[Covid-19] Une union sacrée, pour appeler à la responsabilité individuelle : les directeurs des trois hôpitaux lancent un cri d'alarme

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Direction des hôpitaux
Les trois hôpitaux de Guyane lancent un cri d’alerte. Ils sont au bord de la rupture face à l’épidémie de Covid 19. Les capacités de prise en charge en soins critiques sont saturées et le personnel est épuisé. Une commission d’éthique a été installée.

Les trois hôpitaux de Guyane lancent un cri d’alerte. Ils sont au bord de la rupture face à l’épidémie de Covid 19. Les capacités de prise en charge en soins critiques sont saturées et le personnel est épuisé. Les patients dont l’état s’aggrave doivent attendre de plus en plus longtemps une place en réanimation. Une commission d’éthique a été installée au CHOG, il y a cinq jours, pour aider les professionnels à faire les bons choix. Depuis deux semaines, la situation est très critique. Au jour le jour, on compte cinq patients en attente aux urgences… Les capacités de réanimation de la Guyane sont montées de onze à quarante lits. Sur les trois sites, 700 malades, dont 80 % de malades Covid ont été hospitalisés. Jusqu’à il y a deux ans, 300 et 400 par an patients étaient dénombrés.
Le directeur du Centre hospitalier de l’ouest guyanais parle même de « suicide collectif »

J’ai utilisé cette expression pour marquer les esprits. A un moment donné j’essaie de comprendre pourquoi les gens ne veulent pas être vaccinés alors que nous subissons des vagues qui sont de plus en plus graves. Pourquoi la Guyane ne veut pas s’en sortir, et contribuer à ce que la situation redevienne à peu près normale

Didier Guidoni, directeur du Centre hospitalier de l’ouest guyanais

 

Faire des choix

le CHOG
le CHOG ©Eric leon

Actuellement tous les lits de réanimation de Guyane sont pleins. Les patients covid dont l’état s’aggrave doivent attendre de plus en plus longtemps une place en réanimation. La situation la plus délicate se trouve au Centre hospitalier de l’ouest guyanais (Chog). Cela entraîne une stagnation des patients aux urgences. D’habitude, ils restent une journée. Depuis deux semaines, situation très critique, au jour le jour, on compte cinq patients en attente aux urgences…Donc il faut faire des choix.

Depuis cinq jours, nous avons activé notre commission d’éthique. La commission d’éthique, c’est malheureusement choisir qui doit vivre…Or je pense qu’il n’y a que Dieu seul, moi qui suis chrétien, qui doit décider. Si nous ne le faisons pas, nous allons peut-être laisser mourir des jeunes qui ont peut-être tout l’avenir devant eux. 

Le docteur Crépin Kezza, chef de service des urgences du Centre hospitalier de l’ouest guyanais (CHOG)

 

A Cayenne, un hôpital saturé

Urgences au CHC
Urgences au CHC ©CHC

 

Selon le professeur Kallel, chef du service réanimation au CHC, chaque jour, ce sont 5 patients covid qui sont admis en réanimation en Guyane. Au-delà, pas de place. En moyenne, l’attente est de 18 heures. 

...Le risque c’est surtout que ceux qui vont arriver ne vont pas trouver de place...

professeur Hatem Kallel, le chef du service de réanimation à l’hôpital de Cayenne…

 

Kourou redoute la vague

Le CHK
Comme à Cayenne, l'épidémie de Covid-19 a obligé à réorganiser tous les services ©J-G. Assard

Le CHK n’est pas en reste sur cette tension en réanimation. Là aussi, les six lits de soins critiques sont pleins. 

Tous les lits d’unité de soins sont occupés. Nous commençons à avoir peur. Si la population ne respecte pas les mesures de freinage et n’adhère pas à la vaccination, nous craignons le pire.

docteur Mosa Tsaféhy, le directeur médical de crise covid au CHK

De plus en plus de mineurs

Dans les trois hôpitaux, le constat est général  : l'épuisement du personnel, harassé d’heures supplémentaires depuis le début de la crise sanitaire. Trois solutions sont avancées par les directions des établissements : le recours à la réserve sanitaire, les Evacuations sanitaires et… la vaccination. En ce qui concerne l’application de l’obligation vaccinale, pas question de sanction pour le moment (suspension), les directeurs vont prendre du temps pour convaincre les agents récalcitrants. Si les effets du variant delta sur les enfants ne sont pas encore clairs dans les études, l’effet au centre hospitalier est net, selon un constat de Santé publique France : chaque semaine, les mineurs représentent de 8 à 12 % des nouvelles hospitalisations, depuis le début de cette quatrième vague.