Hausse des cas de syphilis dans l’Ouest guyanais : de lourdes conséquences pour les femmes enceintes et leur bébé

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Bébé vient de naître
Dans sa Lettre Pro du 14 juin 2022, l’ARS de Guyane s'intéresse aux cas de syphilis dans l’Ouest de la Guyane. L'infection sexuellement transmissible est en hausse sur le territoire. Les conséquences peuvent être dramatiques dans le cas d'une grossesse. Dans 15 % de cas de mamans infectées, des morts fœtales surviennent.

Depuis 2018, les professionnels de santé localisés dans l’Ouest guyanais observent une augmentation des cas de syphilis. Cette pathologie est due à la bactérie Treponema Pallidum et se transmet par voie sexuelle. Elle peut affecter tous les organes et avoir de graves conséquences si elle n’est pas dépistée et traitée. Les risques sont donc présents, et particulièrement chez les femmes enceintes.

Des morts fœtales dans 15 % des cas

Aujourd’hui, la maternité de Saint-Laurent du Maroni recense 1 % de parturientes atteintes de syphilis, dont 30 à 40 formes actives par an, indique l’Agence Régionale de Santé dans la Lettre Pro de ce jour. Face à cette situation, à la fin du mois de mai 2022, les médecins des trois hôpitaux publics de Guyane se sont accordés pour adopter un protocole de prise en charge - déjà à l’œuvre au Centre Hospitalier de l’Ouest Guyanais (CHOG) - des cas de syphilis chez les femmes enceintes.

Selon eux, le problème ne peut se régler sans une amélioration du suivi précoce des grossesses. Des complications, voire des décès in utero, survenus dans l’Ouest auraient même pu être très évités. Chez la mère, il y a des risques de complications vasculaires et oculaires, ainsi qu’un risque de neurosyphilis (une infection du système nerveux central causée par la Treponema pallidum). Dans 15 % de cas de mamans infectées, des morts fœtales surviennent. Des pistes sont donc à l’étude pour diagnostiquer la maladie le plus précocement possible.

Le pire peut être évité si la grossesse est suivie tôt

Les statistiques des médecins indiquent qu’une parturiente sur sept atteinte de syphilis perdrait son bébé. Dans le cas où aucun traitement n’est administré, ou s'il l'est tardivement, le chiffre passe à un cas sur trois. Quant à ceux qui survivent, ils sont exposés à d’autres risques, notamment à une prématurité et à toutes les complications de santé associée au phénomène.

Même après les 10 jours en service de néonatalogie, le bébé garderait des séquelles. Lorsque la maladie est détectée au premier trimestre de la grossesse, le risque peut être écarté à 100 % grâce à un traitement. Il consiste en deux injections intramusculaires de 2,4 millions d'unités de benzathine pénicilline G "retard", prises à une semaine d’intervalle.

Inexplicable hausse du taux de mortalité infantile au national

Si dans l’Ouest guyanais la mortalité infantile peut s’expliquer - entre autres causes - par la syphilis, sur le plan national, où le phénomène connaît une hausse depuis 2012, les explications manquent car les données sont insuffisantes. Les malformations congénitales ou encore le poids à la naissance, qui pourraient fournir de précieuses informations aux chercheurs, ne sont pas mentionnés sur les certificats de décès. 

"Il est primordial de pouvoir explorer en détail les causes de cette augmentation en disposant par exemple d’informations systématiques sur les circonstances médicales et sociales précises de ces décès et en faisant de cette population, qui est la plus vulnérable, une réelle priorité de recherche et de santé publique, ce qui n’est pas le cas actuellement", explique Pr. Martin Chalumeau, auteur de l’étude réalisée par l’Inserm.