guyane
info locale

Littérature : "les rythmes fondamentaux de Guyane" de Marie Françoise Pindard, un ouvrage fondateur pour comprendre la musique traditionnelle.

livres
Les rythmes fondamentaux de Guyane
« Les rythmes fondamentaux de Guyane », de Marie Françoise Pindard vient de sortir aux éditions Rimanay, Marie Francoise Pindard est musicienne, musicologue, spécialiste de la musique traditionnelle créole. Cet ouvrage est le fruit des recherches qu’elle mène sur ces rythmes depuis 40 ans.
Littérature : les rythmes fondamentaux de Guyane
©Marie-Claude Thébia
« Les rythmes fondamentaux de Guyane, musiques et danses traditionnelles créoles » de Marie-Françoise Pindard est une mine d’informations, un livre référence sur la musique traditionnelle guyanaise. C’est le premier ouvrage de l’histoire de la musique traditionnelle qui va aussi loin dans la réflexion. Marie-Françoise Pindard a publié 40 ans d’études et de recherches. C’est un livre, fouillé, nourri…Il s’agit de l’adaptation de sa thèse de doctorat en musicologie présentée en 2016.


La musique et les chants racontent
une histoire 

Littérature : les rythmes fondamentaux
©Marie-Claude Thébia
Selon l’auteur la musique traditionnelle guyanaise est un fait social. Elle porte sans le savoir, une histoire, l’histoire de la Guyane. Les percussions, chants, danses ont rythmé les grandes périodes du pays : son peuplement, son enracinement et sa construction. Il suffit d’écouter attentivement et de recontextualiser. Marie-Françoise Pindard décortique les sept rythmes fondamentaux : le grajé, le lérol, le grajévals, lekamougé, le débot et le kaséko. Ces musiques replacées dans un environnement à 360, véhiculent des pensées, des faits, un langage, une esthétique. Elles portent un terrain fertile de dialogues entre communautés : les amérindiens, les peuples marrons et aujourd’hui les créoles. Le tambour reste le point commun. L’auteur démontre que ces rythmes sont à l’origine d’une construction sociale et identitaire.


Un ouvrage pédagogique

Marie-Françoise Pindard
Marie-Françoise Pindard
Marie-Françoise Pindard est docteur en ethnomusicologie, elle a longtemps enseigné la musique et cela se voit, se lit. L’ouvrage, en effet, est très pédagogique. Il s’adresse à tous publics. Chaque chapitre est accompagné de photos, tableaux, lexiques, partitions. Une clé USB accompagne le livre,  proposant les extraits audio et vidéo des sons analysés. Démonstration par l'exemple. 
C’est un livre patrimonial qui fera date, une référence dans l’univers musical.
"Les Rythmes fondamentaux de Guyane" de Marie-Françoise Pindard aux éditions Rimanay.
Retrouvez la version vidéo :
Place à la rubrique littéraire. « Les rythmes fondamentaux de Guyane » , c'est le titre d'un livre signé de Marie Françoise Pindard édité aux éditions Rimanay, Marie Francoise Pindard est musicienne, musicologue, spécialiste de la musique traditionnelle créole.


 
Marie-Françoise Pindard une musicienne engagée

-C’est un livre référence comment l’avez-vous construit ?
Mes fonctions de chercheuse depuis mes années d’étude à la Sorbonne, de professeur de musique au collège et au lycée St Joseph de Cayenne pendant 38 ans, d’intervenante en licence de Musicologie, et en Ethnomusicologie, à l’université en Guyane, m’ont permis de mener à bien ce projet. Pendant toutes ces années de recherche sur la musique traditionnelle créole de la Guyane, je n’ai pas été seule. J’ai eu le bonheur de rencontrer un certain nombre de personnes et de groupes de la tradition, dits folkloriques, qui m’ont accompagnée, transmis un savoir et encouragée.
En me lançant dans cette étude, le but premier était de faire connaître et de mettre en exergue la richesse, en valeurs multiples, que représentent l’ensemble des rythmes fondamentaux créoles de Guyane, pour atténuer l’importance exagérée octroyée particulièrement au populaire kasékò, présenté comme unique signe culturel de l’identité créole, voire de la guyanité.
Toutefois, j’avais l’obligation, pour la mener à bien, d’avoir une démarche scientifique, exigeant de la rigueur, de l’objectivité et surtout, dans mon cas, d’un regard distant et pertinent vis-à-vis d’un objet d’étude familier, afin de ne pas sombrer dans quelques facilités d’ethnocentrismes. Me munissant de divers outils méthodologiques pluridisciplinaires, j’ai pratiqué le terrain, en l’explorant, l’observant, dépouillant l’existant, y récoltant des données nécessaires, entre autres, grâce aux enregistrements sonores et visuels, aux témoignages recueillis auprès des personnes ressources. Ce travail de longue haleine a été réalisé durant de nombreuses années.

-Avec ce livre, quel sens donner à la musique traditionnelle guyanaise ?
Redonner à notre musique traditionnelle créole ses lettres de noblesse. Cet ouvrage met nos traditions au même rang que n’importe quelle autre.
Comme ailleurs, la musique participe ici à la perception et à la manière d’être d’individus, tout en soutenant leurs diverses actions et activités (métiers, divertissements, cérémonies et d’autres encore), qu’elles soient publiques ou privées, sacrées ou profanes. Toutefois, elle demeure le produit d’un contexte historique, sociologique et culturel inédit. Elle est régie par de multiples signes, symboles et représentations et demeure en interaction étroite avec de nombreux faits sociaux dont elle fait partie intégrante.
Les expressions de la musique traditionnelle créole guyanaise, se voient aussi bien dans tous les événements organisés, que dans d’autres situations sous-tendant la vie de la société, comme les grèves, les rassemblements spontanés ou lors d’une élection, d’une inauguration, de rencontres sportives entre autres. Les rythmes fondamentaux de la musique traditionnelle créole sont aussi toujours présents lors des soirées-contes, où les mythes et l’imaginaire ne font qu’un. Ainsi, ces contes sont souvent agrémentés de chants traditionnels propres au sujet traité. Cette musique traditionnelle constitue donc le ciment de l’identité et de la cohésion sociale chez les Créoles de Guyane.

-C’est très fouillé, comment avez-vous effectué vos recherches ?
Sur le terrain en général, je me suis toujours adressée à des Anciens (septuagénaires, octogénaires, voire personnes plus âgé(e)s) qui étaient encore des pratiquants et dotés de l’expérience qui les rend garants de la tradition. Ayant été très vite acceptée, mes recherches s’en sont donc trouvées facilitées.
Pour en comprendre l’essence et les enjeux, mon étude a porté sur des observations et analyses menées surtout d’un point de vue musical, sans m’appesantir sur l’aspect chorégraphique qui lui est étroitement associé et qui mérite de faire l’objet d’autres recherches par les spécialistes du domaine, où le danseur serait au cœur de l’objet d’étude, afin d’optimiser et le profit scientifique et la vulgarisation populaire. Dans cet ouvrage j’ai tenté de démontrer partiellement les valeurs et les rapports qui lient les danseurs et les danseuses, les danseurs et les musiciens et chanteurs, ainsi qu’avec le public. Ce sont des rapports de partages divers, mais surtout de cohésion sociale.
Les recherches sur mon sujet m’ont permis de constater qu’il y a, à ce jour, peu d’études ethnographiques profondes sur les rythmes fondamentaux créoles guyanais, leurs chants et danses, dans le domaine d’anthropologie de la musique. Aussi cet ouvrage n’est qu’un début de contribution en la matière. C’est un sujet qui offre plusieurs problématiques et nécessite plusieurs approches pour l’appréhender.

-Ces rythmes fondamentaux pourraient-ils être appelés à disparaître ?
Chez les Créoles de Guyane, la musique de tradition orale perdure ainsi, continuant à se transmettre, par le biais de dòkò (maîtres de la tradition), au sein de groupes musicaux traditionnels dits folkloriques, à travers des ateliers de danses, de fabrication d’instruments et de tenues, mais aussi par le biais de pratiques artisanales, ou par l’intermédiaire des animateurs en milieu scolaire et dans les écoles de musique. Que la transmission soit orale, écrite ou audiovisuelle, les savoirs immuables et les savoir faire se propagent à travers le répertoire des chants, la danse et les tenues, tout autant que le jeu et la facture instrumentale. Ces savoir-faire, complémentaires, donc dépendants et reliés les uns aux autres, constituent une richesse, qui recouvre divers domaines. Leur mise en pratique nécessite de la rigueur et la maîtrise des connaissances liées au secteur d’action de chaque protagoniste, l’à peu près n’y étant pas admis.
Sur le plan musical, ces traditions créoles guyanaises sont non seulement des expressions vivantes, mais elles sont aussi une sorte de ferment qui permet et aide à l’émergence de nouvelles créations, à travers de nouveaux genres et de nouvelles applications. Cette musique traditionnelle est le creuset pour l’éclosion de nouveaux métissages musicaux. Ces exemples illustrent un métissage de rythmes, produit par des jeunes musiciens. Il prouve aussi l’évolution qui est en train de se produire dans l’univers musical guyanais où, à partir des éléments de base rythmiques des percussions traditionnelles créoles et d’ajout d’éléments nouveaux en tous genres générant de nouvelles créations musicales, on a les prémices, peut-être, de future(s) tradition(s) que pratiqueront, dans l’avenir, les populations de Guyane.
Quels ont été vos objectifs avant de le publier ?
Pendant mes années de doctorat j’ai découvert tellement de choses dans ce domaine traditionnel que l’idée d’un ouvrage s’est imposée à moi. A travers cet ouvrage, je voudrais rendre compte de mes recherches et de mes découvertes dans le domaine de la musique traditionnelle créole de Guyane afin de les partager non seulement en Guyane mais aussi avec d’autres pays.


 
Publicité