La levée des motifs impérieux pourrait être tributaire de la couverture vaccinale... qui ne décolle pas en Guadeloupe

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Vaccinodrome de l'aéroport "Guadeloupe Pôle Caraïbes"
©Daniel Querin

La campagne de vaccination tourne au ralenti, en Guadeloupe. Au 11 mai, 15,34% de la population éligible avait reçu au moins une injection. Or, le Ministre des Outre-mer souhaiterait conditionner la levée des motifs à l'immunité collective. Ce principe est d'ores et déjà acté, en Polynésie. 

Moins de 16% de la population guadeloupéenne a passé le cap de la vaccination. 

Or, pour atteindre l'immunité collective, il faudrait vacciner environ 77% à 80% de la population (adultes et enfants compris), selon Samuel Alizon, directeur de recherches au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses.

C'est dans ce contexte, que le Ministre des Outre-mer a fait une déclaration retentissante, durant sa visite en Polynésie, la semaine dernière...

La levée des motifs impérieux tributaire de l'immunité collective ?

Sébastien Lecornu a conditionné le retour des touristes européens à l'immunité collective des Polynésiens. C'était le samedi 8 mai, alors que le ministre des Outre-mer était en déplacement à Bora-Bora, île dont l'économie dépend principalement du tourisme.

Je pense que si tout le monde s'y met, à la fin du mois de juin/au début du mois de juillet, on a quelque-chose qui est réglé, en matière d'immunité [En Polynésie].

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer

©Polynésie La 1ère

Une déclaration qui soulève des interrogations : cette décision sera-t-elle dupliquée dans les autres territoires d'Outre-mer ? Par cette épée de Damoclès, le Gouvernement cherche-t-il à forcer la main des Ultramarins, en les poussant vers la vaccination censée être un acte volontaire ?

Cette tirade, en tout cas, a de quoi inquiéter les acteurs du tourisme, déjà privés d'une grande partie de la saison touristique 2020/2021, alors que notre archipel est très loin d'une couverture vaccinale optimale.

Evoquant déjà une telle hypothèse, le président de la Chambre du Commerce et de l'Industrie des Îles de Guadeloupe (CCIIG), Patrick Vial-Collet, brossait dernièrement le tableau d’un monde ouvert et pas les Outre-mer. Et de conclure "nous serions rayés de la carte touristique".

La Guadeloupe va t-elle être assignée aux motifs impérieux, au moins jusqu’à février 2022 ? Pour l’heure rien ne semble écarter une telle hypothèse.

La campagne de vaccination tourne au ralenti

En Guadeloupe, la vaccination est ouverte à l'ensemble de la population âgée de 18 et plus, depuis fin avril 2021.

Mais, après un démarrage encourageant, la campagne tourne au ralenti désormais. Les candidats aux injections sont bien moins nombreux que ce qu'espéraient les autorités, pour au final atteindre l'immunité collective, face à la Covid-19.

L'ouverture d'un vaccinodrome, depuis le 24 avril (y compris le week-end), dans l'enceinte de l'aéroport "Guadeloupe - Pôle Caraïbes" n'a pas changé grand chose. 

Au mardi 11 mai, 61.444 injections avaient été réalisées, dans l'archipel, soit :

  • 59.155 injections de Pfizer, dont 42799 premières injections ;
  • et 2.289 piqûres d'Astrazeneca, toutes des premières injectons.

Ainsi le taux de couverture vaccinale (au moins une injection) des personnes de plus de 18 ans est de 15,34%, localement.

D'où l'opération "Tous sur le Pont ce week-end pour se faire vacciner", initiée par la préfecture et l'Agence régionale de santé (ARS), pour le pont de l'Ascension.

Le vaccinodrome, notamment, était ouvert du jeudi 13 à ce dimanche 16 mai, de 8h00 à 18h00. Mais, sur place, le rebond de la campagne n'a pas eu lieu. Peut-être parce que la population ne sait pas que le site est ouvert le week-end, avec ou sans rendez-vous, selon le Lieutenant Lise Lamaille, chef du vaccinodrome de l'aéroport :

La mobilisation n'est pas significative, certainement parce que beaucoup de personnes ne savent pas que c'est ouvert.

Lieutenant Lise Lamaille, chef du vaccinodrome de l'aéroport

©Eddy Golabkan, Daniel Querin - Guadeloupe La 1ère

Pour le Colonel Tony Jerpan, médecin-chef du SDIS et médecin référent du vaccinodrome de l'aéroport, la campagne a atteint sa vitesse de croisière. Il reste confiant quant à la possibilité que davantage de personnes se fassent vacciner. Il estime que le bouche à oreille fera son effet et fera taire les polémiques :

On tourne autour de 300/400. Je pense que nous avons atteint notre rythme de croisière (...) Le vaccin a tellement été décrié, il y a eu tellement de polémiques autour... et, aussi, nous sommes un peuple qui prend son temps !

Colonel Tony Jerpan, médecin-chef du SDIS et médecin référent du vaccinodrome de l'aéroport

©Eddy Golabkan, Daniel Querin - Guadeloupe La 1ère