Une passionnante enquête sur l'origine du café en Guyane

patrimoine guyane
Café d'Ethiopie
Une branche de café ©Frédéric Blanchard

L'histoire du café se révèle particulièrement intrigante en Guyane. Frédéric Blanchard, ingénieur agronome, a mené l'enquête et propose la restitution de ses investigations lors d'une conférence qui va se tenir à la Maison des cultures et des mémoires de Guyane à Rémire-Montjoly le 22 avril à 17h.

Ce 22 avril, les archives territoriales de Guyane inaugurent un cycle de conférences qui donnera la possibilité au public de mieux découvrir, toutes les richesses archivistiques de la Guyane.
La première de ces conférences s'intéresse au café et s'intitule : " La diffusion du café en Guyane et dans le monde au temps des colonies". 

Frédéric Blanchard, ingénieur agronome, spécialiste passionné de botanique guyanaise et d'histoire a remonté minutieusement le fil de l'histoire du café. Un cheminement savant néanmoins parsemé de savoureuses anecdoctes. Ce long et patient travail d'enquête nous emmène un peu partout dans le monde. 
Le conférencier dévoile quelques éléments de ses recherches :

Le café est une boisson largement répandue sur la planète, mais le café, quand est-il arrivé en Guyane ?

FB - ll faut clairement faire la distinction entre la boisson qui va rapidement se propager en Europe entre 1650 et 1700, fabriquée à partir de grains de café importés du Yémen via Le Caire et Marseille, et la diffusion des caféiers dont les premières plantations coloniales, d’ailleurs sans succès, eurent lieu en Indonésie en 1690.
Pendant près de 50 ans, les européens vont boire du café sans avoir jamais vu la plante. Les botanistes sont perdus : ils pensent que la plante est peut-être une sorte de haricot ou de liseron, d’autres imaginent un arbuste comme le fusain. Au Surinam, en Guyane française et dans les Caraïbes, les premiers caféiers seront plantés au tout début du XVIIIe. C’est cette histoire mouvementée qui sera évoquée en passant également par les serres européennes.

Pourquoi est-il question de diplomaties et biopirateries?

FB - L’ensemble des puissances coloniales sont évidemment concurrentes. Le passage des frontières n’est pas si simple pour une plante à forte valeur économique. Des caféiers ou leurs semences seront parfois offerts, mais en Guyane française, ce sont les autorités coloniales de Cayenne qui vont organiser des missions d’espionnage et finalement : le vol de la plante au Surinam. C'est une action qui se rapproche du terme moderne de piraterie du vivant, la "biopiraterie".  A contrario, nous verrons également comment les premiers français au Yémen vont établir des relations diplomatiques positives avec les imams, installer une loge commerciale, puis transplanter le café du Yémen à l’Ile de La Réunion en 1715. Les recherches historiques sur ces sujets sont donc rendues très complexes car les enjeux commerciaux pour le café sont importants. Il convient d’être attentif afin d’identifier des faux historiques ou les rumeurs de l’époque. Les récits abondent de mythes et légendes qui masquent parfois la réalité historique. Pour distinguer le vrai du faux, ou plus exactement comprendre comment les légendes se construisent à partir des premières vérités historiques, il convient de revenir aux sources d’archives et de consulter des documents contemporains des évènements. Parfois, les sources d’archives manquent.

Certaines de ces légendes évoquent-elles la Guyane ?

FB - Il y en a une en particulier qui évoque l’arrivée du café au Brésil à partir de la Guyane française et qui met directement en cause la femme du gouverneur français séduite par un officier portugais. Cela se passe peu de temps après l’arrivée du café en Guyane française, à l’époque où les autorités coloniales portugaises et françaises commencent  à se disputer des bornes frontières sur l’Oyapock. Vous découvrirez également où était située la première plantation de café, actuellement sous les belles bâtisses créoles de notre ville-capitale.

Carte de Cayenne du 16e
©FB