Poison et sorcellerie aux Antilles : l’enquête et l’analyse de Caroline Oudin-Bastide

culture
Caroline Oudin-Bastide
Caroline Oudin-Bastide
Qui étaient les empoisonneurs ? Comment "manier" le poison ? Et d'abord, de quel poison parle-t-on ? Où était-il utilisé ? Dans quel pays de la Caraïbe ? Aux Antilles aussi ? Autant de questions soulevées par la sociologue Caroline Oudin-Bastide dans son dernier ouvrage paru chez La Découverte. 
C’est un sujet rarement traité, dans la littérature des Antilles. Sinon par allusions, ou de façon brève. Le poison au temps de l’esclavage, ses composantes, son utilisation, ses répercutions, sont autant de données auxquelles la sociologue Caroline Oudin-Bastide s’intéresse. Avec son dernier ouvrage « L’effroi et la terreur, Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles », l’auteur nous offre un magnifique travail sur un aspect jusqu’ici obscur –et même tabou- du temps colonial.


Un phénomène très répandu

Dans l’imaginaire populaire, le poison existe. L’on sait bien, aux Antilles, qu’il était aussi une ultime forme de résistance au système. Que sa fabrication concernait seuls quelques initiés, mais que son utilisation pouvait être l’affaire de tout le monde. Quant à la représentation de l’empoisonneur, elle varie et elle diffère aussi selon le pays. C’est cet écheveau que Caroline Oudin-Bastide démêle dans son ouvrage, en s’appuyant sur de nombreux textes et témoignages, elle tord en même temps le cou à certains clichés forcément inexacts.


Le recours au poison, répandu dans toute la Caraïbe

Une image, assez douteuse, veut que l’utilisation du poison ait été une réalité plus forte dans certains pays de la Caraïbe, plutôt de dans d’autres. C’est exactement à ce genre d’idées que Caroline Oudin-Bastide répond. Extrait :
« La hantise des « poisons et maléfices » fut-elle une spécificité des îles françaises ? La distribution géographique du phénomène fut appréciée de façon contradictoire par les observateurs français du système esclavagiste : alors que Eugène-Edouard Boyer –Peyreleau, ancien gouverneur par interim de la Guadeloupe, soutient, en 1825, que les esclaves se « livrent avec fureur » à l’usage du « poison » à la Jamaïque et dans les autres îles britanniques, Adolphe Granier de Cassagnac, porte-parole des colons, ne craint pas d’affirmer en 1842 qu’il est encore inconnu dans les Antilles anglaises et espagnoles, tandis que Victor Schœlcher assure pour sa part, la même année, que seules la Trinité et la Grenade sont, à l’instar des îles françaises, victimes de cette calamité qui n’a jamais affecté la Jamaïque et Antigue.
Le phénomène fut en réalité présent dans de nombreuses sociétés esclavagistes américaines : très répandu dans les colonies anglaises de la Caraïbe – notamment à la Jamaïque, au contraire de ce qu’affirme Schoelcher-, il est attesté dans certains colonies d’Amérique du Nord, son existence étant également relevée au Brésil ». (p.9)


Science et superstition

L’historiographie des Antilles recense des textes de médecins qui, reconnaissant le phénomène de l’empoisonnement, avouent parallèlement ne pas comprendre le mécanisme, ni l’origine du produit ayant donné la mort. Quoiqu’il en soit, les superstitions des colons accompagnent leurs peurs et l’incompréhension du phénomène, au plan de la médecine occidentale, attise l’effroi de la population blanche. Mancenillier, brinvilliers, manioc, graines de sablier, racine de barbadine, vert-de-gris, tout est analysé par les médecins, sans pour autant qu’une vérité scientifique accompagne chacune des morts causées par un empoisonnement. 
Extrait de l'ouvrage de Caroline Oudin-Bastide : "L'effroi et la terreur, Esclavage, poison et sorcellerie aux Antilles", éd. la Découverte, 2013 :
Extrait caroline oudin-bastide from Catherine Le Pelletier

 

Les Outre-mer en continu
Accéder au live