Haïti : la police disperse sans ménagement une manifestation d'opposants au président Jovenel Moïse

monde
Haiti
Les policiers ont dispersé les manifestants ce mercredi 10 février 2021 ©Reuters

La police haïtienne a dispersé sans ménagement ce mercredi (10 février 2021) un cortège d'opposants au président Jovenel Moïse dans Port-au-Prince. Dans cette tension ambiante, les policiers ont également ciblé leurs tirs de grenades lacrymogènes contre des journalistes.

Les policiers ont évacué manu militari des opposants au président Jovenel Moïse qui défilaient ce mercredi à Port-au-Prince. Les forces de l'ordre ont fait un large usage de grenades lacrymogènes pour disperser les quelques centaines de jeunes qui manifestaient contre M. Moïse, qu'ils accusent de prolonger illégalement son mandat présidentiel. 

Le cortège était parti de la faculté d'ethnologie avec l'objectif de plaider pour la défense de la démocratie.

Haiti
les policiers ont fait usage de tirs de grenades lacrymogènes contre les manifestants et les journalistes ©Reuters

Des policiers ont ensuite à plusieurs reprises directement ciblé leurs tirs de grenades lacrymogènes contre des journalistes clairement identifiés.

"Leur travail c'est de tirer sur les militants, lancer du gaz sur toute la presse", a dénoncé un manifestant, Sénat André Dufot. "On a tous constaté qu'ils ont déposé une (grenade) lacrymogène à l'arrière du pick-up de télé Pacific", a-t-il témoigné, un exemplaire de la Constitution haïtienne dans sa main.

Dans un communiqué, l'Association des journalistes haïtiens a ensuite appelé les autorités de la Police nationale d'Haïti à "diligenter une enquête pour identifier les auteurs de ces exactions afin qu'ils répondent de leurs actes". 

Vingt-trois personnes, dont le juge à la cour de Cassation Yvickel Dieujuste Dabresil, ont été arrêtées par la police dans la nuit de samedi à dimanche, accusées par les autorités de "tentative de coup d'Etat".

"On fait le parallèle entre les techniques des Duvalier père et fils et celle de l'apprenti-dictateur Jovenel Moïse", a accusé Ebens Cadet, un étudiant. "Quand il y a des opposants qui bataillent, la meilleure façon de les éliminer c'était de les accuser de fomenter un coup d'Etat", a-t-il ajouté.

Par un arrêté publié dans la nuit de lundi à mardi, le président haïtien Jovenel Moïse veut forcer à la retraite trois juges, dont M. Dabrésil, que l'opposition a désignés comme potentiels dirigeants intérimaires, dans un contexte de bras de fer pour la direction du pays.

Jovenel Moïse soutient que son mandat à la tête du pays caribéen court jusqu'au 7 février 2022. Mais cette date est dénoncée par une bonne partie de la population haïtienne, selon qui le mandat de cinq ans de Jovenel Moïse est arrivé à terme le 7 février dernier.

Ce désaccord de date est né du fait que M. Moïse avait été élu lors d'un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

Aucune institution haïtienne ne peut aujourd'hui légalement départager ces deux camps qui refusent tout dialogue.

Dans cette tension ambiante, les habitants de Port-au-Prince limitent leurs déplacements au strict minimum

Jean-Claude SAMYDE avec AFP

Les Outre-mer en continu
Accéder au live