La fête des morts un commerce lucratif pour les djobeurs

traditions
Cimetière de Montjoly
©CL
Chaque année à la fête de la Toussaint, les cimetières font peau neuve. L'occasion pour les travailleurs occasionnels, souvent des jeunes, de se constituer une cagnotte en effectuant des travaux de nettoyage et d'embellissement des tombes. Une tradition bien ancrée en Guyane.
A Montjoly, ce jeudi matin quelques djobeurs rassemblés à l’entrée du cimetière attendent des clients. Ils devisent tranquillement entre eux. Il n'y a pas foule et le cimetière resplendit de blancheur sous les rayons ardents du soleil.

Nettoyer, repeindre une tombe pour 20€ et plus

Djobeur au travail dans le cimetière de Montjoly
©CL
Accroupi devant une tombe, un djobeur d'âge mur, peint avec application le cadre en bois d'une tombe. Il a rempli de sable blanc l'intérieur du cadre. Pour ce travail, il demande 20€. C'est le coût moyen de ce "job" à Montjoly. L'homme en a 5 à faire pour la journée. Un peu plus loin un jeune-homme charrie des seaux d'eau pour lessiver une tombe carrelée et en repeindre les pourtours. Pour lui aussi le tarif est le même, 20€. 
Pour cet autre homme surnommé Venance, les "jobs" de la Toussaint relève d'une véritable organisation à côté de ses activités salariées. il propose des cadres en bois qu'il vend 100€, peints de couleur vive, il donne une allure différente aux sépultures. Il s'est forgé une petite clientèle et de temps en temps réalise des tombes en ciment et carrelées. Venance montre avec fierté son travail effectué proprement et avec goût. Sans donner d'indications très précises, il reconnaît que ces menus travaux lui assure un pécule (2000€) qu'il utilise pour ses vacances. Le tout, selon lui, c'est de ne pas avoir peur de travailler.


Perpétuer un lien avec les disparus

Un peu plus loin, une jolie jeune fille brosse avec vigueur le carrelage d'une tombe. Celle de sa grand-mère. Chaque année Allison, 18 ans, étudiante en 2ème année de licence en droit, ne manque pas de venir s'occuper de la sépulture de sa grand-mère. Avec un grand sourire, elle explique qu'elle ne veut pas laisser ce travail à un djobeur. Le faire elle-même perpétue un lien affectif avec la disparue, qu'elle n'a pas beaucoup connue, certes, mais qu'elle vénère. Le jour de la Toussaint, elle sera présente avec tous ses frères et soeurs.  Comme le veut la tradition, ils auront amené des fleurs et des bougies pour commémorer le souvenir de leur aïeule.
Pas trop loin de la sortie, une dame respectable, un large chapeau sur la tête, pantalon retroussé porte son seau d'eau jusqu'à la tombe de son défunt époux disparu depuis plus de 30 ans. La tombe est nue, tous les pots de fleurs et sa plaque funéraire ont été volés. La veuve nettoie elle-même le sépulcre cette année mais prévoit en souriant qu'avec l'âge qui avance (elle a 70 ans), elle devra sans doute confier cette tâche à quelqu'un d'autre.

"Djobeur" : travailleur occasionnel

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