O Mayouri : « Bals masqués de Guyane et d’ailleurs » regards croisés sur le Carnaval d'hier et d'aujourd'hui

Bals masqués de Guyane et d’ailleurs » de Monique Blérald et Mylène Danglades est paru il y a quelques mois chez Orphie. Un livre d’actualité qui revient sur le Carnaval d’hier et aujourd’hui. Il regroupe les actes d’un colloque qui a eu lieu en 2017 à Cayenne.

Cet ouvrage rassemble les actes du colloque international qui a eu lieu à l’Université de Guyane en janvier 2017. Un colloque qui portait le nom de l’ouvrage « Bals masqués de Guyane et d’ailleurs, Identité et imaginaires carnavalesques en question. ». Le Carnaval, et ses composantes, au-delà des festivités, de l’aspect ludique, est un terreau fertile pour les chercheurs. L’expression de cycles et les liens sociaux sont décryptés. Un jeu d’identité, qui en dit long sur l’évolution d’une société ambivalente, entre profane et sacré.

Regards croisés

Une trentaine de chercheurs, venus de tous les horizons, exposent leurs travaux dans cet essai. Des travaux qui mêlent étroitement histoire, droit, économie, sociologie, ethnologie, linguistique, littérature….Regards croisés sur l’évolution du Carnaval et des bals paré masqué. C’est un livre référence. Les auteurs ont aussi voulu mettre en exergue, les points de convergence entre les différents pays en démontrant la dimension capitale du Carnaval dans nos sociétés. Neuf chapitres composent l’ouvrage, toutes les thématiques sont abordées afin d’en faire l’état des lieux et d’en mesurer les perspectives. Il s’agit d’abord de démontrer les enjeux patrimoniaux du carnaval et ses composantes, avec en toile de fond le processus de la reconnaissance du Touloulou comme patrimoine immatériel de l’Unesco.

Lettres de noblesse

Monique Blérald présidente de l'observatoire régional du Carnaval, co-auteur

Cet ouvrage est une source d’informations pour tous ceux qui entendent protéger les traditions et la transmission du savoir, en leur donnant un cadre universitaire et règlementaire. L'idée est d'en faire oublier les dérives. Les contributions sont des partages, des visions parfois opposées entre les défenseurs du Carnaval traditionnel et ceux qui estiment que son évolution est nécessaire.C’est un essai qui prend toute sa place aujourd’hui après une année dite blanche. C’est l’occasion également de s’interroger sur le devenir de notre Carnaval et de ses rites afin de trouver sans doute, une justification..

« Bals masqués de Guyane et d’ailleurs » de Monique Blérald et Mylène Danglades chez ORPHIE

 

Pour Mylène Danglades "Le carnaval, les masques, les bals et leurs cortèges de charivari nous plongent dans un système ordonné et désordonné, une effervescence, une vie et une mort métaphoriques"

-Pourquoi un tel ouvrage ? 

Cet ouvrage, coordonné par Monique Blérald, Professeur de cultures, de langues régionales et de littérature à l’Université de Guyane et Mylène Danglades, Maître de conférences en cultures, langues régionales et patrimoine à l’Université de Guyane, a été élaboré dans le cadre du colloque international.  Cette manifestation scientifique, intitulée Bals masqués de Guyane et d’ailleurs, Identités et imaginaires carnavalesques en question s’est déroulée à Cayenne en 2017 sous l’égide de l’Université de Guyane, du Département de Formation et de Recherche en Lettres et Sciences Humaines, du Laboratoire MINEA (Migrations, interculturalités et éducation en Amazonie - EA 7485), de la Collectivité Territoriale de la Guyane et de l’Observatoire Régional du Carnaval Guyanais.

-Quel est l'objectif de cet ouvrage ? 

L’identité et l’imaginaire sont au cœur des interrogations humaines sur le sens de la vie et ces questions peuvent devenir plus lancinantes ou épineuses en fonction des périodes et des rythmes de l’existence. Le carnaval, en véhiculant le spectre du masque, du voile, du jeu, de la frénésie et du débordement place l’homme dans une situation paradoxale, un temps de flottement, un « tremblement passionné », une confusion » (Ponge, 1965: 215) qui le positionne entre deux mondes. Le carnaval, les masques, les bals et leurs cortèges de charivari nous plongent dans un système ordonné et désordonné, une effervescence, une vie et une mort métaphoriques. Des enseignants-chercheurs et des chercheurs rattachés à diverses universités et régions où le bal masqué interpelle et est porteur de valeurs culturelles, esthétiques et patrimoniales ont croisé leurs regards et leurs approches pour proposer une lecture plurielle du carnaval, du bal masqué et du Touloulou sur le territoire guyanais et au-delà de nos frontières.

-Vous avez rassemblé les communications de l'ensemble des participants au colloque, quel en est selon vous, le fil conducteur ?  

La question carnavalesque, au-delà de l’aspect festif, a été étudié sur le plan historique, géographique, sociologique, anthropologique, ethnobotanique, linguistique, littéraire,  musicologique, économique, juridique et patrimonial. Ces nombreux champs disciplinaires nous offrent autant de perspectives que de réflexions sur l’humanité et ses représentations. Le personnage du Touloulou nous invite à réinterroger les bals masqués d’ici et d’ailleurs. L’ouvrage collectif rassemble de nombreux textes proposés par des enseignants-chercheurs et des chercheurs en provenance de différentes universités et territoires. Si le point de départ des analyses proposées est la Guyane, nous proposons aux lecteurs de belles échappées vers les Antilles, Nice, la Corse, la Bretagne, Dunkerque, le Portugal, le Brésil, le Venezuela, la Nouvelle-Orléans, Montréal et le Québec. Il s’agit d’un voyage thématique, patrimonial et scientifique à travers le temps et l’espace.

-Dans le processus de reconnaissance du Touloulou dans le patrimoine immatériel de l'Unesco, vous devez vous baser sur des recherches universitaires et scientifiques, cet essai en fait-il partie ?  

Le carnaval de Guyane avec le Touloulou du bal paré-masqué a été inscrit le 26 octobre 2017 sur la liste d’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, première étape avant le projet d’inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’UNESCO. L’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France est piloté par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction générale des patrimoines, département du pilotage de la recherche et de la politique scientifique). Cet inventaire « est alimenté par voie ordinaire sur la base d’enquêtes réalisées auprès des détenteurs du PCI par des chercheurs et des associations culturelles, des enquêtes réalisées directement par les communautés ou par voie extraordinaire ».

Moi, Foi de Touloulou, je serai à l’UNESCO est le slogan choisi par l’Observatoire régional du carnaval guyanais, association de loi 1901 créée en février 2014, et à l’initiative de cette démarche d’inscription du personnage du Touloulou au patrimoine culturel immatériel en France. Cette association se présente comme une force de proposition, une courroie de transmission entre les acteurs du carnaval, à savoir les associations, les comités, les commerçants, les gérants, les artisans, les artistes, les universitaires, mais aussi es institutionnels.

Cet ouvrage collectif et scientifique, destiné à enrichir les connaissance de tous, vise bien évidemment à répondre aux critères d’instruction en vue de l’attribution du label UNESCO.