Procès aux Assises pour viols aggravés sur mineures : 10 à 12 ans de réclusion criminelle requis

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Partie civile du procès aux assises ©Eric Stimpfling - Guadeloupe La 1ère
L'avocate générale a requis, cet après-midi, une peine de 10 à 12 ans de prison, avec un suivi socio-judiciaire de 5 ans, à la sortie, à l'encontre de Jean-Pierre Landi, accusé de viols aggravés sur ses deux belles-filles, mineures au moment des faits, de 2010 à 2017.

Deuxième et, normalement, dernière journée du procès aux Assises de Basse-Terre de Jean-Pierre Landi. L'ancien magistrat de la Cour régionale des comptes (CRC), à la retraite, est accusé de viols aggravés, sur des mineures de moins de 15 ans, par une personne ayant autorité sur les victimes, selon le jargon juridique. L'homme s'en est pris à ses deux belles-filles, entre 2010 et 2017.

Hier, les faits qui lui sont reprochés ont été relatés, par les accusatrices Ludmila et Déborah. Leur maman, Lucile Rossin, a aussi été auditionnée. Plusieurs témoins ont été entendus, dont le directeur de l'enquête.
Le prévenu s'est exprimé en dernier ; il s'est notamment platement excusé.

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Deuxième journée d'audience

Dans la matinée de ce jeudi 21 octobre 2021, il a été beaucoup question de la personnalité du prévenu.

Un premier expert psychiatrique l'a décrit comme quelqu’un présentant des traits possiblement pervers, qui mériteraient d’être étudiés.
Un second expert, lui, distingue un opportuniste, frustré sexuellement, qui laisse tomber ses barrières morales. Et d’ajouter qu’il faut "un singulier mélange d’égocentrisme et d’immaturité, pour penser qu’une pré-ado veuille séduire un homme de 60 ans et de 100 kilos".

L’assistante de Jean-Pierre Landi à la Chambre régionale des comptes a parlé d'un magistrat courtois et respectueux de ses collaborateurs. C’est pourquoi elle a accepté de l’héberger, alors qu’il était en détention provisoire. Cette aide ne dépassera pas deux mois. L'ex-collaboratrice de Jean-Pierre Landri relativisait, au départ, les faits pour lesquelles il était poursuivi. Mais : "Jean-Pierre Landi prenait des libertés, avec son contrôle judiciaire. Il relativisait les actes qu’il avait commis. Je lui servais d’alibi moral. Je ne voulais plus lui servir de caution. Je l’ai surpris en train de consulter des sites de rencontres, sur Internet", a-t-elle expliqué, entrevoyant dès lors un caractère "désinvolte et égocentrique".

A suivi ensuite la déposition de la précédente épouse de l'accusé, avec qui il a eu deux enfants : "Il me trompait, se montrait violent et se croyait au-dessus des lois quand il était directeur des affaires maritimes, en Guyane", a indiqué l’ex-épouse. Ses deux enfants, eux, évoquent des liens distants et un homme égocentrique.

L'homme s’est aussi tourné vers la religion, à sa sortie de détention provisoire, allant désormais à la messe tous les dimanches et participant activement à des actions caritatives, selon son propre témoignage.

Epilogue imminent

Est arrivée l'heure des plaidoiries, à commencer par Maître Babacar Diallo. L'avocat de la partie civile a salué le courage et la détermination des victimes et de leur mère, qui sont allées au terme de ce long parcours juridique, véritable parcours du combattant. "Les personnes les plus insoupçonnables sont souvent les pires. Ici, le danger était à l’intérieur de la maison (...) Mesdames et Messieurs les jurés, je vous demande de rendre justice à ces trois femmes” a conclu Maître Diallo. 

L'avocate générale a pris le relai : "Le viol, c’est la négation de l’humanité. Derrière la maturité des propos des victimes, il restera toujours la souffrance (...) La parole des deux victimes pèse bien davantage, que les dénégations de leur beau-père, car personne ici n’est dupe des propos de Jean-Pierre Landi ". L'accusé a multiplié les versions et a essayé de faire croire à la cour, que les deux jeunes filles étaient consentantes, a rappelé Elodie Rouchouse, qui a requis 10 à 12 ans de réclusion criminelle, avec un suivi socio-judiciaire de 5 ans, à la sortie.

Harry Durimel, l'avocat de Jean-Pierre Landi, a tenté de diminuer les charges, très lourdes, qui pèsent sur son client : "Oubliez votre penchant compassionnel et faites preuve de discernement", a demandé Harry Durimel aux six jurés. Une tâche Ô combien difficile, tant les éléments sont accablants. 
Le défenseur a ensuite tenté de démonter, un à un, les témoignages des victimes et des témoins, soulignant leurs imprécisions : "Alors, certes, Landi a transgressé et il doit être puni, mais il ne s’agit que d’attouchements et non de viols". 

Jean-Pierre Landi s’est exprimé en dernier, pour redire cette version : "Je demande à la Cour de me juger pour les faits que j’ai commis. Ce que j’ai fait est grave, mais je n’ai pas violé".

La Cour s’est retirée pour délibérer, peu avant 19h00. Le verdict est attendu, dans la soirée.

Tribunal de Basse-Terre
©Eric Stimpfling