Les infirmiers libéraux de la Guadeloupe sont très en colère

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Mouvements des infirmiers
Mobilisation des infirmiers le 20 janvier 2020 ©P-H. Schol
Leur profession est en péril, selon eux. Plusieurs d'entre eux expriment cette colère et ce malaise depuis ce matin, devant le siège de la Caisse Générale de la Sécurité Sociale à Dothemare aux Abymes
 
Depuis le 1er septembre 2015, la Caisse Générale de Sécurité Sociale de Guadeloupe rejettent leurs factures quand elles comportent des indemnités kilométriques. Les infirmiers libéraux de Guadeloupe ne perçoivent donc plus leurs « I.K. » (Indemnités Kilométriques) depuis 5 ans.
Mais plus globalement, ils dénoncent les nouveaux textes de loi qui font d’eux plus des gestionnaires que des soignants.
Soumiaa est infirmière libérale à Petit-Bourg et membre du Collectif de Défense des Infirmiers Libéraux de la Guadeloupe. Elle explique les raisons pour lesquelles ses collègues et elle feront une matinée de grève ce lundi de 8h à 14h devant la CGSS à Dothémare.

Soumiaa infirmière libérale à Petit-Bourg

Anne-Marie est infirmière libérale dans le secteur Saint-Claude / Basse-Terre et membre du Collectif de Défense des Infirmiers Libéraux de la Guadeloupe.

Anne-Marie, Infirmière libérale à Saint Claude

Et après avoir manifesté à l'entrée du siège de la sécurité Sociale à Dothémare, les infirmiers sont allés occuper le rond point Perrin, prenant position dans tous l'espace du rond point 

Manifestation des infirmiers au Rond Point de Perrin à Dothémare
20 janvier 2020, manifestation au rond-point de Dothémare ©SDIS

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©guadeloupe

Des revendications nationales


En répondant à cet appel à la grève, les infirmiers libéraux de Guadeloupe suivent en cela un mouvement beaucoup plus large d'envergure national pour exprimer un malaise de la profession que les syndicats infirmiers ont tous dénoncé selon leur sensibilité. L'un d'entre eux disait au début de l'année : 

Notre rôle propre d’infirmière libérale est gravement menacé et le glissement de taches s’opère sans que la profession réagisse avec fermeté.
Depuis le 1er janvier dernier, le BSI (Bilan de Soins Infirmiers) s’applique pour les personnes dépendantes de plus de 90 ans. Nous sommes la seule profession de santé à avoir accepté la saisie en ligne d’éléments permettant le calcul de nos rémunérations par un algorithme inhumain. Celui-ci met à mal notre expertise en matière d’analyse et notre capacité à évaluer une situation. Notre rôle propre est totalement renié.
Les forfaits de soin, insécables, représentent un casse-tête juridique inédit. Il n’y a pas de contrat de partages d’honoraires agréé par l’Ordre. 
Ces nouveaux rapports financiers imposés par l’avenant, vont générer des situations compliquées entre collègues. Il est à craindre des liens de subordination. Le montant des forfaits lourds est inférieur à ce qui est actuellement prévu avec les AIS avec 4 passages par jour. Déjà certaines consœurs envisagent de réduire leurs visites chez les patients concernés. D’autres choisiront les prises en charge les plus rentables, ou légères.
Nous savons toutes et tous que ce n’est pas de cette façon que nous voulons exercer. Malheureusement, les pouvoirs publics nous poussent à cela. L’assurance maladie pense surtout à générer des économies sur le dos des patients les plus lourds et les plus fragiles.
Le BSI est également une disposition pleine d’ambiguïtés juridiques. Le nombre limité de passages quotidiens est déjà source d’interprétation. Les Cpam ne répondent jamais de façon certaine. Le doute plane sur chaque échange avec elles quand nous arrivons à les contacter. Cela n’augure rien de bon dans les demandes d’indus qui ne manqueront pas de suivre, c’est évident.
La limitation des indemnités kilométriques qui font l’objet d’un seuil au-delà duquel nous serons moins ou pas remboursés, concernera beaucoup de professionnels qui exercent à la campagne et en montagne. Les patients éloignés risquent d’en pâtir et c’est dommageable. Celles qui pensent échapper à cela doivent avoir en tête que, dans l’avenir, le seuil pourra encore être revu à la baisse dans un contexte d’économies perpétuelles. Nous serons alors tous concernés, infirmières de montagne et de plaine. Aujourd’hui 300 km / jour, mais demain ?

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