O Mayouri lecture : "Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini une enquête déchirante sur les Homes indiens

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"Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini
"Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini ©MCThébia
Dérangeant, bouleversant, choquant, "Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini aux éditions Anarchasis, est un livre qui ne laisse pas indifférent. Cette enquête d’investigation traite d’un épisode peu connu de l'histoire récente, de la Guyane, les Home indiens. Ces pensionnats catholiques ont accueilli, durant des décennies, des jeunes amérindiens et bushiningués : 2 000 enfants y auraient séjourné. Le premier Home a été fondé en 1930 à Mana.
« Allons enfants de la Guyane ». d'Hélène Ferrarini
« Allons enfants de la Guyane ». un livre d'Hélène Ferrarini ©MCThébia

« Allons enfants de la Guyane » décrit avec beaucoup de sensibilité un processus d’évangélisation et d’assimilation. Hélène Ferrarini s’est basée sur les travaux universitaires de Françoise Armanville parus il y a dix ans. La journaliste a recueilli une soixantaine de témoignages édifiants : anciens élèves, familles, témoins… Ces pensionnaires devenus grands aujourd’hui, racontent le calvaire de la séparation familiale, l’acculturation forcée, les violences psychologiques, l’enfermement.

Neuf Homes différenciés ont été créés en Guyane entre 1930 et 2012 à Mana, Saint-Laurent, Iracoubo, Sinnamary et Maripasoula. Il en reste un aujourd’hui à Saint-Georges de l’Oyapock. A l'origine, il s’agissait pour les religieux de dispenser une bonne éducation catholique, des valeurs spirituelles. Certains pensionnaires l’admettent, ils en ont fait une force. Mais pour tous, le choc culturel a été terrible.

Des familles sous influence

Ces Homes financés par l’Etat n’étaient pas officiellement obligatoires, mais les familles amérindiennes s’y soumettaient. Les méthodes sont sournoises. Les religieux venaient récupérer les enfants parfois, accompagnés des gendarmes. En 1950 il existait même à Saint-Laurent du Maroni, un service des populations primitives chargé de les placer. Selon l’auteur, "la plus grande maltraitance est la privation de liberté". Les punitions restent cependant vivaces dans les mémoires : privation de nourriture, obligation de rester à genou durant des heures, punitions collectives. Et surtout, l’obligation d’embrasser la religion catholique.

Un récit presqu'à fleur de peau

"Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini
"Allons enfants de la Guyane" de Hélène Ferrarini ©MCThébia

 

Préfacé par Alexis Tiouka, un des grands témoins, Hélène Ferrarini raconte avec beaucoup de sensibilité et de justesse cette histoire. Cette journaliste d’investigation, pas à pas, entraîne le lecteur. Elle relate des faits, ne prend pas position et reste objective. Ces homes disséminés sur le territoire, ont fonctionné dans l’indifférence générale. Un traumatisme ancien, dénoncé - un de plus - ancré à jamais, dans l’inconscient collectif amérindien.