Moins d' IVG dans les PMI de Guyane et plus de tests de grossesses depuis le confinement

coronavirus
femme enceinte
©DR
"Je n’avais jamais vendu autant de tests de grossesses dans mon officine" s’exclame une pharmacienne. Le confinement incite-t-il à faire des bébés ? Pas encore de réponse, les Guyanaises ont déserté les centres de santé. 
Quelles conséquences pour les mères et leurs futurs enfants ?



 
Je n’avais jamais vendu autant de tests de grossesses dans mon officine s’exclame une pharmacienne de Cayenne.
 
Contactés, certains pharmaciens de Guyane nous confirment que les tests de grossesses sont effectivement très demandés actuellement.
 
Quelles sont les raisons de ces demandes plus nombreuses ?
Le confinement incite-t-il à faire des bébés ?
L’explication est peut-être tout autre.
 

Des situations difficiles dans certains foyers Guyanais

 
Un baby boom d'ici 8 mois en Guyane ?
Un baby boom d'ici 8 mois en Guyane ? ©DR
Tout d’abord, ce constat fait par les Centres de Protection Maternelle Infantile (PMI) du territoire guyanais : les centres ont fermé durant 2 semaines à l’annonce du confinement et ont rouvert entre le 30  Mars et le 1er Avril.
Certains petits postes de santé dans les communes éloignées sont toujours fermés.

Depuis la rouverture de ces 11 PMI, les personnels constatent une importante baisse des consultations. Les femmes enceintes qui étaient déjà suivies sont revenues mais pas de nouvelles patientes.

Le docteur Eric Giblot-Ducray, médecin chef des PMI précise :

On constate une réelle baisse de l’activité dans nos centres et le nombre de demandes d’IVG (interruption volontaire de grossesse) a fortement baissé.

Coronavirus : Réouverture des 11 PMI de Guyane
©G. Ho A Sim


De nombreux facteurs  peuvent expliquer cette baisse de consultations

Les difficultés pour se déplacer avec l’arrêt des transports publics et les horaires d’ouverture ont certainement eu des impacts sur cette baisse de fréquentations des centres de santé.

Les PMI actuellement ouvertes sur la Guyane accueillent le public seulement 4 heures par jour, "la durée de vie d’un masque" nous précise le médecin chef, des PMI, le docteur Eric Giblot-Ducray. 
 

3000 enfants suivis par les PMI de Guyane


Les PMI sont, en Guyane, un maillage essentiel dans la protection et le suivi des mères et des enfants.
Dans les communes éloignées, la PMI est le seul lieu où les femmes peuvent venir consulter.
Les PMI de Guyane assurent le suivi et les consultations d’un tiers des grossesses déclarées chaque année.

L’absence des femmes dans ces centres de santé depuis la crise sanitaire semble moins se confirmer au centre hospitalier de Cayenne. 
Pas de données sur le nombre de consultations mais le nombre d'IVG pratiquées ces 2 derniers mois a augmenté par rapport à l'an dernier.

 
Le pôle mère enfant au CHAR de Cayenne
Le pôle mère enfant au CHAR de Cayenne ©DR
 

Mars 2020 : 63 IVG
Mars 2019 : 57 IVG 

Avril 2020 : 58 IVG
Avril 2019 : 55 IVG


Les adolescentes en confinement 

Stéphanie Bernard est sage-femme et coordinatrice du réseau Périnat Guyane qui a en charge notamment de favoriser l’accès aux soins des mères et de leurs enfants.
 

Elle ne cache pas ses inquiétudes devant cette baisse sans précédant des consultations médicales dans les PMI

 

Depuis quasiment 2 mois, les professionnels des PMI ne voient plus beaucoup de patientes.
Les femmes ne viennent plus quand elles découvrent une grossesse, elles ne viennent plus pour la contraception ni pour une IVG.
 

Contraception
©planning-familial.org


Dangers pour les adolescentes ?


Je suis particulièrement inquiète  pour les adolescentes déclare la sage-femme, Stéphanie Bernard :

D’ordinaire, les jeunes filles viennent dans les PMI si elles ont un retard de règles ou pour une IVG. Et là, ces adolescentes, on ne les voit plus.

Est-ce que c’est parce qu’elles ne sortent plus et ne voient plus leur petit copain ?
D’ordinaire, ces jeunes filles se rapprochent en premier lieu des infirmières scolaires pour être orientées vers un centre de santé ou dans un service hospitalier. Là, il n’y a plus l’école. Ces jeunes, nous n’avons plus de contacts avec elles, on ne sait pas. Notre inquiétude est légitime.
Je m’interroge aussi sur les conséquences de tous ces retards de prise en charge des débuts de grossesse. Un moment crucial pour la mère et l’enfant.


Impossible aujourd'hui d'évaluer les conséquences pour les jeunes filles ou les femmes devant cette baisse généralisée des consultations en PMI.

Aprés le déconfinement se posera une autre question de santé publique pour les enfants. Les PMI assurent 4000 vaccinations chaque année mais le médecin chef des PMI, Eric Giblot-Ducray prévient :

Il va falloir s'organiser autremenent. Plus question d'avoir comme avant des dizaines d'enfants et de parents dans la salle d'attente. Mais il va falloir aussi rattraper le retard.


Chaque année la Guyane enregistre plus de 8000 naissances.
Une grossesse sur 3 est suivie par un centre de santé ou une PMI.

3000 interruptions volontaires de grossesses ont été pratiquées en 2019 en Guyane dont 7% représentent des jeunes filles de moins de 18 ans.