Les Guadeloupéens bénéficieront de la remise de 0,15 €/litre de carburant promise par le gouvernement

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Jean Castex a annoncé une remise à la pompe de 15 cts/l de carburant, au bénéfice de "tous les français". Sauf qu'aux Antilles-Guyane, les prix sont définis réglementairement, chaque 1er du mois. Alors qu'aucun des acteurs n'acceptait de faire un geste, l'Etat a annoncé tout prendre en charge.

Face à l'envolée des prix des carburants, le gouvernement a décidé d'octroyer une remise à la pompe de 15 centimes d'euros par litre, qu'il s'agisse de Super sans plomb ou de gazole.
L'annonce a été faite, samedi 12 mars 2022, par le premier ministre, Jean Castex :

Le gouvernement va mettre en place, pour tous les Français, une remise carburant à la pompe de 15 centimes par litre. Cette remise, valable sur tous les carburants, sera appliquée dès le 1er avril prochain, pour une durée de quatre mois. Cela signifie que pour chaque plein de 60 litres, vous économiserez 9 euros.

Jean Castex, interviewé par Le Parisien - 12/03/2022.

La mesure, qui coûtera environ 2 milliards d'euros à l'Etat, concerne les ménages et les entreprises

"Pour tous les Français" a donc précisé le chef du gouvernement.

Mais comment mettre en oeuvre cette mesure, au bénéfice des Guadeloupéens, alors que dans l'archipel, comme ailleurs aux Antilles-Guyane, les tarifs sont réglementés et fixés par l'Etat ? Les taxes, localement, sont principalement celles perçues par la Région, à travers l'Octroi de mer régional et la Taxe spéciale sur les carburants

L'Etat mettra la main à la poche

Dans un tweet, le Ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a voulu mettre les choses au clair et, surtout, rassurer les consommateurs et entreprises des Outres-mer, en assurant que tous seront également concernés par la remise de 15 centimes/litre de carburant.
Cela, alors que des médias Guyanais, notamment, annonçaient que ce ne serait pas le cas.

Sébastien Lecornu demande néanmoins aux groupes pétroliers et aux distributeurs de financer une baisse supplémentaire, de quelques centimes, qui viendrait s’ajouter à celle de l’Etat.

Contactée, la Direction interrégionale de Rubis indique qu’une réunion est prévue, mercredi 16 mars 2022, avec les autres distributeurs locaux, afin d’adopter au plus vite une position commune.

La structure des prix des carburants, en Guadeloupe

Le fait est que les prix des carburants sont règlementés, en Guadeloupe ; ce qui diffère du modèle en vigueur dans l’Hexagone.

Prenons l'exemple du super sans plomb :
Le tarif du litre a été fixé, à compter du 1er mars 2022, à 1,86 euros.
Le coût de la matière première représente 81 centimes.
Le raffinage et le stockage, par la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), s'élève à  20 centimes, auxquels s'ajoute la rémunération garantie de la raffinerie, 3 cts/l.
20 centimes sont répartis entre la marge de gros pour les groupes pétroliers (Total, Rubis et Cap), soit un peu plus de 6 centimes et 13 centimes vont aux stations-services, synonymes de marge de détail.
Enfin, il y a les taxes : l’Etat perçoit 4 cts/l, tandis que la Région récupère 58 centimes par litre de super sans plomb.

Composition des prix des carburants, en Guadeloupe - mars 2022.
Composition des prix des carburants, en Guadeloupe - mars 2022. ©SARA

 

Un nouveau modèle à inventer, à l'avenir ?

Une question se pose donc : faut-il revoir le modèle de fixation des prix, en Guadeloupe, afin de stopper l'escalade ? Oui et non.

En l'état actuel des choses, la seule variable est le coût de la matière première, qui évolue en fonction du cours du baril de brut. Un cours à la hausse, ce qui n’est pas prêt de s’arrêter, vu le contexte international.

Tous les autres éléments sont bloqués. Chaque intervenant, à commencer par les gérants de station-service, explique que l’on ne peut toucher à sa marge, sous peine de remettre en cause sa survie économique.
La réponse est la même, quand on interroge les groupes pétroliers ou encore la SARA.

La Région Guadeloupe, enfin, n'entend pas renoncer à l'indismensable manne financière récupérée. Elle entend préserver son équilibre budgétaire et rappelle qu’une partie de la Taxe spéciale sur les carburants (TCS) profite aussi aux autres collectivités.
L’an passé, ces taxes ont rapporté environ 110 millions d’euros, indique le cabinet d’Ary Chalus, qui rappelle également que plus de la moitié de cette somme a été reversée au Département et aux communes de l’archipel.

Le Conseil régional plaidait donc pour une prise en charge totale des 15 centimes par l’Etat, suite à l'annonce de Jean Castex, qui avait laissé planer un doute, quant à sa faisabilité, en Guadeloupe.
C'est chose faite, puisque la remise sera intégralement assumée par Paris. C’est donc le soulagement du côté du Conseil régional.

Interrogée par Colette Borda, Marie-Luce Penchard évoque la possibilité de bloquer les prix, localement ; c'est une discussion à ouvrir au sein de l'Observatoire des prix, selon la deuxième vice-présidente du Conseil régional de la Guadeloupe :

Marie-Luce Penchard : "Ca nécessite que cette décision soit prise non pas de manière unilatérale, mais en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés (...). Le blocage peut être décidé très rapidement, si la volonté politique existe".

Le blocage des prix, durant un certain temps, est donc ce qui est localement envisagé. Et, sur ce point, l’opposition s’aligne sur cette position, reconnaissant la complexité de la situation.
Loïc Martol, conseiller régional du groupe "Péyi Gwadloup" a lui aussi été joint par Colette Borda :

Loïc Martol : "Nous savons que le budget de la région est particulièrement compliqué, mais nous avions demandé au niveau de la préfecture qu'il y ait un blocage des prix".

Notons que, comme évoqué par Loïc Martol, d’autres collectivités ont déjà fait un effort, à l’image de la Collectivité territoriale de la Guyane qui, le 3 mars dernier, a baissé de 3 centimes le montant de sa taxe spéciale sur le carburant.