Faut-il s'inquiéter d'un démantèlement programmé de l'EFS Guadeloupe-Guyane ?

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Camion de l'EFS
©EFS Guadeloupe - Guyane
Que se passe-t-il au sein de l'EFS Guadeloupe-Guyane ? Alors que les moyens humains manquaient déjà, voilà que trois biologistes démissionnent coup sur coup. Est-ce une volonté délibérée de démanteler l'EFS ? Elus et syndicats s'interrogent et le Gouvernement réfute.

Les élus s'inquiètent

Pour l'heure, se sont surtout les élus PS de Guadeloupe qui se sont manifestés, via les réseaux sociaux et dans le cadre de leurs fonctions.

Interpellé par ces élus qui suspectent un démantèlement de cette structure, orchestré par l'ARS et la direction de l'EFS Guadeloupe-Guyane, le Gouvernement a réaffirmé son importance en répondant, ce jeudi 12 novembre, à Victoire Jasmin, dans le cadre des questions au Gouvernement, au Sénat : 
La sénatrice a en effet interpellé, hier, le Gouvernement, sur les actuels dysfonctionnements de l'EFS :

Et, donc, le Gouvernement, par la voix d'Adrien Taquet, secrétaire d'État en charge de l'enfance et des familles, auprès du ministre des solidarités et de la santé, s'est engagé à maintenir l'EFS Guadeloupe-Guyane :

Pourtant les signes étaient trompeurs, quant au dessein des autorités locales, ce qui avait également fait réagir le sénateur Victorin Lurel :


Entre-temps, l'Agence régionale de santé (ARS) Guadeloupe a formellement réfuté avoir la moindre implication dans cette affaire, n'ayant "aucune autorité sur l’établissement français du sang".
C'est à lire ici :


Déjà en 2017, Victoire Jasmin avait interpellé la Ministre de la santé de l'époque, Agnès Buzyn, au sujet de ce qu'elle qualifiait de "scandaleux  projet d'externalisation du labo de l'EFS Guadeloupe-Guyane".

 

Sans biologistes, pas d'analyses possible...

Mais pourquoi tant de craintes ?
Trois biologistes, chargés d’effectuer les analyses réglementaires et obligatoires des dons de sang, ont décidé de quitter l’Etablissement français du sang (EFS) qui siège sur le boulevard de l'Hôpital, à Pointe-à-Pitre. Ils ont, tour à tour, présenté leur démission, il y a quelques jours.
Seulement voilà : ce site est chargé de répondre aux besoins, de la Guadeloupe, mais aussi de la Guyane, en matière de produits sanguins.
Comment, en l'absence de ces professionnels clés, va-t-il pouvoir remplir sa mission d'utilité publique ?
Via une organisation temporaire, répond la direction. Elle a été mise en place pour palier à ce déficit, en termes de ressources humaines. Des biologistes habilités devraient assurer l’intérim.

Pour autant, en ces temps troublés, le transfert d’échantillons, vers la France hexagonale, pour analyse, n’est pas à exclure.
Les explications du Docteur Françoise Maire, la directrice de l’EFS Guadeloupe-Guyane, interrogée par Pascal Pétrine :

Dr Françoise Maire - départ des biologistes   


L'UTS-UGTG dénonce un manque de transparence

Mis devant le fait accompli, les salariés de l'EFS Guadeloupe-Guyane affiliés à l'Union des travailleurs de la santé (UTS) de l'UGTG ont observé un mouvement de grève, le 5 novembre 2020.
Le syndicat dénonce :

Depuis l'arrivée d'une directrice, en 2013, les médecins et les biologistes sont sans cesse harcelés et poussés à la démission.
Aujourd'hui encore, ce sont des biologistes qui démissionnent en bloc. Ce turn-over incessant fragilise le fonctionnement de l'établissement. Cette situation récurrente semble être organisée sciemment pour détruire le Laboratoire de Qualification Biologique des dons, induire la mort de l'EFS Guadeloupe-Guyane et à termes le licenciement des personnels.

Extrait de la déclaration de l'UTS-UGTG du 05/11/2020


L'UTS-UGTG s'oppose à la réduction des moyens de l'Etablissement et à l'externalisation du plateau de Qualification biologique des dons (QBD). La Guadeloupe, est-il rappelé, est située à 7000 kilomètres de l'Hexagone et est confrontée aux risques sismiques, volcaniques et cycloniques, notamment ; à ce titre, elle doit être dotée des moyens nécessaires, pour une prise en charge rapide de sa population, en cas de crise. C'est un droit dû aux Guadeloupéens, au nom de la continuité territoriale, selon le syndicat.

Parmi les revendications des salariés qui étaient mobilisés, la semaine dernière, il y a donc le recrutement immédiat et pérenne de biologistes pour les laboratoires, le maintien des activités existantes au sein de l'EFS local et de l'Etablissement de plein exercice, ou encore l'instauration d'une politique de communication adaptée entre personnels et direction.

A consulter, ici, l'intégralité de la déclaration de l'UTS-UGTG :

Grève du 5 novembre à l'EFS : déclaration de l'UTS-UGTG

 

Le temps nous dira si la promesse formulée par Adrien Taquet sera tenue.