Vaudou, rhum, Vierge Marie, magico-religieux... ou quand on parle des chiffres de la vaccination aux Antilles dans les médias nationaux

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Les propos d'un médecin, d'une communicante et de la directrice de l'Agence régionale de santé, sur les chiffres de la vaccination en Guadeloupe et en Martinique, dans les médias nationaux, ces derniers jours, ont provoqué le courroux de nombreux internautes, mais également d'élus.

La crise sanitaire qui s'accélère en Martinique et en Guadeloupe est au coeur de rendez-vous d'information sur les chaînes nationales, depuis quelques jours. Des invités, qualifiés d'experts ont, ces derniers jours, fait des déclarations qui ont profondément choqué dans nos départements. 

4 178 cas Covid enregistrés en 4 jours en Guadeloupe (depuis le lundi 2 août)... 1 584 nouveaux cas recensés en Martinique sur deux jours (entre le mercredi 4 et le jeudi 5 août). Les autorités sanitaires ont depuis quelques semaines tiré la sonnette d'alarme dans les deux îles, renforçant les mesures restrictives. 

Guadeloupéens et Martiniquais vivent donc un nouveau confinement. 

La vaccination reste la solution martèlent les autorités des deux régions où les taux de couverture vaccinale ne sont pas mirobolants.
Pour les personnes de plus de 12 ans, il est de 27,18% en Guadeloupe (au moins une injection). En Martinique, le nombre de personnes ayant un schéma vaccinal complet (1ère et 2ème injections)  est de 55 873, soit 18,64% de la population. 

Et donc, à 8 000 kilomètres des Antilles, on se demande comment expliquer le faible taux de vaccination dans les deux départements. 

"Beaucoup de problèmes viennent de la culture et du rhum..." dit un médecin 

Certains y vont de leur analyse oscillant entre clichés et préjugés. Car, pour l'heure, aucune donnée sociologique ne peut répondre à cette question. 

Mais, cela n'a pas empêché le docteur Hervé Boissin, invité du journaliste Darius Rochebin à 20 heures sur la chaîne LCI, le 31 juillet dernier, de donner une réponse qui n'a rien de scientifique. Et qui laisse pantois. 

Effectivement, c'est culturel... Il y a d’autres sources d'information, je ne vais pas revenir sur les vaudous... Cela existe toujours dans ces territoires...

Par contre, il y a un accès aux soins qui est facilité quand même dans ces territoires d'Outre-mer. Il y a toutes les assistances médicales qui existent, les CMU

[...]

Beaucoup de problèmes viennent de la culture et le rhum ne guérit pas tout, au contraire il fait des pathologies supplémentaires, il ne tue pas le virus...

Dr Hervé Boissin, médecin généraliste

Un commentaire plus que biaisé, sans aucune réaction du présentateur, qui a provoqué un tollé sur la toile. Parmi les internautes outrés, l'ancienne journaliste martiniquaise, Audrey Pulvar. L'élue a souligné les clichés du discours.

Une intervention qui a également fait réagir chez nous. Le président du Conseil départemental, par voie de communiqué "déplore ce grave dérapage d’un professionnel de santé supposé mobiliser son expertise et son savoir dans le cadre de sa mission éducative et curative au service de la population". Guy Losbar se dit consterné par les propos du Dr Hervé Boissin. 

Des propos de la directrice de l'ARS jugés "irrespectueux"

Peu avant, Valérie Denux, directrice de l'Agence régionale de Santé de Guadeloupe était invitée de Bénédicte Tassart dans l'émission RTL Soir afin de parler de la situation sanitaire du département. Interrogée sur les chiffres de la vaccination, il lui est demandé s'il y a un mouvement qui met en danger la population. La question a interpellé de nombreux internautes. La réponse tout autant. La directrice de l'ARS répond par l'affirmative. 

Oui, il y a un mouvement très clairement d'anti-vaccins qui jouent, qui surfent sur les peurs, sur une culture un petit peu aussi de l'approche de santé qui est un petit peu traditionnelle ou magico-religieuse, on va dire, et qui s'en servent pour servir leurs propres intérêts et mettent en danger la Guadeloupe, oui.  

Valérie Denux, directrice de l'Agence régionale de Santé de la Guadeloupe

 

Des propos qui ont fait réagir notamment Victoire Jasmin qui juge les propos du docteur Hervé Boissin et de la directrice de l'ARS "méprisants et irrespectueux". La sénatrice de la Guadeloupe demande des excuses publiques.  

Le même jour, lors du point Covid hebdomadaire, interpellé sur cette interview par Thierry Philippe de Guadeloupe La 1ère, Valérie Denux a rappelé qu'il existait plusieurs facteurs quant au faible taux de vaccination. Pour la directrice de l'ARS, en Guadeloupe, "l'aspect traditionnel est important", de même, "la religion est très importante ici encore". 

La Vierge Marie également empêche la vaccination...

Autre plateau, autres propos qui ont provoqué la colère. La communicante et consultante de BFM, invitée en plateau début août, Amélie Lebreton, après avoir rappelé que les fondements culturels et historiques ne sont pas les mêmes dans l'Hexagone et aux Antilles, a cité un article du quotidien national Le Parisien qui expliquait que la défiance des nos populations viendrait "par exemple, de ce qui s'est passé sur le scandale du chlordécone où toute la population a été vaccinée et où il y a quand même eu beaucoup de choses qui ont été cachées" et qu'aujourd'hui, il y a une réticence très forte. 

Avant d'ajouter que dans nos territoires, "il y aussi le poids de la religion". Ce n'est pas un secret, de nombreux Guadeloupéens et Martiniquais sont catholiques, comme dans l'Hexagone. Sauf que sous nos latitudes, et seulement chez nous, la religion peut freiner la vaccination. 

Il y a beaucoup de Martiniquais notamment, mais les Guadeloupéens, c'est pareil, qui sont catholiques et qui disent que la Vierge Marie dit de ne pas se faire vacciner.

Amélie Lebreton, communicante et consultante de BFM TV

 

Des allégations farfelues

Une démarche est en cours, au sein de l’université des Antilles, afin d’en finir avec les approximations et optimiser la communication, autour de l’épidémie. 
Fred Reno, professeur de sciences politiques et directeur du CAGI (Centre d'analyse géopolitique et internationale, équipe de recherche de l’université des Antilles) qui, avec ses étudiants, va travailler sur la résistance à la vaccination, pour tenter d’y apporter des explications.
Il estime que les allégations entendues sur les médias nationaux, quant aux raisons pour lesquels les Antillo-Guyanais refusent le vaccin anti-Covid sont, pour la plupart, farfelues.