Manoelzinho mort, un autre chef de bande armée « dangereux » est recherché dans la forêt guyanaise

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Un site d'orpaillage au milieu de la forêt guyanaise
Un site d'orpaillage au milieu de la forêt guyanaise ©Jocelyne Helgoualch
En janvier 2012, la bande de « Manoelzinho » prenait le contrôle d’une partie des mines illégales de Dorlin, à Maripasoula. Dix ans plus tard, les bandes armées sont toujours présentes dans la forêt. Les autorités recherchent « Sucuri », un « dangereux » chef de bande dans la région Inini/Dorlin.  

Le 15 mars puis le 9 décembre 2021, le site Guyaweb évoquait l’existence de « Sucuri » - (qui se prononce « Soucouri » en portugais du Brésil), un chef de bande dans la région de Dorlin, à Maripasoula, dans le même secteur où avait sévit en 2012 Manoel Moura Ferreira dit « Manoelzinho » (voir encadré).

« Sucuri a créé sa propre bande armée, et sévit du côté de l’Inini », confirme à Guyane la 1ère Jean-Claude Belot, procureur de la république adjoint. « Cest plutôt un dangereux : on soupçonne l’existence d’armes de guerre », et « d’un certain nombre de faits de nature criminelle, il est en forêt depuis longtemps, ça fait une bonne année qu’on a des échos défavorables », précise le procureur adjoint, qui suit notamment les dossiers liés à l’orpaillage clandestin. « On communique très peu pour préserver les enquêtes », poursuit-il. « Sucuri, c’était un lieutenant de Zé Luis – un autre chef de bande, ils se sont séparés. Zé Luis, qui sévissait sur le même secteur, a été blessé, et il serait réparti au Brésil », explique le magistrat.

Ce type de bande, très mobile en forêt, qui se renforce au gré des opportunités, prélève la production aurifère des chantiers clandestins, et peut aussi braquer des mines légales. 

Violence extrême 

« On a des bandes armées qui tentent de prendre la main sur ce qui se passe en forêt, extrêmement violentes, notamment des bandes de brésiliens », a expliqué le 10 mars 2021 par visio-conférence le général Jean-Marc Descoux, commandant de la gendarmerie outre-mer, aux parlementaires de la commission d’enquête sur l’orpaillage clandestin.

Il a aussi indiqué à l’époque avoir « envoyé 21 personnels du GIGN en Guyane, plus particulièrement dédiés à la traque de l’une de ces bandes », celle du « dénommé Soucouri ». « On considère qu’il est d’une violence extrême, c’est-à-dire que le prix d’une vie humaine est totalement négligeable – pour lui - et « que si on l’engage » - c’est-à-dire si une confrontation a lieu avec les forces de l’ordre, « il n’acceptera pas (…)  la moindre reddition… donc au regard de la dangerosité de cette équipe, on fait venir le GIGN de métropole », (…) qui agit « avec les unités locales » y compris l’antenne locale du GIGN local, « pour casser cette bande,  c’est-à-dire inverser le rapport de force », a ajouté le patron des gendarmes outre-mer devant les députés, en mars dernier. 

L’objectif, précise le général Descoux, est de « l’arrêter, la neutraliser, dans le respect de l’état de droit, parce que le plus facile, c’est de mettre une mitrailleuse sur un hélico et de passer sur la forêt et de tirer dedans », mais « ce n’est pas notre mode d’action », a-t-il souligné. Dix mois plus tard, « Sucuri » est toujours recherché.  

 

 

 

Quatre complices de « Manoelzinho » encore en prison 

Décédé le 1er janvier à l’âge de 34 ans dans un hôpital de Macapa des suites d’une complication de symptômes grippaux, Manoel Moura Ferreira alias « Manoelzinho », incarcéré depuis neuf ans et demi au Brésil, ne comparaitra donc pas devant justice de son pays pour le meurtre des deux militaires du 9ème Rima, le 27 juin 2012 à Dorlin. Malgré tout, ce n’est pas la fin des poursuites judiciaires dans ce dossier, car certains de ses complices ont été arrêtés et condamnés, ou sont en attente de jugement. C’est le cas de Ronaldo Silva Lima, le compagnon de cavale de l’ex-chef de bande : incarcéré à Macapa, il devrait être jugé cette année au Brésil pour le meurtre des deux militaires à Dorlin en 2012 et vingt-deux tentatives d’homicides sur les forces de l’ordre. 

Trois autres complices sont incarcérés en Guyane ou dans l’hexagone. Valdemir Dos Santos Ribeiro Pimenta, alias « Novato », condamné à perpétuité, début 2016 à Cayenne pour l’embuscade tendue à la bande de « Felipe » en janvier 2012 à Dorlin (5 homicides). Itamar Bezerra Alves, alias "Japon" ou « Itamar », condamné à 25 ans dans le même procès, plus 20 ans à Fort de France en octobre 2016 pour des tentatives de meurtre sur cinq militaires ou gendarmes sur l’Inini et sur deux pêcheurs à Régina en 2012. Des peines allégées en appel en 2017 sur le premier volet, notamment 20 ans sans peine de sûreté pour « Novato ». Enfin, Ronaldo Miranda Carvalho, condamné à 18 ans en Martinique en 2016 pour tentatives d’homicide sur les deux pêcheurs à Régina, désormais incarcéré dans l’hexagone : le 15 décembre 2020, le Tribunal d’Application des Peines de Moulins (Allier), a rejeté sa demande de relèvement de sa période de sûreté, selon Maître Lionel Bethune de Moro, l’avocat des familles des deux militaires tués.