Affaire "Dimitri Errin" aux Assises : témoignage du médecin légiste

justice
Cour d'Assises de la Guadeloupe
©J-M. Mavounzy
Le médecin légiste, qui a ausculté le corps de Dimitri Errin, était à la barre, hier. L'experte a décrit les derniers instants de la victime, kidnappée, séquestrée, torturée, assassinée, puis dont le corps a été abandonné dans un champ, par une bande de jeunes, en mars 2016. 
La cour d’assises de Basse-Terre chemine doucement, dans sa quête de la vérité, dans le procès de sept individus, pour l'enlèvement, la torture et l'assassinat de Dimitri Errin, en mars 2016.
Hier, jeudi 24 septembre 2020, elle a examiné les faits, avec un témoignage marquant : l’expertise de la médecin légiste.
Le drame, qui s’est joué dans le triangle Gosier/Le Moule/Morne-à-l’Eau, implique des jeunes ordinaires devenus témoins, ravisseurs, bourreaux et, pour l’un d’entre eux, assassin.
 

Compte-rendu d'audience

C'est le témoignage de la médecin légiste qui a mis des mots sur l'indicible, au sein de la cour d'Assise de Basse-Terre, à savoir, sur le meurtre. 
En visio-conférence depuis Paris, ce témoin clé a décrit le corps de Dimitri.
Il était déjà en putréfaction, lorsqu'il a été retrouvé, dans un champ, sur le territoire de la commune du Moule. Il était nu, les jambes écartées, les bras ouverts... avec un grand trou rouge, dans le visage.
Une blessure béante, qui correspond à un tir par fusil de chasse, à très courte distance, selon les explications de l'experte, puisqu'elle a retrouvé la bourre* des cartouches, dans la plaie et que les plombs n'ont pas eu le temps de se disperser.

Dimitri Errin, délinquant 14 fois condamné par la justice et devenu victime, a été ressuscité, durant l'audience. Il y a eu une reconstitution des derniers instants de sa vie. Des faits tragiques, que la médecin a décrit en détails.
Une interrogation en est ressortie : Dimitri aurait-il agrippé le canon du fusil et provoqué le tir ? C'est possible, selon l'estimation de l'experte.

Quoiqu'il en soit, l'assassin a tout avoué, dans les détails. Guy-Georges De Lacaze s'est lui-même désigné comme étant le meurtrier.

D'ailleurs, l'examen des faits, dans la salle d'audience, permet de comprendre qu'en deux ans d'instruction et d'enquête, tout le monde a avoué. Les membres de la bande, à l'origine de faits, ne sont pas des meurtriers en puissance. Ces jeunes ont bien organisé une chasse au méchant, qu'ils ont voulu dissimuler.
La blonde Aquitaine Allénor a avoué, finalement, qu'elle avait voulu récupérer son argent, mais qu'elle n'avait jamais voulu tuer Dimitri, ni le blesser.
Les autres ont voulu se débarrasser d'un gêneur violent, sans le tuer, selon leurs dires.
Et le tueur aurait agi seul, comme un bourreau. Guy-Georges De Lacaze aurait voulu faire disparaître la menace contre sa famille et se venger de l'homme qui lui avait volé de l'argent et des cochons.

Qu'adviendra-t-il de ces sept jeunes, kidnappeurs, séquestreurs, assassins, ou témoins impliqués, dans ce pays qu'est la France, où un sondage indique que plus de 55% de la population seraient favorables à la peine de mort ?
L'ont-ils infligée, eux ? Se sont-ils comportés comme un jury populaire fantasmé et Guy-Georges comme un bourreau ? Sont-ils hors de la société ? Va-t-on les punir et comment ? Sont-ils vraiment un danger pour nous ?
Le jury populaire de la cour d'Assise de Basse-Terre doit se poser bien des questions.


(*La bourre d'une cartouche de chasse est un tampon, qui s’intercale entre la poudre et la balle, pour assurer l’étanchéité.)
 
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