21 janvier 2012, l’aéroport de Cayenne-Rochambeau devient officiellement l’aéroport Cayenne-Félix Eboué

patrimoine
Le vol Air Guyane
Aéroport Félix Eboué. ©Viviane Dauphoud-Eddos
Le 21 janvier 2012, l’aéroport Rochambeau -Cayenne, adoptait officiellement une nouvelle dénomination et devenait l’aéroport Félix Eboué. Construit en 1943, cet aéroport a une histoire singulière qui démarre avec la présence militaire des américains en Amérique du Sud durant la seconde guerre mondiale.

Après des années d’atermoiements, l’aéroport de Cayenne (qui se trouve sur le territoire de Matoury), anciennement appelé Cayenne-Rochambeau, du nom d’un général américain Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, a été renommé aéroport Félix Eboué.  

Cet événement a été scellé officiellement le 21 janvier 2012 en présence du président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy. La dénomination d'un patronyme d’un éminent personnage de la Guyane et de la Nation française, celui du gouverneur Félix Eboué, est le fruit d’un travail collégial entre l’instance consulaire, la chambre de commerce et d’industrie de la Guyane, le conseil général et le conseil régional à l’époque, l'association du Cercle Félix Eboué et d’un vote par internet de la population. Entre autres propositions, figurerait le nom du chef amérindien, Sépélu suggéré par l’ancienne députée Christiane Taubira.

Rebaptiser un aérodrome n’est pas courant car cela exige en amont de nombreuses démarches administratives mais cet aéroport ne pouvait plus porter le patronyme Rochambeau associé aux actes du fils du comte de Rochambeau, un esclavagiste de sinistre mémoire dans la Caraïbe.

Un aéroport construit durant la seconde guerre mondiale par les américains

La construction de l’aéroport de Guyane est intimement liée à la seconde guerre mondiale. En 1940, la colonie guyanaise est sous le joug du régime de Vichy. Les américains, neutres, ne sont pas encore dans le conflit mondial mais veulent étendre leur puissance commerciale et géo politique dans toute l’Amérique du Sud.
Rémy Péru-Dumesnil, doctorant en histoire, auteur d’un mémoire de master sur la présence américaine en Guyane a particulièrement étudié cette époque :

« La Panam air ways, entreprise privée sollicite la colonie car elle souhaite terminer une chaîne d’aéroports qui existent déjà au Brésil, en Argentine et ailleurs sur le continent. Cela permet aux américains d’aller où ils veulent. Ce qui est très intéressant commercialement et politiquement aussi… Le gouvernement français accepte à contre cœur et finit par donner une autorisation de construire au lieu-dit Gallion ».

Ces échanges entre les américains et les français, précise l’historien vont durer des mois. L’aéroport du Gallion (une piste d’atterrissage en latérite) est enfin construit pour accueillir des avions de transports commerciaux. Peu de temps après, en 1942, les Etats-Unis rentrent dans le conflit mondial. Dès ce moment, toutes les bases qui ont été construites en Amérique du Sud deviennent des bases arrières ou avancées. L’implantation des américains en Guyane leur permet d’envoyer des bombardiers en Afrique du Nord.
Le premier bombardier américain qui se pose au Gallion s’enlise. La piste ne peut pas accueillir de gros porteurs. « L’aérodrome de Rochambeau va naitre parce que celui du Gallion n’est pas fonctionnel ». Les américains investissent dans un équipement qu’ils qualifieront de « bijou technologique ». L’historien qui n’a pu avoir accès aux archives militaires américaines apporte cette précision :

« … Alors que l’aéroport a été construit sur le territoire français, en 1949 il est vendu au français. Cela a été négocié comme cela car les américains diront que la construction de cet aéroport a coûté très cher, c’est un bijou technologique, on ne peut pas juste vous le céder gratuitement, vous allez le racheter ! ».  

L’aéroport est vendu 350 000 dollars de l’époque ce qui correspondrait aujourd’hui à environ 3 millions d’euros.