Témoignage : la vie à la Cour Zamia, quartier chaud de Pointe-à-Pitre

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La Cour Zamia, quartier de Pointe-à-Pitre
Les faits de violence sont récurrents, à la Cour Zamia, quartier de Pointe-à-Pitre ©Maps
Retour à la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre, deux jours après le meurtre d’un trentenaire, par balles. Cela a été un fait divers de plus à déplorer dans le quartier, car ils sont nombreux sur place. Immersion dans ce quartier difficile, à travers le témoignage d’une habitante.

Prenons le temps d’une immersion dans le quartier dit « difficile » de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre. C’est là qu’un homme d’une trentaine d’années a été criblé de balles, mercredi 8 juin 2022, en plein après-midi ; il n’a pas survécu à ses blessures.

 Sur place, les habitants ne s’étonnent plus, lorsque ce type de fait divers survient : les homicides, incendies, trafics, fusillades et autres faits de violence perpétrés à la Cour Zamia font régulièrement la Une de la presse régionale.
Le quotidien est compliqué.

"C’est un ghetto"

Nous avons recueilli le témoignage d’une habitante, qui a souhaité rester anonyme. Caroline (appelons-là ainsi) évoque l’atmosphère qui règne dans ce quartier et nous livre ses sentiments, entre peur et colère.

La Cour Zamia, on y trouve de tout : de la drogue, de la prostitution, y a des gens bien, y a des personnes âgées...

Caroline, habitante de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre

Habituellement, dans ce microcosme, nul ne parle des évènements récents... en tout cas pas en présence de personnes de l’extérieur.
Caroline, elle, brise cette omerta. Elle confirme qu’un homme tué par balle ne surprend pas, ici-bas.

Je ne suis pas surprise. C’est assez courant, dans le quartier, étant donné que c’est un ghetto.

Caroline, habitante de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre

Et qui dit ghetto, dit lieu peu fréquentable. Si bien que la plupart des habitants quittent les lieux.
Car les difficultés sont multiples, pour eux, jusque sur le marché de l’emploi. Ces personnes pâtissent de la mauvaise réputation de leur lieu de résidence.

J’ai eu des voisins qui habitaient dans la nouvelle résidence. Quand ils sont arrivés, ça se passait bien. Après, disparus ! Et les résidents de pratiquement tout le bâtiment ont disparu. Là, il ne reste que ceux qui tiennent le coup. Le quartier a mauvaise réputation, donc les gens sont très méfiants dès que tu demandes du boulot ! Beaucoup déménagent par rapport à ça.

Caroline, habitante de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre

Caroline est aussi une mère de famille. Elle confirme que ce n’est pas simple d’assurer l’éducation de son enfant, sur place.

Par rapport aux enfants, ça craint. Parce qu’on ne sait jamais. Bon, pour l’instant, heureusement, c’est rare les balles perdues, mais ça arrive...

Caroline, habitante de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre

Une zone de non droit ?

Caroline ne croit pas en la capacité des forces de l’ordre et des autorités à résoudre les soucis.

C’est un peu décevant. Y’a personne qui fait quoique ce soit. Les policiers ne font rien ! Tu leur dis que tu as un bordel près de chez toi, à Zamia... tant qu’il n’y a pas quelqu’un à terre, ils ne se déplacent pas. Les pompiers ne se déplacent plus sans la police. Donc, quand il y a incendie, bagarre ou blessé, ils doivent appeler d’abord la police pouvoir sortir de leur caserne. C’est un peu chacun pour soi et Dieu pour tous, dans ce quartier !

Caroline, habitante de la Cour Zamia, à Pointe-à-Pitre

C’est ainsi que les lieux semblent souffrir en silence et laissent percevoir un certain malaise, au sein de la population qui y vit.