Danger sur le tourisme à Awala... la tortue luth avance ses revendications

Les touristes n'ont croisé aucune tortue ce soir sur la plage des Hattes
La star d’Awala-Yalimapo, la tortue Luth, menace de partir. Malmenée par les pêcheurs illégaux du Suriname, elle fait face désormais à l’envasement de la plage des Hattes, son terrain de ponte préféré. Le probable départ inquiète l'économie de la commune. 
Lorsque la nuit vient, la plage des Hattes à Awala-Yalimapo s’éclaire de dizaines de petites lumières : les torches des curieux venus assister à la ponte ou l'éclosion de tortues.
Les stars sont les tortues Luth. Éric vient régulièrement mais ne s’habitue toujours pas : “elles pèsent quand même 500/600 kilos. C’est très impressionnant lorsqu’on entend leur souffle. C’est une rencontre homme-nature très forte, c’est fabuleux!”
Mais la saison des pontes touche à sa fin, il ne croisera aucune carapace ce soir.
 
La tortue Luth sur le départ
 
Selon Johan Chevalier, conservateur de la Réserve Naturelle de l’Amana (RNA), les rencontres avec les tortues Luth vont se faire de plus en plus rares à Awala-Yalimapo. La plage des Hattes était pourtant un repère mondial : “50 % des pontes mondiales avaient lieu ici, avec des pics à 50.000 pontes par an. Mais il y a des cycles naturels, auxquels s’ajoutent dernièrement l’impact des filets de pêche illégaux surinamais, et surtout l’envahissement des plages par la vase.”
Les tortues, comme les humains, aiment les plages de sable. Celle d’Awala-Yalimapo était particulièrement préservée entre les courants du Maroni et de l’Amana, perpendiculaires au littoral. Mais l’estuaire de l’Amana a changé d’angle et envase désormais la plage à une vitesse de 500 mètres par an. Un phénomène qui peut pousser la tortue Luth à changer de milieu, elle y est habituée (aucune ponte n’était observée à Cayenne jusque dans les années 1990, aujourd’hui on en compte 10.000 par an).
 
Pas de tortue, pas de touriste ?
 
La population d’Awala-Yalimapo s’adapterait-t-elle à un départ de la tortue Luth ? “La tortue représente 75 % de la manne touristique de la commune qui accueille 15.000 à 20.000 visiteurs par an!" Explique Hervé Robineau, adjoint à la mairie. "On ressent déjà la baisse de fréquentation liée à la vase. Le seul restaurant du coin a dû fermer. Ce serait une véritable crise si les tortues ne venaient plus.
Les commerçants et les opérateurs touristiques se mobilisent donc pour demander à la mairie d'envisager des solutions. A commencer par la formation afin d’améliorer la qualité de l’accueil touristique. Une orientation volontariste vers le tourisme environnemental autour de l'exceptionnelle réserve naturelle de l'Amana. Enfin, le développement des événements culturels et traditionnels, Jeux Kali’na et Nuits du Sampula en tête.
Reste à voir si ces projets compenseront l'attractivité d'Awala-Yalimapo en cas de départ des tortues.