Quel avenir pour l’unité sucrière de Marie-Galante ?

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Sucrerie Marie-Galante
©J. Champion

L’inquiétude monte à Marie-Galante, concernant l’avenir de la sucrerie-rhumerie. Un collectif réclame, avant le lancement de la campagne 2021, une réunion d’urgence avec tous les partenaires de la filière, pour évoquer le projet de centrale thermique, qui devait être couplée à l’usine en 2022… 

Pas question de démarrer la campagne sucrière 2021 sur la « grande galette », tant que l’avenir de la sucrerie de Grande Anse n’est pas clarifié ! C’est la position du « Collectif uni pour la sauvegarde de l’usine et le maintien de la filière canne à Marie-Galante », créé le 20 février. Composé de salariés de l’usine, d’agriculteurs, transporteurs, commerçants et autres représentants du monde économique et associatif, ce collectif s’est invité le 23 février, lors de la commission mixte de bassin, qui devait fixer la date du lancement de la récolte et valider les prévisions de tonnage. La réunion a dû être reportée.

La crainte d’une fermeture

La campagne sucrière 2021 n’est pas compromise, selon les dirigeants de l’usine, qui assurent avoir réalisé les travaux d’entretien nécessaires durant l'intersaison. Mais le collectif s’inquiète pour la suite et redoute une fermeture de l’unité industrielle à terme, avec donc le transfert des cannes vers l’usine Gardel au Moule. Car le projet de centrale thermique, qui devait être couplée à la sucrerie, ne semble plus à l’ordre du jour. La tenue d’une table-ronde avec tous les partenaires de la filière est donc demandée par le collectif, qui emboîte ainsi le pas aux administrateurs de la Sucrerie-Rhumerie de Marie-Galante. 

Dans une motion en date du 27 janvier dernier, le Conseil d’administration de la SRMG s’interrogeait : « quelle est la position de l’Etat sur la pérennité de la filière canne à Marie-Galante ? » soutenant le courrier adressé le 4 janvier par son président au préfet, pour solliciter une réunion d’urgence. 

Le projet de centrale thermique abandonné ? 

Quelques jours plus tôt, le 30 décembre, Athanase Coquin signait avec Alexandre Rochatte la convention relative au soutien financier de l’Etat à la sucrerie pour la campagne 2020. Une subvention annuelle d’1,6 million d’euros pour appuyer le plan de modernisation et de mise aux normes de l’outil, vétuste. Depuis 2008, ce plan est basé sur le futur couplage de l’unité de Grande Anse avec une centrale thermique, afin d’externaliser la production d’énergie. Centrale qui fournira à l’usine l’électricité et la vapeur nécessaires à son fonctionnement, en lieu et place de l’actuelle chaudière, régulièrement en panne. 

Albioma, qui porte le projet, a dû revoir plusieurs fois sa copie sur le combustible complémentaire à la bagasse : charbon, puis billes de bois importées. Ce sera finalement uniquement de la biomasse locale, selon l’accord signé en avril 2018 avec l’ensemble des partenaires, dont la Communauté des communes. Et la puissance ne dépassera pas 6,5 MW : deux fois moins que celle prévue initialement. La centrale devait être opérationnelle d’ici 2022. Mais les travaux n’ont jamais démarré. Et dans la convention signée fin décembre, l’évocation de cette centrale thermique a « purement et simplement disparu », constatent les administrateurs de la SRMG, qui disent n’avoir reçu aucune information sur un abandon du projet…

Investir dans une chaudière neuve

Alors, comment expliquer que cette centrale biomasse ne sorte pas de terre ? Le principal blocage résiderait dans le prix de vente à EDF de l’électricité qui sera produite par « Marie-Galante Energie », la société chargée de construire et exploiter la centrale, avec Albioma comme principal actionnaire. Pour rentabiliser l’investissement dans une centrale de seulement 6,5 MW, et qui ne tournera sans doute qu’une partie de l’année, le coût du KWh serait, selon une étude, trois fois supérieur à celui du marché. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) ne peut valider un tel prix… 

La donne a donc changé pour la SRMG. L’Etat, qui jusqu’à présent, soutenait le projet de centrale thermique, impose aujourd’hui des conditions tout autres, pour le versement de sa subvention : la sucrerie-rhumerie doit mettre à jour son programme d’investissement pour la période 2021-2024, avec « un plan global de rénovation de l’outil de production », incluant le traitement des efluents aqueux (selon les normes rappelées par la DEAL), mais aussi « le renouvellement de la chaudière ». Et l’entreprise doit remettre un document chiffré au ministère de l’Agriculture avant le 27 avril. 

Et la prime bagasse ?

L’usinier, qui évalue à 30 millions d’euros le coût total des investissements demandés, estime ne pas être en mesure de tenir de tels engagements. Et puis investir dans une chaudière toute neuve rendrait certes plus fiable une usine qui enregistre des taux d’arrêt de 20 à 25 %, mais priverait définitivement les planteurs marie-galantais de la prime bagasse, d’environ 13€ par tonne de canne, alors que leurs collègues livrant à Gardel la perçoivent depuis plus de dix ans, et que le coût de la récolte, essentiellement manuel sur l’île du sud, y est nettement plus élevé. Pour la SRMG et pour le collectif, la relance de la production cannière, qui pourrait descendre à moins de 75 000 tonnes cette année, ne peuvent s’envisager sans la centrale électrique.

Le collectif exige donc « une décision sans délai de tous les partenaires pour le devenir de l’usine, adossée à la centrale de cogénération ». Mais d’autres voix s’élèvent pour réclamer plus de transparence sur l’utilisation des aides publiques versées  chaque année à la sucrerie-rhumerie…

La SRMG devait initialement tenir ce 1er mars son assemblée générale annuelle, avec tous les actionnaires, soit à Charenton-le-Pont (Val de Marne), où siège la société, soit à Grand-Bourg. Elle a été reportée en raison des restrictions liées au COVID…

Les revendications du collectif