Fuites d'eau et assainissement : la Guadeloupe en souffrance

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Depuis trois mois, une mare remplie de substances nauséabondes s'est formé derrière la résidence
Depuis trois mois, une fuite d'eau créant une mare remplie de matières nauséabondes s'est formé derrière une résidence, à Lamentin. ©Jean-Marie Mavounzy
L’eau est une ressource essentielle et sa gestion l’est tout autant. Pourtant, chaque année, des millions de mètres cubes se perdent dans les réseaux de canalisations. Sans grande surprise, la Guadeloupe occupe le haut du classement des départements où les fuites sont les plus importantes, avec plus de 43% de pertes. C'est le cas à Lamentin.

La problématique de l'eau, un dysfonctionnement majeur dans l'Outre-mer. C'est ce que révèle l'Observatoire des services publics de l'eau pour l'année 2020 dans son rapport national. Et trois départements d'Outre-mer sont sur les plus hautes marches du podium des fuites d'eau en France.

La Guadeloupe, elle, détient le triste record de championne de France des fuites d'eau avec 43,3 % de pertes. Suivie de très près de la Réunion avec 37,6%, les Alpes de Haute Provence avec 36,3% de pertes puis la Martinique avec des pertes évaluées à 31,9 %. 

Une situation qui nécessiterait des investissements importants pour résoudre ces problèmes de vétusté sur le réseau d'eau.

L'assainissement en cause à Lamentin

C'est le cas de la résidence de la SIG Rivière Saint-Charles, à Lamentin. Depuis trois mois, une mare remplie de matières nauséabondes s'est formée derrière les 84 logements de la résidence. Et les habitants sont exaspérés.

Depuis trois mois, une mare remplie de matières nauséabondes s'est formé derrière les 80 logements de la résidence. Et les habitants n'en peuvent plus
Depuis trois mois, une mare remplie de matières nauséabondes s'est formé derrière les 80 logements de la résidence. Et les habitants n'en peuvent plus ©Jean-Marie Mavounzy

C'est invivable, même les gens ne font plus leur gazon. L'odeur est insupportable ! On est obligés de s'enfermer très tôt quand le soleil commence à chauffer.

Une résidente

C'est à la suite d'un problème de défaillance du poste de relevage, équipement composé d’une ou de plusieurs pompes permettant la collecte et le traitement des eaux usées, de la résidence, que le problème perdure. Et les différentes autorités se renvoient la balle.

Quand il y a la montée des eaux, ce sont des excréments et à chaque fois que l'on demande à la SIG des explications, ils nous disent que c'est la CANBT qui s'occupe de ça [...] Il y a une voisine qui a fait un malaise samedi dernier. Quand il pleut ça sent encore plus.

Yann Barbier, résident

La SIG, bailleur de la résidence, qui n'a pas encore souhaité s'exprimer, doit faire face à une station de relevage défaillante. Un appareil permettant d'évacuer les eaux usées, aujourd'hui bouché, que le bailleur entend résorber en mandatant une société à pomper 20m3 d'eau par semaine. Une quantité bien trop insuffisante.

Michel Rambinaissing, directeur de Karukera Assainissement
Michel Rambinaissing, directeur de Karukera Assainissement ©Ronhy Malety

Sur cette résidence, nous avons un problème par rapport au pompage que le bailleur nous a mandaté pour un volume qu'on doit pomper par semaine et les autres problèmes qui se trouvent sur cette résidence, il faudrait qu'ils se rapprochent du service du SMGEAG ou des autres partenaires pour pouvoir résoudre totalement le problème.

Michel Rambinaissing, directeur de Karukera Assainissement

Les habitants devront encore prendre leur mal en patience avant que le prestataire puisse procéder à une lourde opération de pompage total de la cuve uniquement lorsque la SIG et le SMGEAG auront réglés leurs différends.

A (re)voir le reportage d'Alexandre Houda, Jean-Marie Mavounzy et Ronhy Malety