Prises à la gorge, les entreprises guadeloupéennes sont sur le pied de guerre

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Réunion des entreprises de Guadeloupe
©Jean-Marie Mavounzy
Le collectif d'entreprises mobilisé depuis très tôt ce mardi 8 décembre au vélodrome compte plus d'une dizaine de secteurs d'activité. Toutes font le même constat. Les réponses inadaptées des banques, des collectivités et de l'État menacent gravement leur activité.
Les Guadeloupéens dont le chemin du travail les mène sur la N1 face au vélodrome, ont vu, très tôt la longue file d'engins et camions de chantier, descendant du pont de Beausoleil vers Destrellan. Comme un avant-goût des mobilisations qui ne tarderont pas à débuter.

Sous trois grandes tentes collées les unes aux autres sur le parking du vélodrome, sont assis les porte-paroles et représentants d'une dizaine de secteurs d'activité, de l'événementiel aux petites entreprises du tourisme en passant par les transports et le BTP.

Chacun, à leur tour, témoignent des mêmes difficultés. Ils déchantent des grands discours du gouvernement et de la Région Guadeloupe, qui, lors du premier et du second confinement, avaient annoncé une série de leviers économiques destinés à soutenir les secteurs à l'arrêt. 
 

Les éternelles cotisations sociales et fiscales

Les prêts rebond de la Région Guadeloupe, les prêts garantis par l'État (PGE) et autres dispositifs de financement, sont tous conditionnés à des cotisations sociales et fiscales en règle. Sauf que, sans recettes et avec parfois des milliers - millions - d'euros de factures en retard, les entreprises ne remplissent pas ces conditions.

Et, quand elles les remplissent, les banques ne jouent pas forcément le jeu et rechignent à dépasser certains montants. Si le chômage partiel a permis de conserver quelques emplois, il ne fera pas barrage très longtemps sans recettes réelles.
 

"C'est toujours les mêmes qui paient cette situation, les salariés. Pour ne pas couler, nous allons devoir éliminer des emplois. Et ce n'est vraiment pas un schéma qui nous plaît, mais nous seront obligés d'en arriver là."

José Gaddarkhan - Président de la Fédération Régionale des entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics

 

La préférence locale

Cette mobilisation n'est pas issue d'un caprice de l'entreprise Gaddarkhan, mise à l'écart du marché de réfection de la piste de l'aéroport Pôel Caraïbe. C'est un point que José Gaddarkhan, lui-même a tenu à souligner. 
 

C'est faux. Et je tiens à répondre à M.Bièvre qui a dit que l'entreprise Gaddarkhan avait eu pour 30 millions d'euros de marchés ces dernières années, que, tout compris j'ai encore un volume de 6 millions de factures impayées pour ces marchés.

José Gaddarkhan - Président de la Fédération Régionale des entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics


Il est appuyé dans son discours par plusieurs autres patrons qui se plaignent des conditions d'attribution des marchés publics, qui tendent, de plus en plus, à favoriser des entreprises hexagonales. Ainsi, le collectif de sept entreprises qui a candidaté pour le marché de réfection de la piste de l'aéroport a perdu n'a pas été retenu pour 0,11 de différence de notation avec l'entreprise Bordelaise désormais attributaire. Ce concurrent, d'ailleurs, ne répondait pas à tous les critères requis, puisqu'aux dires de José Gaddarkhan, elle n'avait pas prévu d'insertion et donc d'emploi de jeunes Guadeloupéens, dans sa proposition.

Un renfort régional

L'appel de détresse lancé par les entreprises Guadeloupéennes a trouvé un écho en Martinique, à Marie-Galante et à Saint-Martin. Ces territoires ont tous envoyé des représentants. Un seul mot d'ordre, ne pas se laisser diviser.
 

"Nous ne sommes plus couyons. Nous avons suffisamment de recul pour ne pas nous laisser prendre dans les tactiques de division de l'État. Nous savons que si la Guadeloupe remue, il mettront un peu d'argent sur la Martinique pour la faire taire. Cela n'arrivera plus. Nous parlons d'une seule voix." 

Hervé Etilé - représentant du BTP Martinique


Les élus et les représentants de l'État ont quatre jours pour recevoir l'ensemble de la délégation en réunion. Pas de réunion par secteur, ni avec des représentants, ni de visio-conférence. Tous veulent se présenter en même temps devant les collectivités et l'État. Si les négociations n'aboutissent pas ou ne se tiennent pas selon les conditions exposées par les entreprises, la Guadeloupe pourrait bien se diriger vers un mouvement social d'envergure.