Education : ils ne sont pas enseignants mais comptent pour beaucoup dans l’apprentissage des élèves

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Classe de CM2 à Cayenne
Classe de CM2 à Cayenne ©Jocelyne Helgoualch
Infirmiers scolaires, AESH pour Accompagnants d’Elèves en Situation de Handicap ; ces personnels de l’Education Nationale dont on peut difficilement se passer dans l’enseignement mais qui souffrent souvent d’un manque de reconnaissance.
Education : ils ne sont pas enseignants mais comptent pour beaucoup dans l’apprentissage des élèves
Chantal Nordin, infirmière scolaire de secteur ©Clotilde Séraphins George

Chantal Nordin est infirmière scolaire de secteur depuis vingt ans. Après des études en France, elle a mené sa carrière dans le milieu hospitalier et dans le libéral. Elle a travaillé avec les personnes âgées, dans les communes, en pédiatrie, en réanimation, en néonatalogie, bref, dans le curatif et décide en 2001 d’oeuvrer dans le préventif.

Et pourquoi pas le milieu scolaire ?

Elle y découvre un tout autre univers et s'y sent heureuse. Chantal Nordin n’est pas comme une infirmière de lycée, affectée à un établissement. Non, elle a un collège de rattachement, c’est le collège Antoine-Sylvère Félix à Soula et consulte dans quatre autres écoles, bientôt cinq. Elle y fait des permanences.

L’infirmier(ère) scolaire, acteur du bien-être de l’élève

Education : ils ne sont pas enseignants mais comptent pour beaucoup dans l’apprentissage des élèves
Chantal Nordin, infirmière scolaire de secteur ©Clotilde Séraphins George

"Ma mission première, c’est l’accueil et l’écoute des élèves." Confie Chantal Nordin avec fierté. Pour se faire, elle bénéficie d’une infirmerie qu’elle n’a pas à partager avec d’autres professionnels comme c’est souvent le cas ailleurs dans d’autres établissements qui manquent de places ou de commodités.

Elle y fait du dépistage visuel, auditif, la pesée, la vaccination et y pratique l’écoute. Les élèves viennent à elle d’eux-mêmes ou lui sont envoyés par les enseignants ou le chef d’établissement. Chantal fait son diagnostic et les recommandations qui s’imposent.

Son avis est précieux mais n’est pas toujours pris en compte : " Non Madame, mon enfant voit très bien, il n’a pas besoin de porter des lunettes. " lui a dit un jour une maman qui a bien fini par consentir, deux ans plus tard après que Chantal ait eu à revoir son enfant, à consulter et à lui faire porter enfin les lunettes qui ont abrégé ses difficultés scolaires.

"L’infirmière est un personnel central du dispositif éducatif qui inspire la confiance puisqu’elle ne prend aucune sanction." Il ou elle fait le lien avec les parents qui, face à une difficulté de leur progéniture, peuvent perdre pied, avoir peur, manquer d’attention ou refuser de se rendre à l’évidence.

Des missions élargies avec la pandémie de covid-19

Quand des élèves qui ne se sentent pas bien arrivent à l’infirmerie, Chantal Nordin doit les placer en salle d’isolement et appeler les parents.

"Je dois parfois insister et convaincre les parents de faire le test pour vérifier et en avoir le coeur net. Ça a compliqué la prise en charge."

Pendant quelques temps, Chantal Nordin a eu un médecin avec elle « mais ils sont mal payés dans l’éducation nationale donc ils ne restent pas longtemps. » Regrette-t-elle.

Quoiqu'il en soit, cette infirmière, au plus fort de sa carrière se dit heureuse d’aider aujourd’hui des enfants, hors des murs des hôpitaux.

Education : ils ne sont pas enseignants mais comptent pour beaucoup dans l’apprentissage des élèves
Stéphanie Younke, Accompagnante d'Elèves en Situation de Handicap ©Clotilde Séraphins George

Stéphanie Younke a quarante ans tout rond. Elle est AESH C soit Accompagnante d’Elèves en Situation de Handicap Collectif, c’est à dire qu’elle s’occupe de plusieurs élèves dans un établissement, contrairement aux AESH I pour individuel qui n’ont en charge qu’un élève.

Elle travaille en classe d’ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire) avec des enfants du CP au CM2, tous notifiés par la MDPH, la Maison Départementale des Personnes Handicapées.  La classe d’ULIS accueille un minimum de huit élèves et il ne peuvent être plus de douze dans le primaire. Au collège, l’effectif maximal est de quatorze.

Stéphanie Younke a fait sa rentrée ce 14 septembre avec la classe d’ULIS. Elle exerce à l’école de Rochambeau à Matoury. Elle accompagne l’enseignant dans sa mission d’éducation d’élèves qui présentent des troubles des fonctions cognitives (TFC) : "J’aide à la compréhension des leçons en fonction du handicap de chacun." Explique humblement Stéphanie mais en fait,  elle est pour ainsi dire la courroie de transmission entre le professeur des écoles et ses élèves.

La covid-19 leur complique la tâche

Quand les écoles ont fermé, le travail à distance, en visio s’est avéré impossible : "Le contact est essentiel avec ce type de public. Nous avons amené quelques petits travaux aux parents pour accompagner leurs enfants mais c’est difficile pour eux … En classe, le port du masque complique la transmission car les enfants ont besoin de lire sur les lèvres. Là, ils ne peuvent pas. Et pour eux-mêmes, ils ne supportent pas le masque et ont du mal à le garder."

Education : ils ne sont pas enseignants mais comptent pour beaucoup dans l’apprentissage des élèves
Stéphanie Younke, Accompagnante d'Elèves en Situation de Handicap ©Clotilde Séraphins George


Un métier important mais négligé

Si la rentrée s’est plutôt bien passée, dans le calme, Stéphanie formule des souhaits pour l’évolution de sa carrière : "J’espère une meilleure considération."

Les AESH, explique-t-elle, manquent de reconnaissance. Ces agents contractuels de l’Etat recrutés par contrat de droit public ne disposent pas de filière d‘études spécifiques. Ils peuvent être recrutés avec le BAC mais certains sont bien plus diplômés seulement, ils ne sont pas forcément formés à la prise en charge des multiples handicaps qu’ils rencontrent.

En octobre prochain, le nombre d’AESH en Guyane devrait être connu et communiqué aux syndicats et autres partenaires sociaux qui constatent des démissions qui interpellent. Le faible salaire, le statut, le manque de formation et de considération sont autant de bémols dans une profession qui prouve pourtant chaque jour son utilité. 

En France, au cours de l’année 2020, ce sont 8 000 postes d’AESH qui ont été créés. En tout, ils sont plus de 117 000 AESH qui accompagnent au quotidien des élèves en situation de handicap dans les classes.

Le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports poursuit cette vague de recrutement afin de répondre au mieux à l’augmentation des besoins d’aide humaine pour les élèves en situation de handicap. Puisse la Guyane trouver une place confortable dans cette évolution.