Prostitution et suspicion de corruption, Cédric Cornet sera-il à la hauteur du défi Grand-Baie ?

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Grand Baie Gosier
©Priscilla Romain
La semaine dernière, le maire de Gosier, Cédric Cornet annonçait vouloir en finir avec la prostitution dans le quartier de Grand-Baie. Une sortie médiatique qui commence à s’imposer comme un style politique du côté du nouveau maire, mais qui cache une réalité très complexe.
 
"Elles n’ont pas d’heure. Matin comme soir, elles sont là, elles attendent. Les voitures hantent le quartier. En tant que femme, on ne peut plus se déplacer sans avoir une voiture qui s’arrête à notre hauteur pour nous faire des avances… c’est invivable !" s’écrie une retraitée du quartier de Grand-Baie au micro de la presse entassée autour du Maire du Gosier venu tenir un point de situation sur ses dernières déclarations. A ses côtés, des voisins qui hochent la tête, la mine soucieuse.
C’est l’écho de ce raz-le-bol qui a motivé la sortie explosive de Cédric Cornet. En début de semaine dernière, le maire a exprimé son intention de vouloir éradiquer la prostitution dans le quartier.
 

J’ai écrit à la préfecture et à la police des frontières afin de leur faire état de la situation ici. Pour moi, il faut faire le point sur qui est clandestin et qui ne l’est pas, mais surtout aller déloger les loueurs et les proxénètes qui gagnent de l’argent avec le trafic d’êtres humains.

Cédric Cornet, maire de Gosier


Aucune volonté de stigmatiser des femmes qui font l’objet d’une exploitation mais la volonté pour la municipalité de tenir une promesse de campagne en ramenant la paix dans le quartier.
 

Relancer la réhabilitation du quartier

Déplacer les prostituées serait la phase d’introduction d’un vaste plan de réhabilitation pour l’entrée de la ville du Gosier. En ce sens, Cédric Cornet a déjà pris attache avec un cabinet d’architecture censé proposer un nouveau plan d’aménagement, en concertation avec la population. "Il y a un premier projet élaboré dans le cadre de la loi, mais qui n’est pas favorable à la population du quartier. Nous avons donc commandé un second projet qui prend en compte tous les desiratas des habitants et nous leur demanderons à l’issue des travaux de voter entre les deux projets." explique le maire. L’ambition de Cédric Cornet est de piloter la réhabilitation de Grand-Baie. Il affirme même avoir programmé les montants nécessaires dans son budget.
 

Une RHI embourbée

Rien de nouveau sous le soleil. Bien au contraire le passif est lourd. Avant les remous provoqués par le projet "Grand-Baie demain" proposé par la mandature Dupont en 2017, le sort du quartier était déjà opaque. En effet, depuis 1994, un arrêté préfectoral y a acté une opération de résorption de l’habitat insalubre (RHI). Déjà, à l’époque, l’occupation du foncier était difficilement lisible, plusieurs terrains ayant été accordés au gré des stratégies électorales, en dehors de la partie gérée - pour toute la zone littorale - par l’agence des 50 pas géométriques.
La RHI était censée régulariser tout cela. Ainsi, les bailleurs sociaux ont reçu de l’Etat, de la commune et de l’agence des 50 pas géométriques, quitus pour la gestion du foncier.
Les opérations ont commencé fort, avec le relogement d’une partie de la population dans des cités, la construction d’un terrain de basket et d’une route littorale, la rénovation des canalisations, un début de régularisation du cadastre avec des géomètres, la signature de promesses de vente, puis, d’un coup, la machine s’est enrayée et toutes les opérations ont été arrêtées.
 

Une mort orchestrée ?

Les habitants de Grand-Baie ont vu les engins de chantier partir aussi vite qu’ils étaient arrivés. Sans vraiment comprendre pourquoi, avant de tourner leur regard vers la plage. "Ce bout de mer est l’objet de toutes les convoitises" assène Samantha Dragin, présidente de Kolèktif Gwadloup an Mouvman. "Quand ils ont vu le trésor de Grand-Baie, ils ont estimé que c’était trop beau pour nous." Cet avis est partagé par de nombreux habitants du quartier. "Dans leur projet "Grand-Baie dehors", ils nous expliquent qu’il y a un risque de tsunami et un risque sismique et qu’il nous faut partir, mais je n’y crois pas. Aussitôt qu’ils nous aurons mis dehors, ils vont vendre les terrains à des gens qui installeront des barrières, et le trésor sera perdu" estime l’un d’entre eux.
Grand Baie Gosier
©Priscilla Romain
Ce sentiment est entretenu par une situation floue. En effet, avant qu’ils ne désertent le terrain, les bailleurs sociaux avaient fait signer des promesses de vente aux habitants. Certains ont déjà payé leur achat, sans jamais recevoir les papiers définitifs des terrains.
En attendant, la RHI est officiellement toujours en cours, sans que rien n’avance avec des habitants en attente de relogement sur leur terrain depuis plusieurs années.
 

Ils veulent laisser traîner jusqu’à ce que les plus vieux meurent et que la descendance soit loin. Mais ils n’avaient pas prévu qu’on revienne et qu’on se batte

tempête Samantha Dragin


C’est dans ce qui s’annonce être un véritable sac de noeud que Cédric Cornet plonge vigoureusement la main. Grand-Baie est un mic-mac politico-immobilier sous fond sonore de bachata.