Covid-19 : quelle gestion de la crise, par les hôpitaux de Guadeloupe ?

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Service de la Réanimation au CHU
En ces temps de regain d'activité Covid, une nouvelle organisation des services hospitaliers est instaurée. Elle se traduit, au CHU, par une limitation des visites aux patients et une étroite collaboration avec le CHBT. Mais les dispositions prises sont jugées insuffisantes par les syndicats.

Après le déclenchement, par le Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Guadeloupe, puis du plan d'organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles (ORSAN) par l'Agence régionale de santé (ARS) Guadeloupe/Saint-Martin/Saint-Barthélemy, une organisation spécifique s'est mise en place, pour faire face à l'épidémie de Covid-19, qui poursuit sa progression dans l'archipel.
Le CHU et le Centre hospitalier de Basse-Terre (CHBT) se sont partagé les rôles.

 

Collaboration CHU / CHBT

Face à la recrudescence de cas de Covid-19, dans l'archipel guadeloupéen, le CHBT travaille en liaison et en complémentarité, avec le CHU. 
Que se passe-t-il, donc, quand un patient Covid se présente sur place ?

On s'en occupe, bien sûr. On le place dans ce qu'on appelle une unité tampon UHCD (Unité hospitalière de courte durée) en attendant de voir comment il évolue. Si vraiment il faut le transférer, on est en lien avec les réanimateurs du CHU. Si on peut le prendre en charge ici, on le fait. On a actuellement 6 patients, dans cette unité.

Christine WILHELM , directrice du CHBT

Les cas graves de Covid sont donc destinés au CHU. Ceux qui sont sous respirateurs, en réanimation.

L'hôpital de Basse-Terre, quant à lui, reçoit les malades non-Covid, en réanimation, pour soulager le centre pointois. Puis quand les malades Covid vont mieux et sortent de la phase critique de réanimation, ils reviennent dans le chef-lieu.
Un circuit bien pensé et rodé... sauf qu'un problème subsiste : la manque de personnel.

On est en train de chercher à recruter du personnel paramédical. Pour ce qui est du personnel médical, c'est assez chaud aussi, sachant qu'on n'a pas eu beaucoup d'internes ce semestre. Donc on n'a même pas la possibilité de se faire assisté par les internes. C'est un peu tendu. Mais on cherche et on trouve des solutions.

Christine WILHELM , directrice du CHBT

Pas d'urgences. Pas de panique. Le centre hospitalier de Basse-Terre est, donc, dans l'action.

 

Limitation du droit de visite au CHU

Situation plus complexe au CHU de Pointe-à-Pitre/Les Abymes, où les mesures pour faire face à la Covid-19, se renforcent.
Les nouvelles restrictions visent à limiter la fréquentation de l'hôpital, sans couper le lien des malades, avec leur famille.
Le Dr Tania Foucan, médecin-hygiéniste au CHUG, est interrogé par Christelle Théophile et Ronhy Malety : 
©Guadeloupe La 1ère

La direction générale du Centre hospitalier universitaire a, dans ce cadre, instauré un protocole strict, que les visiteurs doivent respecter. Dès le premier jour d'hospitalisation, une information complète sera délivrée à la famille.
Les patients ont droit à un unique visiteur, trois jours par semaine, qu'ils doivent désigner (sauf autorisations spéciales).
Tous doivent, bien évidemment, porter un masque.
Par ailleurs, les visiteurs doivent s'identifier en arrivant dans le service où est hospitalisé le patient ; un bon de visite nominatif, préalablement remis par le cadre de service, devra être présenté.
Autres obligations : rester à un mettre du malade, ne pas le toucher, ni aucun objet de la chambre et ne pas s'assoir (ni sur le lit, ni sur les chaises de la pièce).
©Guadeloupe La 1ère

La direction du CHUG demande aussi à la population de respecter les jours et horaires de visites, récapitulées ici :
Limitation visites au CHUG
©CHUG
Limitation visites CHUG
©CHUG

Enfin, si le visiteur présente des symptômes (fièvre, toux, difficultés à respirer...), il lui est interdit de pénétrer dans tous les services du CHU de la Guadeloupe.

Qu'en pensent les usagers de l'hôpital ? Christelle Théophile et Ronhy Malety ont tendu leur micro :
©Guadeloupe La 1ère
 

Les syndicats loin d'être convaincus

Pour les syndicats, ces dispositifs ne sont que coup d'épée dans l'eau. La gestion de la crise sanitaire met en évidence des manques structurels déplorés de longue date.

Pour l'Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), il y a nécessité à doter les hôpitaux publics de Guadeloupe des moyens suffisants pour faire face à la mission que leur a confié la loi.

Le CHU de Guadeloupe ne dispose que de 20 lits de réanimation. Aussi, lorsqu'on parle d'un hôpital "saturé", c'est simplement d'un hôpital qui cherche à faire au mieux, avec les moyens insuffisants que lui a donné le budget de l'Etat. En Guadeloupe, il n'y a jamais eu le minimum requis, de telle sorte que la moindre augmentation du nombre de malades devient un problème. Cette discrimination constitue une violation grave de "l'unité dans la République", que vous ne pourrez tolérer. (...) Aussi, au titre des "mesures complémentaires" et pensant par-dessus tout à la santé des Guadeloupéens, vous demanderez au 1er Ministre d'allouer d'urgence tous les budgets nécessaires, pour que tous les services de soins hospitaliers et non hospitaliers, singulièrement le CHU, retrouvent, dans l'immédiat, au moins le standard des hôpitaux de France, notamment en nombre de lits de réanimation, en personnel, en équipements, en matériels, etc.

Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG (Extrait d'un communiqué adressé le 11/09/2020 au préfet Alexandre Rochatte)


La Confédération générale du travail de la Guadeloupe (CGTG-CHUG) exige, quant à elle, un plan d'urgence pour le centre hospitalier universitaire. Le syndicat considère que le CHU est dans "le rouge d'une situation qui avance avec un train d'enfer vers la catastrophe sanitaire". A l'heure de la seconde vague de Covid-19, le prétexte d'imprévision ne tient plus, d'autant que les personnels ont maintes fois tiré la sonnette d'alarme, pour dénoncer les conditions de travail, en sous-effectifs et sans moyens, rappelle l'organisation, dans un communiqué daté du 16 septembre. Refusant de faire "plus avec moins", la CGTG-CHUG exige plus de moyens, estimant qu'il "faut débloquer les fonds nécessaires pour la mise en place d'un véritable plan d'urgence pour sauver le CHU".

Il faut, pour que le CHU prenne en charge de façon optimale TOUS les patients, mettre en place une politique d'optimisation des moyens d'approvisionnement en matériel, comme, par exemple, les indispensables respirateurs ou les réactifs pour les tests Covid. Une démarche professionnelle pour l'accueil et la répartition des patients Covid, une vaste campagne d'embauche de personnel soignant, de jeunes volontaires qui seront rapidement formés dans l'action.

CGTG-CHUG

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