Christiane Taubira, ministre de la justice honnie ou admirée poursuit son chemin

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Christiane Taubira, garde des Sceaux
Christiane Taubira, garde des Sceaux ©Fred Dufour/AFP
Le projet de loi mariage pour tous adopté en première lecture le 12 février 2013 par les députés est à l’examen chez les sénateurs. Les anti-mariage ont manifesté samedi en petit en nombre en Guyane et massivement à Paris. La ministre de la justice affiche une sérénité qui semble sans faille.

La garde des sceaux continue d’occuper une place importante voire quotidienne dans les médias nationaux. Ces dernières semaines, les départs successifs de collaborateurs de cabinet ont provoqués de nombreux commentaires sans que Mme Taubira ne réagisse. A cela, la ministre oppose le silence, une méthode de communication, qui a parfaitement fonctionné lors de la première salve de critiques qu’elle a essuyées peu de temps après sa nomination à la Justice. Sa seule réponse a été la préparation du projet de loi mariage pour tous âprement et brillamment défendu et les nombreuses visites de terrain à la rencontre notamment des magistrats, une caste qu’il lui fallait impérativement séduire.

Une Garde des Sceaux décriée

Christiane Taubira n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle doit ferrailler contre ses adversaires. Oratrice hors pair, alliant rhétorique et culture générale, elle terrasse sans coup férir, particulièrement ceux qui se prennent pour Goliath – le député David Douillet en a fait les frais. Selon Christian Jacob, président du groupe UMP à l’assemblée nationale et un des plus pugnaces combattants contre la loi mariage pour tous, cela cache une profonde méconnaissance du droit : « On n’attend pas d’un garde des Sceaux qu’il vienne déclamer des poèmes. On attend qu’il fasse du droit, qu’il réponde en droit. Ce que n’a pas fait Mme Taubira qui, bien souvent incapable de répondre sur le fond, était dans la provocation et dans l’outrance en permanence ».
Déclaration faite au Lab dans un article daté du 23 mars. Les critiques continuent de pleuvoir avec l’annonce d’une désertion conjuguée de plusieurs de ses collaborateurs dans son cabinet dont la plus emblématiques est celle de Christian Vigouroux, le directeur du cabinet lui-même. Des départs largement commentés par la presse qui s’est appesantie longuement sur la personnalité exigeante et méfiante de Christiane Taubira. Le quotidien le Monde dans son édition du 21 mars s’est de plus étendu sur un malaise qui poindrait chez les magistrats qui attendent de leur chef suprême plus « qu’un ministère de la parole ».
Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical interrogé sur les multiples départs au cabinet Taubira a déclaré à l’hebdomadaire L'Express : « Christiane Taubira a du tempérament, elle est extraordinaire pour mobiliser une salle, souligne-t-il. Mais elle est solitaire et indépendante." La nouvelle directrice de cabinet Christine Maugüe devra abattre ou s’accommoder de ce rempart d’indépendance de la ministre pour ramener la sérénité dans ce cabinet  allégé de quelques membres. Mais déjà le quotidien le Figaro relève dans ses colonnes que «  Mme Maugüe a soutenu lorsqu'elle était conseillère d'État le refus de donner un agrément en vue d'une adoption à un professeur homosexuel».

Une personnalité populaire et admirée

Habituée à se battre la ministre n’en continue pas moins malgré un quotidien politique houleux à se trouver des pauses qui la ramènent vers la culture. Elle s’est donc rendue à Dakar au Sénégal où se tenait un colloque sur Aimé Césaire et la négritude. Elle y a d’ailleurs prononcé le discours de fin. Dimanche 24 mars, elle se trouvait au salon du Livres pour une séance de dédicaces pour son ouvrage « Mes météores »qui selon le journal Metro  en a fait la star de ce salon. Elle s’est prêté avec « une simplicité non feinte aux embrassades, photos et autres marques d'affection sollicitées par des enfants, de jeunes gens et autres personnes, venues " la soutenir".
La personnalité de Christiane Taubira suscite aussi bien la détestation, l’agacement que l’admiration ou l’enthousiasme et elle intéresse d'autant le réalisateur espagnol Pedro Almodovar. Dans un entretien à Nikkos Ayagas  sur les personnalités françaises qui auraient pu jouer dans ses films,  il répond : « La ministre de la justice,  Chritiane Taubira est un personnage féminin pour un de mes films. C’est une femme courageuse, elle a l’air d’avoir le sens de l’humour. Elle a une grande capacité de lutte et en plus, elle est photogénique sans être parfaite physiquement. Et pour moi c’est toujours mieux qu’une femme ne soit pas physiquement parfaite".