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"Sur le ciel effondré" de Colin Niel : un livre entre ciel du Maroni et terre amérindienne

Colin Niel a choisi la Guyane pour le lancement de son cinquième livre. "Sur le ciel effondré", est le quatrième épisode des aventures du capitaine Anato, un gendarme noir-marron, partagé entre sa vie et ses croyances, confronté à des ennemis, visibles et invisibles.
 

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  • Marie-Claude THEBIA
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C’est un livre qui se lit sous un carbet, allongé confortablement dans un hamac, bercé par une douce brise, avec en fond sonore, le clapotis de l’eau du fleuve …


Le sens caché

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Ce livre est un choc. Un choc littéraire. Dès la première page, vous êtes dans l’action. Vous n’avez pas le temps de vous installer, l’intrigue vous happe instantanément. C’est le graal de tout passionné de littérature policière. Avec « Sur le ciel effondré », il n’est pas déçu, loin de là.

Il aime la Guyane Colin Niel. Il l’écrit...ses mots résonnent...ses phrases vibrent...son texte le crie. Il entraîne avec lui, le lecteur dans une spirale, une ronde endiablée qui donne du sens. La Guyane se laisse saisir. Peu y ont droit, Colin Niel est de ceux-là, ceux qui ont compris le sens caché de ce pays.

Sur le ciel effondré 

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Dans "Sur le ciel effondré" paru aux éditions Rouergue Noir Colin Niel fait revivre le capitaine Anato, son personnage récurrent des "’Hamacs en carton"(2012), de " Ce qui reste en forêt "(2013) et d'"Obia", (2015). De nouveaux héros, héroïnes font leur apparition dans ce quatrième épisode.

L’adjudante Blakaman notamment qui revient à Maripasoula après une brève incursion dans l’hexagone où elle a joué un rôle majeur dans le dénouement d'une attaque terroriste. Le commissaire Anato est son meilleur allié.
Cette fois, une soirée d’initiation amérindienne dans un village Wayana, tourne au drame, après la disparition d’un jeune homme. C’est le point de départ d’une intrigue à tiroirs.
Blakaman vit à Maripasoula où elle a du mal à retrouver ses racines. Elle se sent étrangère à cette vie qui n’est plus la sienne. Elle tente de fuir les fantômes du passé et tombe amoureuse d’un leader amérindien. Deux mondes autochtones qui se croisent et tentent de fusionner.
Le capitaine de gendarmerie Anato lui, évolue à la caserne de la Madeleine à Cayenne. Il est confronté à un autre monde, celui du littoral avec sa population créole et métro, sur fond de bidonvilles et d’insécurité. Il doit résoudre des braquages dans des villas cossues du chef lieu. Il gère une autre forme de délinquance.
D’autres personnages entrent en scène : une patronne de mine d’or légale, une prostituée brésilienne et bien d’autres personnages singuliers, inspirés par des vraies rencontres.

 

Poupées russes

Colin Niel © MCT
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Colin Niel déjoue les codes et décrit la réalité de la vie du Haut Maroni et en corollaire celle de la Guyane. Il met en lumière les parts d’ombre de ce pays terre des contrastes : la déferlante évangéliste américaine qui parvient à annihiler les coutumes et les croyances traditionnelles bushiningué et amérindiennes, la vie d’une mine d’or légale, le "Far West" des bas-fonds, la haute société guyanaise, de nombreuses intrigues à tiroirs surgissant au hasard d’une conversation, d’une rencontre.
L’auteur balade le lecteur qui en prend plein les neurones. Waouh... 

Colin Niel évoque le littoral, la vie de Cayenne à Saint-Laurent du Maroni, deux capitales aux antipodes l’une de l’autre.
Il nous invite à une plongée dans la Guyane d’aujourd'hui. Il a choisi le style du roman policier car c’est la littérature qui décrit le mieux la société contemporaine.
Il est très précis dans son écriture, a le sens du détail, la rigueur. Il se documente, s’appuie sur des thèses, rapports, études pour poser son intrigue. Pour ce livre, il a passé trois semaines sur le Haut Maroni recueillant des témoignages, les récits d'existence, au hasard de ses rencontres. Ce sont ces tranches de vie qui reliées composent son livre aujourd'hui.

Le reportage de Guyane la 1ère :


Une mise à nu

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Dans chaque livre, se trouve une part de Colin Niel, de son vécu en Guyane. Son imaginaire très puissant, l'entraîne dans l’aventure avec ses personnages. Une incarnation qu’il assume complètement.  Au-delà du miroir, il puise les fondements de  « Sur le ciel effondré »  dans la mythologie des peuples autochtones. Un voyage initiatique, dont seul lui connaît la destination.
Véritable anthropologue du roman noir, au scalpel, Colin Niel fait découvrir cette Guyane que nous ne connaissons finalement que par bribes. Il en donne une vision plus large, la vision d'une Guyane écartelée par ses paradoxes.
«  Sur le ciel effondré » de Colin Niel paru aux éditions Rouergue Noir

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Colin Niel, un écrivain inspiré

Colin Niel a travaillé en tant qu'ingénieur au Parc Amazonien de Guyane durant sept ans. C'est de cette aventure qu'est née à son retour en Métropole, son envie d'écrire. Aujourd'hui , il est l'auteur de cinq ouvrages se déroulant en Guyane à l'exception de "Seules les bêtes". Colin Niel a choisi la Guyane pour lancer son nouvel ouvrage en exclusivité. "Sur le ciel effondré" sort le 3 Octobre dans l'hexagone. Il a répondu aux questions de Marie-Claude Thébia 

MCT : Vous avez commencé à écrire après votre séjour en  Guyane, comment l’inspiration est venue ?  

CN : Quand j’étais en Guyane, j’avais envie d’écrire mais je ne le faisais pas. D’ailleurs mes envies d’écrire n'étaient pas sur la Guyane. Quand je suis parti, la Guyane a commencé à tourner dans ma tête. Les gens, les odeurs, les problématiques, je pense que l’envie écrire a toujours été là, et que la Guyane a été un déclencheur.
Je ne me suis jamais senti auteur, c’est un état d’esprit et jusqu’à aujourd'hui je ne me sens pas auteur. Je me suis toujours dit, ce n’est pas pour toi, cela ne va intéresser personne etc...Pourtant avec le recul, je pense que c’était là car quand j’étais au lycée j’ai écrit un roman. La Guyane m’a servi de déclencheur. Les hamacs de carton, reflète bien mes états d’âme du moment. L’intrigue centrale porte sur les problèmes d’attribution de cartes de séjour etc...J’ai vécu en Guyane, avec une amie, le parcours du combattant pour obtenir des papiers. Pour moi, cela a été douloureux et c’est ce qui m’a incité à écrire cette première histoire.

MCT : Vous vous attendiez à un tel succès ?

CN :Il faut relativiser mon premier livre n’a pas été un carton. En revanche, chacun de mes livres s’est un peu mieux vendu que le dernier. Obia a été un vrai succès et Seules les bêtes également. Ce n’est pas venu d’un coup mais c’est un succès qui s’est construit peu à peu et c’est mieux. Je suis obligé de m’améliorer.
J’ai commencé à écrire le premier en 2008, il a été édité en 2012. J’ai réécrit le récit et à chaque fois qu’une bonne maison d’édition me refusait, je réécrivais et durant deux ans j’ai relancé. Cela ne m’est pas tombé dessus comme cela. J’ai travaillé. Mon livre préféré est Obia, actuellement le dernier commence à le supplanter dans mon coeur.

MCT : "Seules le bêtes" a eu un succès considérable, vous quittiez vos héros guyanais pour la campagne profonde pourquoi à nouveau écrire sur la Guyane ?

CN : Je n’ai jamais abandonné la Guyane. Quand j’ai écrit Seules les bêtes, j’avais déjà dans l’idée d’écrire sur la Guyane après. Je n’ai jamais pensé arrêter. Et puis il y avait cette question le territoire du Haut Maroni, les problématiques des amérindiens dont je voulais parler depuis longtemps. Je repoussais, je repoussais mais je voulais vraiment en parler. Cela vient de l’intérieur. Quand je vivais ici, j’y allais souvent. Cela faisait dix ans que je n’y étais pas allé. En 2016, je suis venu 3 semaines en Guyane. Nous avons fait une remontée de fleuve jusqu’à Antécume Pata avec l’équipe du Parc Amazonien. J’ai mené beaucoup d’entretiens. Je discutais avec tout le monde. J’avais besoin qu’ils me racontent leur vie, leur existence. J’ai regroupé les pièces d’un puzzle. Je m’inspire de ce que me disent les gens surtout pour la création des personnages. J’ai besoin de connaître leur histoire, leurs souvenirs d’enfance, leurs rêves. J'ai besoin de savoir tout sur eux. Pour les sentir.

MCT: Vous êtes très précis, dans vos descriptions, c'est votre style ? 

CN : La fiction permet de faire passer des émotions, raconter des histoires. Dans mes livres mon avis ne m’intéresse pas c’est celui des autres que je valorise. La fiction c’est un style qui s’est imposé, et le policier c’est le genre littéraire qui parle le mieux du monde tel qu’il est aujourd'hui. La littérature policière en France c’est la littérature la plus dynamique. Elle explose, c’est une littérature qui nous parle du monde actuel. C’est une littérature qui a les meilleurs auteurs du moment.
L’objectif d’un roman ce n’est pas forcément de restituer la réalité. J’ai plusieurs sources, ce que je vois sur place et ma documentation. Sur ce dernier point, j’ai lu de nombreux ouvrages, des rapports, des thèses de doctorat. J’ai vraiment voulu être très documenté dans mon récit. J’ai les témoignages que j’ai recueilli, mes impressions sur place. Le fait que ce soit détaillé, ce n’est pas parce que je connais bien la Guyane. En tant qu’auteur j’ai décidé de donner beaucoup de détails dans mes livres. D’ailleurs certains détails sont inventés. C’est mon style d’écrivain. 

MCT : Comment définissez vous ce dernier feuilleton des aventures du Capitane Anato ? 

CN : Si j’y suis autant attaché c’est que j’ai pris conscience récemment que c’était mon préféré. J’ai mis deux ans à l’écrire, vraiment à plein temps. Il y a beaucoup d’impasses, de travail de réécriture. J’ai eu parfois le sentiment de me noyer dans mon roman. Il a été très difficile à écrire. Trop d’infos, trop de directions, trop de personnages. Finalement j’ai réussi à me limiter. Il y a beaucoup de personnages, d’intrigues. Cela se passe dans le milieu amérindien mais on parle aussi politique minière sur les territoires, on parle beaucoup aussi de l’implantation des évangélistes américains chez les amérindiens. C'est un livre qui ne se raconte pas facilement. Il faut le lire.

MCT : Et la suite...avez vous commencé à écrire ? 

CN : La promo d’un livre c’est six mois. Après on continue mais c’est plus calme. J’ai déjà commencé à écrire le suivant. J’essaie toujours de me remettre à écrire par superstition. Il y a un très beau projet cinématographique sur Seules les bêtes. Je suis très content. Je m’entends bien avec le réalisateur. Il devrait sortir dans les salles en 2019.

 

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