L' électrification des villages isolés de Guyane remise en question. Les collectivités n'ont pas payé

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Chantier école camp Makata à Camopi
Chantier école camp Makata à Camopi ©Kwala Faya

Les collectivités et institutions de Guyane doivent plus de 400 000 euros à l'association Kwala Faya. Conséquences: des électriciens issus des villages isolés et formés par la structure ne sont plus payés. Les projets d'équipements solaires suspendus.

Au téléphone, la voix de mon interlocuteur manifeste clairement un grand désarroi et beaucoup de déception. Anselme Brochet, le coordinateur gérant de l’association Kwala Faya est très inquiet.

Les salaires de Kwala Faya ne peuvent plus être payés depuis 2 mois. Il y 25 salariés à Kwala Faya, dont 23 sont des habitants des communes de l'intérieur.

La structure subit une grave crise financière. La raison : de nombreux retards de paiement et de carences administratives au sein de plusieurs collectivités et institutions de Guyane.

Plus de 400 000€ non versées à l’association 

L’association Kwala Faya attend toujours les versements de la mairie de Camopi, de la Collectivité Territoriale de Guyane – dont le Pole aux Affaires Européennes, de la mairie de Maripasoula, de l’Agence de Service et de Paiement ainsi que de L’ADEME, ajoute le coordinateur de l’association.

Chantier école camp Makata à Camopi
Chantier école camp Makata à Camopi ©Kwala Faya

Le non-paiement de ces factures risque d’entrainer dès le mois prochain la perte de 16 emplois d’insertion. Des pertes de salaires pour des familles de nombreux villages isolés de Guyane. Anselme Brochet rajoute 

Cela va aussi créer des problématiques de paiement des familles d’accueil, ce qui est souvent la cause du décrochage scolaire des jeunes issus des communes isolés.

 

Ecole Zidock
Ecole Zidock ©Kwala Faya

Kwala Faya : de la lumière et des électriciens dans les villages isolés de Guyane

La Société Coopérative d’Intérêt Collectif KWALA FAYA a été créée en Septembre 2011. Elle mène en Guyane depuis presque 10 ans des programmes dans les villages isolés de l’intérieur.

Former et faire monter en compétences des électriciens dans ces villages

Plus de 70 personnes ont été formées à l’électricité solaire sur les communes de Maripa-Soula, Camopi, Saint-Georges de l’Oyapock, Saül, Papaïchton et Grand Santi. Kwala Faya a permis aussi à 450 familles des communes de l’intérieur de bénéficier d’installations photovoltaïques et de mise aux normes de leurs réseaux électriques.

Kwala Faya menacée de disparaitre faute de trésorerie.

L’arrêt de nos activités implique l'arrêt de programmes d’électrification déclare aussi le coordinateur de l’association. Plus de 150 foyers ne pourront pas bénéficier d’électricité dans leur demeure à court terme comme cela est prévu aujourd’hui. 

Anselme Brochet, coordinateur et gérant de l'association Kwala Faya

 

Dans un mail adressé par la communication de la CTG, la collectivité territoriale précise 

La Collectivité Territoriale de Guyane admet tout à fait "devoir" à la société Kwala Faya la somme de 70 000 euros. Néanmoins, elle tient à apporter les précisions suivantes : 

Une partie relève du Pôle des Affaires Européennes (PAE) suite à une demande de subvention FEDER. Toutefois, il serait honnête de détailler les vraies raisons expliquant le non-versement, pour le moment, du solde attendu.

En effet, il s'avère que la Direction des Finances Publiques (payeur public), a bloqué la certification du 2ème acompte car le porteur n'a pas informé d'un financement public complémentaire apporté par la commune de CAMOPI sur le projet financé par le FEDER.

Le PAE a néanmoins versé cet acompte. Afin de régulariser, nous avons validé lors du dernier Comité de Programmation Europe (CPE), le nouveau plan de financement intégrant la subvention complémentaire de Camopi. Nous sommes en train de préparer l'avenant pour pouvoir payer le solde (forcément retardé à cause de ce dossier complémentaire à instruire et à traiter). Cela sera fait la semaine prochaine.

Par ailleurs, le porteur nous a indiqué avoir 450 000 € qui ne sont pas "rentrés" et qui le mettent en difficulté. Il faut savoir que le PAE ne doit plus "que" 50 000 € environ au porteur.

Une somme de 20 000€ est également due par la Direction Insertion de la CTG. Elle est en cours d'instruction.

Ce n'est pas particulièrement la CTG qui met en difficulté le porteur, qui est d'ailleurs extrêmement accompagné par nos services depuis le dépôt de son dossier avec une patience et une compréhension immodérée de la part de l'instructeur en charge de son dossier.

S'il avait été mentionné dès le départ dans le dossier le financement complémentaire de la commune de Camopi, tout aurait déjà été réglé, conclue la communication de la CTG sur ce dossier.