“1, 2, 1, 2, on s’aligne sur la basse et c’est parfait”, lance Mathis, 31 ans, joueur de tambour chant. Marcher au pas et jouer en même temps paraît simple. Un jeu d’enfant pour cet ancien du RSMA, habitué à la rigueur du rythme. Passionné de musique, cette année il a rejoint le groupe Klé La. Il a débuté les ateliers en juillet et a vite compris que le vrai défi était ailleurs.
Le plus dur, c’est de tenir la durée… les doigts, les mains, on n’est pas forcément habitués à jouer aussi longtemps. Et puis, il y a les breaks… il y en a une multitude et il faut retenir les différents signes.
Mathis, tambour chant à Klé la
Un souffle à maîtriser
Pour certains, jouer dans un groupe à peau demande aussi un souffle maîtrisé. C’est le cas des joueuses de conque comme Coralie, 33 ans. Membre du groupe depuis plus de 15 ans, marcher au pas, elle connaît. Mais il y a deux ans, cette éducatrice spécialisée a voulu se lancer un nouveau défi, jouer de la conque.
"Ce sont des cycles de 8 temps basés sur la basse et la contrebasse, et nous, on est à contretemps pour relancer la musique", explique-t-elle. Jouer d’un instrument à vent en avançant n’est pas donné à tout le monde.
Il faut apprendre à respirer, marcher, jouer, faire les phrasés… ça demande de la pratique. Jouer de la conque, ce n’est pas juste souffler, c’est comprendre quand inspirer et expirer. ajoute-t-elle.
Coralie, joueuse de conque à Klé la
Coralie a sa petite astuce pour s’entraîner à l’approche de chaque période de carnaval. Entre novembre et janvier, elle réveille ses voisins avec sa douce mélodie. "J’embête mes voisins le matin… Je conque dans la rue, pendant une heure ! Ils sont habitués… Dès que c’est la période du carnaval, ils savent qu’ils vont être réveillés", sourit-elle.
Les coulisses d’une discipline exigeante
Cette année, Klé La compte 160 musiciens, dont une quarantaine de nouveaux. Certains découvrent totalement cet univers. Steeve Barry, directeur musical du groupe depuis 15 ans, veille à leur formation.
On a mis en place un atelier Mizik a Mas dès juillet. Tous les samedis, on commence par jouer en statique, puis on apprend à marcher en jouant.
Steeve Barry, directeur musical de Klé la
Car marcher en jouant ne s’improvise pas. "Certains jouent parfaitement immobiles mais perdent tous leurs repères une fois en mouvement", souligne-t-il. Cette année, certains musiciens n’ont pas pu être alignés, car ils n’ont pas réussi à synchroniser leur marche et leur manière de jouer. “Marcher sur le tempo, c’est comme à l’armée : 1, 2, 3, 4… Chaque coup de basse correspond à un pas", précise-t-il.
Mais chez Klé La, il ne suffit pas de marcher et jouer. Il faut aussi savoir enchaîner les "breaks" tout en avançant, d’où son surnom : la machine à breaks.