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Femmes guyanaises : Cécile Kouyouri

Dans le cadre de la journée mondiale de la femme le 8 mars prochain, nous vous proposons 7 portraits de femmes guyanaises qui dans leur domaine ont été des pionnières. Premières à avoir assumé des fonctions ou des métiers nouveaux participant ainsi à la valorisation de la femme en Guyane.

Femmes de guyane
Femmes de guyane
  • Aline Belfort
  • Publié le , mis à jour le
Cécile Kouyouri, première amérindienne Chef coutumier en Guyane
C’est à Grosse Roche, un village kalina près d’Iracoubo qu’est née Cécile Kouyouri. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Bellevue.
 

Les fondements de la société « Kalina ».

La terre nourricière.
C’est avec nostalgie que Cécile évoque le nomadisme des « kalina », lié à leur rapport à la terre. Elle refuse d’utiliser le terme « foncier ».
La famille
C’est avec force et conviction que Cécile Kouyouri affirme que l’éducation est capitale chez les Kalina et transmise avant tout par la famille.
L’homme est le chef de famille, aucune décision importante ne peut être prise s’il n’a pas été consulté. Il a le devoir de protéger et de nourrir sa famille.
Religion imposée : religion acceptée.
Les « Kalina », souvent scolarisés chez les religieux, sont catholiques en général.
Le rôle du Chamane
Le Chamane  est un guérisseur, il joue aussi un rôle spirituel important dans la civilisation amérindienne.  Il possède des pouvoirs naturels qu’il développe et met au service de la communauté. Cette fonction a aujourd’hui disparu chez les Kalina
 

L’école : une rupture familiale précoce

Dès l’âge de 6 ans, Cécile quitte sa famille pour une scolarisation obligatoire à Sinnamary, Après le cours moyen 2 ème année, sa scolarité se  poursuivit dans des villes encore plus éloignées de Bellevue, Cayenne ou Saint-Laurent du Maroni.
C’est à Saint-Laurent, toujours en internat, chez les religieuses que Cécile Kouyouri poursuit sa scolarité. Puis, à Cayenne, elle suit une section technique à l’école Anne-Marie Javouhey, à Mirza.
La scolarité en général n’était pas adaptée à la culture kalina.
Vivre loin de la famille a été supportable pour Cécile uniquement parce qu’elle avait reçu une éducation traditionnelle forte avec des repères culturels solides.
 

Une citoyenneté reconnue aux peuples autochtones en 1969.

A la question de savoir, comment en 1969, la reconnaissance des peuples autochtones, en tant que citoyens, a t-elle été vécue par les kalinas, en particulier, la réponse de Cécile Kouyouri traduit l’impuissance : «Nous n’étions pas conscients, personne ne se préoccupait de cette décision. Les adultes n’en parlaient pas.» nous dit-elle. Aujourd’hui, les conséquences sont palpables.

 
Le rôle et la fonction du chef coutumier

Le chef coutumier,  jusqu’à la prise de fonction de Cécile Kouyouri, avait toujours été un homme. Il représente la loi, la sagesse. Il est l’âme de la communauté puisque le garant de la transmission. Au décès du chef coutumier qui avait précédé Cécile, le village de Bellevue a connu l’absence d’un représentant pendant 13 ans. La nécessité d’un chef s’est fait sentir avec acuité.
La mise en place d’un groupe de travail a été faite à Bellevue afin de déterminer les modalités de désignation, démocratique, du chef coutumier et de l’organisation de l’intronisation.
Cécile Kouyouri qui faisait partie de ce groupe de travail a été désignée.
Cécile était la seule candidate. Le fait d’être femme n’a pas été un obstacle, puisque soutenue et choisie par le groupe et à l’unanimité.
Avec la collaboration de la Fédération des organisations des Amérindiens de Guyane (FOAG), le groupe de travail organisa des élections démocratiques. Le vote eu lieu le  29 juin 1997 Cécile Kouyouri a été élue, par les habitants, chef coutumier du village de Bellevue et à l’unanimité.
Pour la première fois, en 1997, une Amérindienne avait été élue chef coutumier.

L’investiture du chef coutumier : un rituel

Vêtue d’une tenue traditionnelle et d’apparat, le drapeau français lui est remis ; elle reçoit un collier, bijou traditionnel amérindien, symbole de troc puis, notre chef coutumier, des mains de sa marraine, un châle ou aguesa en Kalina, lui est remis, confirmant ainsi le chef coutumier dans sa fonction. Un autre élément symbolique est transmis  à Cécile, le boutou ( morceau de bois lissé, travaillé) en signe d’autorité. Le symbole de la terre, le kachiri, a été partagé à l’issue de la cérémonie.
C’est avec émotion que Cécile se rappelle la lecture du serment qui n’était pas une obligation du rituel mais qui avait pour elle une très grande importance.
Depuis, Cécile Kouyouri est le chef coutumier de son village et assume sa fonction avec conscience et dévouement.
Quelles sont les revendications les plus importantes aujourd’hui pour les « Kalina ».
La création de la FOAG est déjà un support juridique permettant de porter les revendications des Amérindiens
La terre est une des revendications majeure des « Kalina ». - L’interdiction de chasser toute l’année. Le système d’imposition, notamment la taxe foncière
La perception de l’habitat  par les « Kalina » a beaucoup changé. Vivre dans un carbet, ce type d’habitat qui a pratiquement disparu, est signe de pauvreté. - Le droit coutumier nous souhaitons, insiste notre chef coutumier, qu’il soit reconnu  car il est toujours lié à la terre. Cécile garde bon espoir  que la situation évoluera.
Cécile Kouyouri, première Amérindienne, chef coutumier en Guyane, est un exemple de  pugnacité,  d’attachement aux valeurs de sa communauté qui sont aussi universelles.
Cécile Kouyouri, une fierté pour les femmes de Guyane.

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