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Le drame de février 1974 marque encore les esprits

  • Par Joseph Nodin
  • Publié le 15/02/2013 | 02:00, mis à jour le 15/02/2013 | 02:30

Deux hommes tués en février 1974 à Basse-Pointe, en pleine grève des ouvriers de la banane et d'effervescence  sociale. Un épisode qui rappelle combien l'histoire sociale de Martinique est douloureuse. 

Tableau montrant une manifestation d'ouvriers agricoles en février 1974 © Cauquil Claude
© Cauquil Claude Tableau montrant une manifestation d'ouvriers agricoles en février 1974
En février 1974, la Martinique est paralysée par des grèves qui ont commencé depuis le 17 janvier notamment dans le secteur de la banane. Les ouvriers réclament en vain, des augmentations de salaire. Le mouvement est d'autant plus dur que les négociations entre patrons et ouvriers ne donnent rien. Les ouvriers sont épaulés par des salariés du secteur public qui font aussi entendre leurs propres revendications. La contestation prend de l'ampleur et s'étend à plusieurs communes : Rivière Pilote, Lamentin, Robert et Gros Morne.

Les gendarmes tirent et tuent

Les gendarmes tentent de maintenir l'ordre mais rencontrent de grandes difficultés. Ils sont régulièrement assaillis par des jets de pierres et répliquent à coups de gaz lacrymogène. C'est dans ce contexte très tendue que se produit le drame du jeudi 14 février. Ce jour là, des foyers de protestations éclatent dans plusieurs communes de l'île. Le préfet décide de mettre un terme à la révolte ouvrière. En milieu de matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se retrouvent en présence des gendarmes qui n'hésitent pas à utiliser leurs armes. Au cours de cette fusillade et de ces affrontements, on relève de nombreux blessés dont un gendarme qui a la main tranchée. Plus dramatique, un ouvrier agricole est mort. llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père d'une vingtaine d'enfants. L'émotion est considérable, les gendarmes sont accusés de meurtre. Un sentiment anti -colonial se renforce à ce moment là.

Un deuxième cadavre découvert

Le 16 février, deux heures avant l'enterrement de Rénor illmany,  le corps de Georges Marie-Louise, un jeune ouvrier maçon de 19 ans, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet. Des dizaines d'habitants s'agglutinent autour du corps et très vite les témoignages laissent entendre que Marie Louise figurait dans un groupe impliqué dans un affrontement avec les policiers. 

Rénor Ilmany est enterré au Lorrain où des centaines de personnes défilent derrière les centrales syndicales, les mots d'ordre syndicaux sont remplacés par des cris de vengeance "Orsetti assassin" ( le nom du préfet de l'époque),"llmany nous te vengerons" et par des slogans politiques, "à bas la répression coloniale, songé l'Algérie, songé l'lndochine, Martinique lévé". Cette affaire est pour nombre de témoins de l'époque le symbole de l'affrontement social à la Martinique.

Ces deux morts de ce mois de février ont eu pour conséquence de mettre un terme à la grève des ouvriers de la banane. Le protocole de fin de conflit est signé le 19 février avec les syndicats. Les circonstances de la mort de Marie Louise n'ont jamais été élucidées et jusqu'en octobre 1974, plusieurs ouvriers agricoles ou des militants indépendantistes sont arrêtés par les gendarmes. Les poursuites judiciaires se sont par la suite, diluées dans des mesures d'amnistie.

Le chanteur martiniquais, Kolo Barst a composé un titre à succès qui s'inspire de cette histoire.






Depuis jeudi matin dans la commune du Marigot, une plaque porte désormais le nom de Georges Marie-louise, un jeune ouvrier maçon retrouvé mort sur une plage de Basse-pointe le 16 février 1974. Avec Rénor illmany, c'est l'une des deux victimes de ce douloureux mois de février 1974 à la Martinique.

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