Un projet pilote de protection pour permettre aux éleveurs de faire face aux attaques de félins

environnement guyane
Attaque de bétail
Troupeau de bovins dans les savanes de Sinnamary ©Martial Gritte
Les attaques de jaguars se multiplient dans le secteur agricole de la crique Toussaint à Sinnamary. Depuis deux ans, l’association de protection de la faune sauvage, HISA (Human Initiatives to Save Animals), a lancé chez les éleveurs un projet pilote afin de limiter ces attaques sur le bétail.
Une quinzaine d’attaques de jaguars ont été déclarées depuis le début de l’année dans le secteur agricole de la crique Toussaint à Sinnamary. Un chiffre largement sous-estimé. Depuis deux ans, l’association de protection de la faune sauvage, HISA (Human Initiatives to Save Animals), a lancé chez les éleveurs un projet pilote afin de limiter les attaques de jaguar et de puma sur le bétail. Plusieurs dispositifs de protection et de prévention type lampes solaires clignotantes ou clôtures électriques ont été installées. Au carbet de la Crique Toussaint,  (vendredi 6 novembre), les différents acteurs de ce projet se sont retrouvés pour faire un premier bilan. Les mesures mises en place sont-elles réellement efficaces contre les gros félins ?
Eleveurs réunis à la crique Toussaint
©Martial Gritte


Multiplication des attaques à Macouria et Sinnamary

Huit attaques en un mois pour un éleveur de Macouria. Vingt bêtes tuées chaque année pour une autre à Sinnamary. Jaguar et puma sont les bêtes noires des agriculteurs en Guyane. Les pâturages vallonnées, bordés de forêts et traversées par des criques sont les terrains de chasse de prédilection de ces prédateurs.
« Il y a un autre troupeau ou il y a aussi des attaques et on a mis des lampes. Pareil en bordure de forêt. »
La capture, l’empoisonnement ou l’abattage du jaguar ont montré leurs limites. D’autant que l’animal espèce menacée de disparition, est protégé par une convention internationale. Arnaud Laridan, éleveur de moutons à Wanabo à Kourou cherche aussi ses solutions :
« On essaye de trouver des choses qui soient plus efficaces et surtout plus pérennes dans le temps .»


Le  projet COFEEL

Depuis deux ans, l’association HISA mène auprès des agriculteurs le projet COFEEL, Coexistence, félins Elevage. Plusieurs moyens de prévention entièrement financés par les fonds publics ont été installés dans une dizaine de fermes pilotes. Ici, ce sont les lumières d’effarouchement et la présence d’une mule dans les deux troupeaux. Hugues Bergère, éleveur de zébus et de buffles à Sinnamary a expérimenté le système :
 

« Il n’y a aucune mesure pour moi qui marche à 100 pour cent. On a mis les deux ensembles et a priori cela fonctionne. Il y a une pression qui a fortement baissé. […] Là on vient d’investir dans des systèmes sonores qui vont compléter les systèmes en place.»


Utiliser des chiens de protection comme le Kangal

A quelques kilomètres de là, le procédé est différent : l‘éleveur a intégré à son troupeau un chien de protection originaire de Turquie, le Kangal ou berger d’Anatolie.
Le Kangal, berger d''Anatolie
©Martial Gritte

Un molosse de près de 100 kg, amical avec l’homme mais particulièrement efficace pour protéger moutons et chèvres.
 Charles Carbo, éleveur de chèvres, de moutons, de buffles et de chevaux à Sinnamary :
 

« On a des attaques régulières avec les jaguars qui essayent de s’approcher, de s’abreuver, de se nourrir avec notre troupeau et puis le chien les repusse et ils partent ailleurs, ils partent chez les voisins. […] Il va empêcher le félin de faire son attaque, il va l’agresser, il va le déranger dans son mode de fonctionnement de façon à ce que l’autre abandonne et préfère aller ailleurs. »


Désormais l’objectif est de développer une souche guyanaise de la race Kangal. Deux individus seront importés d’ici quelque mois pour la reproduction. Le projet COFEEL permet donc d’apporter de vraies solutions aux éleveurs. Seul hic : les financements publics se tarissent en juillet 2021. Tommy Gaillard, ethnologue et coordinateur de projet pour l’association HISA (Human initiative to Save Animals) :
 

«Bien que l’idée du projet soit de donner l’autonomie aux parties prenantes, Cela serait utile de consolider les bases, que tout ce qui a été fait aujourd’hui puisse persévérer. »


Trouver des fonds est désormais une des priorités des 8 prochains mois. D’ici là, 6 fermes guyanaises pourront bénéficier d’un financement pour l’installation de mesures de protection du bétail.
 
Environnement : un projet pour limiter les attaques de jaguars dans les fermes