Météo en Guyane : l’année 2022 commence avec un premier trimestre très pluvieux

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Lever de soleil en Guyane ©Internaute
Après une année 2021 de pluies exceptionnelles jamais connues en Guyane depuis que les relevés météorologiques existent, c'est à dire 1950, à quoi faut-il s’attendre pour 2022, notamment pour ce premier trimestre ? Entre saisonnalité et dérèglement ou aléas climatiques que faut-il comprendre ? Nous avons interrogé Patrick Ranson, le directeur adjoint de Météo-Guyane.

Un fort épisode pluvieux qui s’est terminé ce vendredi 7 janvier a marqué le début de l’année et nous fait nous interroger sur la suite de cette saison des pluies qui a été exceptionnelle en 2021. A retrouver ici, l’article de Météo Guyane sur le palmarès de la pluviométrie record commune par commune en 2021.

Un premier trimestre 2022 qui sera très arrosé

Selon, le directeur adjoint de Méto Guyane, Guyane, il ne fait pas de doute que le phénomène La Niña va perdurer durant quelques mois encore (consulter cet article de Météo Guyane) : Ce premier épisode pluvieux précoce de l’année vous donne un indice sur ce qui nous attend les mois prochains. Nous devons en effet rester sous l’influence de la Niña jusqu’en avril. Cependant, l’anomalie de températures de surface océaniques plus élevées que la normale qui tarde à  s’estomper devrait progressivement cesser. Ces 2 phénomènes réunis favorisent une pluviométrie plus importante que la normale pendant la période de janvier à avril. Le premier trimestre 2022 s’inscrit donc dans la continuité d’une année 2021 bien arrosée. Au-delà de cette échéance, les prévisions saisonnières présentent trop d’incertitudes.

Un petit été de mars incertain et probablement pluvieux...

L’accalmie saisonnière du mois de mars pourrait pâtir de La Niña souligne le prévisionniste : ... On aura probablement quelques périodes d’accalmies en février et mars mais ce ne sera probablement  pas un bel été de mars comme on a pu en connaître certaines années. Le dernier bel été de mars sur la Guyane remonte à 2020, il avait été très marqué et avait duré près de 3 mois. En effet, il a très peu plu sur la Guyane entre janvier et mars 2020.

… Mais cela n’exclut pas forcément des périodes de sécheresse

A l’inverse de La Niña, El Niño entraîne des périodes de sécheresse cela a d’ailleurs été le cas en 1997 en Guyane rappelle Patrick Ranson : La sécheresse de 1997 est une des plus fortes observées sur la Guyane. Le secteur des savanes a été très peu arrosé pendant plusieurs mois. À Kourou, il n’est tombé que 19mm de pluies entre le 10 août 1997 et le 29 novembre 1997. le phénomène El Niño de 1997 est un des plus importants du siècle dernier. La dernière sécheresse sévère en guyane remonte à 2015, encore une fois sous l’influence d’un El Niño majeur. Cette année-là, il n’a pratiquement pas plu à Kourou entre le 25 août et le 8 novembre. Les feux de broussaille et de savanes ont été très nombreux et difficiles à maîtriser. 785 hectares de savanes sont partis en fumée en 2015.

Il faut dire que les communes du littoral, moins boisées, avec d’importantes zones de savanes sont soumises à des saisons sèches plus sévères. De plus, le vent plus soutenu favorise le dessèchement de la végétation. Des sécheresses sévères touchent le littoral en septembre, octobre et novembre lors des épisodes El Niño.

Des projections climatiques qui augurent de températures en hausse et de fréquents épisodes pluvieux

Ces données météorologiques observées depuis un certain temps apportent un éclairage sur les aléas climatiques que vivront les guyanais d’ici l’an 2070. Patrick Ranson nous précise : … les dernières projections climatiques sur la Guyane montrent un net signal de la poursuite à la hausse des températures mais aussi une plus grande fréquence de sécheresses marquées. Cela signifie qu’à l’horizon 2050 où 2070 des saisons sèches exceptionnelles comme celles de 1997 ou 2015 pourraient devenir plus fréquentes. Pour les précipitations, il y a toujours eu une grande variabilité d’une année sur l’autre et il n’y a pas de signal vers une diminution ou une augmentation des quantités de pluies. En revanche, on peut s’attendre à une plus grande fréquence de saisons des pluies anormalement pluvieuses. Les pluies sans devenir plus abondantes pourraient se concentrer sur des périodes plus courtes. Dans le climat du futur en Guyane, sans connaître une pluviométrie annuelle plus importante, il y aura probablement plus d’aléas météorologiques comme des inondations liées à des saisons des pluies exceptionnelles ou des sécheresses marquées. Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons affirmer que le climat guyanais à l’horizon 2050 ou 2070 sera plus chaud et probablement plus contrasté avec une plus grande occurrence de saisons sèches marquées mais aussi de saisons des pluies fortement arrosées.

Les aléas de la météorologie en Guyane ne représentent qu’une partie des risques liés au climat du futur. Il faut aussi tenir compte des autres enjeux qui augmentent eux aussi. La population croît, notamment le long des fleuves, mais aussi sur le littoral dans des zones basses soumises au risque d’inondations, voire d’incendies dans les secteurs de savanes péri-urbaines. Toutes les communes de Guyane sont donc soumises aux aléas de la météorologie mais dans un contexte de population en forte augmentation et dans un climat plus chaud et plus contrasté, les risques liés à la météorologie vont prendre de plus en plus d’importance.