Roger Lurel, virtuose de la guitare signe une anthologie de biguines

Roger Lurel
Le virtuose guadeloupéen de guitare classique surprend en signant une Anthologie de la biguine, premier opus d'une recherche musicale dans le domaine de la tradition. 
Ceux qui connaissent le musicien savent que pour lui, toute musique, quel que soit son genre, mérite de l'intérêt. Aussi, ne sont-ils pas surpris de retrouver Roger Lurel dans une interprétation/adaptation de musiques populaires antillaises. L'Anthologie de la biguine, vol.1 enrichit le catalogue de nos pépites. Le guitariste nous explique son choix : 

  • Il est à la fois surprenant et naturel de vous retrouver dans un répertoire de biguines classiques. Pourquoi ce choix, d'enregistrer une "anthologie de la biguine" ?
 Le choix d’enregistrer cette anthologie pour guitare seule et percussions (50 œuvres) sur trois volumes est une démarche très importante dans mon parcours. J’ai dû analyser plus de 300 biguines et sélectionner une cinquantaine sur des critères mélodiques, musicologiques (poésie, rythmique).
                      
  • Le répertoire de la musique traditionnelle antillaise est parfois déconsidéré. Quelles en sont les causes, selon vous ? Peut-on parler de mise en concurrence de musiques ?
L’objectif est de contribuer à ce que nos mélodies créoles et le rythme de danse intègrent le répertoire de compositions internationales.
 
  • Le temps de la biguine est-il vraiment revenu ? On assiste régulièrement, à des soirées spéciales biguines, mais il faut bien reconnaître, qu'au quotidien, ce rythme n'est plus aussi présent qu'avant. Est-ce à dire que la biguine n'a pas survécu à la modernité ?

L’anthologie permet d’analyser la richesse des différents aspects de notre musique créole (biguine, rumba, samba ou calypso). Cette musique qui a toujours été très bien accueillie dans le monde. Tous ces rythmes de danse ont marqué leur temps et il faut s’en inspirer et les présenter avec des supports pédagogiques et d’actualité. Les musiciens doivent la présenter au public d’une autre manière au niveau de l’esthétique, de l’interprétation et de la poésie. De nombreux musiciens tels que Alain Jean-Marie n’hésitent pas à l’intégrer dans la mouvance jazzie.

  • Vous êtes essentiellement connu comme un musicien classique. L'interprétation de morceaux traditionnels antillais reste pour vous importante. On y retrouve d'ailleurs une adaptation parfois très libre, qui laisse la place au doigté du musicien classique. Voulez-vous dire qu'en musique, il n'y a pas de frontières ?
Cette anthologie est une création, il ne s’agit pas d’une compilation de morceaux folkloriques d’époque, il s’agit de guitare classique accompagnée de percussions, en s’inspirant du répertoire de la biguine. Il n’y a pas de frontière véritable entre la musique folklorique et la musique dite savante, il s’agit d’une question d’esthétique.
 
  • Votre album s'intitule "Anthologie de la biguine vol.1". Votre exploration de la musique populaire antillaise se poursuivra, donc ?

Oui le travail se poursuivra, je fais la même exploration pour la mazurka, le gwoka, la musique afro-cubaine. 

Roger Lurel a placé sur internet plusieurs centaines d'oeuvres qu'il a enregistrées. Ce choix de partage est si rare qu'il nous apparaît important de le souligner ici. Dans un précédent entretien, le guitariste expliquait sa démarche ainsi : "YouTube, pour faire connaître en toute humilité un travail à des gens qui autrement n’y auraient pas accès. Et je recommande à d’autres musiciens de faire pareil, avec simplicité et dignité". Puisse-t-il être entendu.