultat des travaux effectués depuis 2018 sur les ressources pélagiques de nos îles. En résumé, Wallis et Futuna se situent dans une zone pauvre en éléments nutritifs pour les grands prédateurs. Une information importante pour les pêcheurs locaux car ils attendent une estimation de la ressource halieutique. Le programme Biopelagos ne s'arrêtera pas là car il reste encore beaucoup de travaux d'observations à effectuer pour évaluer les ressources de nos îles.

Mieux connaître la biodiversité du Large à Wallis et Futuna c’est l’objectif premier de ce programme Biopelagos. Et le premier constat c’est que nous nous trouvons bien dans une zone assez pauvre en planctons, ces petits organismes à la base de la chaîne alimentaire. Mais pauvre ne veut pas dire absence de chaîne alimentaire puisque selon les observations il y aurait quand même des points d’oasis appelés haut fonds ou monts sous marins selon Valérie ALLAIN, biologiste marine à la CPS :

« On a survolé un mont sous-marin qui s’appelle "Water wish" qui est juste au nord-ouest de Wallis et où on a pu voir des quantités de proies plus importantes qu’ailleurs. C’est un mont sous-marin qui remonte à 20 30 mètres de profondeur donc qu’on peut appeler un haut fond. On a aussi exploré le "Lalla Rock" qui est juste au nord-est de Wallis et là encore une fois on a vu des quantités de proies plus importantes on a même vu des baleines qui étaient présentes sur le site. Potentiellement ces zones avec des monts sous-marins qui remontent proches de la surface peuvent provoquer un enrichissement du milieu »

Les oiseaux comme indicateurs 


L’étude a aussi porté sur les populations d’oiseaux. Ces derniers étant des bio-indicateurs pertinents de la biodiversité marine et terrestre. Wallis et Futuna jusque-là étaient totalement vierges de toutes observations et de tout recensement du genre. Et une des premières observations étaient que sur certaines espèces Wallis et Futuna hébergeaient de grandes colonies d’oiseaux comme la sterne noire. A priori 2 à 3% de la population mondiale de sternes se reproduit sur nos îlots. Par contre les scientifiques n’ont pas pu trouver de puffins, des oiseaux qui eux peuvent indiquer les zones de pêches des thonidés. Eric Vidal est écologue à l'IRD, il explique : 

« Le fait qu’on en ait pas trouvé ça peut vouloir dire deux choses soit qu’on a pas suffisamment cherché, ça peut aussi éventuellement traduire des impacts de l’environnement du dérangement parce-que ce sont des espèces extrêmement sensibles au dérangement. Il y a effectivement une problématique très marquée sur les espèces introduites qu’on appelle espèces envahissantes présentes à Wallis et Futuna et notamment dans les îlots. En particulier des rats, il y a trois espèces de rats présentes amenées par les vagues successives de colonisation. Il y a également des fourmis envahissantes en particulier la fourmi électrique et une autre fourmi qui a l’air en progression et qui pique également c’est la fourmi folle jaune. Que ce soit les rongeurs ou les fourmis ils peuvent avoir un impact très fort sur la reproduction de ces oiseaux »

Le réchauffement climatique en questions


Et pour que l’étude soit complète il fallait bien sûr relativiser le tout avec une étude d’impact du climat. Car on ne peut plus dissocier les grandes observations océanographiques des études climatologiques. Et les hausses de température dans nos eaux sont assez remarquables car nos eaux sont chaudes, de l’ordre de 28 à 29 degrés sur plus de 150 mètres de profondeurs. Un phénomène inquiétant car le réchauffement climatique ne concerne plus que l’atmosphère mais aussi les océans. Car il faut le savoir les océans eux aussi absorbent la chaleur de l’effet de serre. C'est ce que clame Christophe MENKES, climatologque à l'IRD :

«  ça nous laisse penser que la bio masse marine dans son ensemble vit moins bien à des températures plus chaudes. Donc la projection tend vers une diminution de la ressource océanique. Ce sont des projections, elles sont incertaines mais c’est bon de savoir qu’avec l’état de nos connaissances actuelles montre que ce qu’on fait à notre planète va vers une diminution de la ressource marine et je parle pas de la pêche, je parle juste du climat ensuite se rajoute par dessus l’influence de nos stratégies de pêche »


Cette mission Biopelagos fait un premier constat. On sait maintenant que les ressources halieutiques en haute mer ne sont pas celles que l’on croyait, et qu’il est maintenant plus qu’urgent de préserver nos systèmes lagonnaires. Ce sont finalement des petits oasis au milieu de vastes étendues d’eau pas très riches. Et nous savons maintenant à quel point nos actes impactent notre biodiversité et à quel point nous sommes exposés au réchauffement climatique.
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