Rencontre avec Elis Bond, le candidat guyanais de la 13e saison de Top Chef

culture créole
Elis Bond, candidat à Top Chef saison 13 ©Marie ETCHEGOYEN / M6
Elis Bond participe à la nouvelle saison de Top Chef, l'émission culinaire. Ce candidat se démarque avec ses influences afro-caribéenne. Né en Guyane, il souhaite mettre en avant la culture créole. Guyane la 1ère l'a rencontré.

Il s’appelle Elis Bond, il participe à la 13e édition de Top Chef et il est Guyanais. Mercredi 16 février 2022, les téléspectateurs de M6 ont découvert les visages des nouveaux candidats de l’émission culinaire, Top Chef. Parmi eux, le chef de l’établissement "Mi Kwabo", Elis Bond. Le participant a interpelé les personnes originaires de la Guyane, puisqu’il est natif du département. Dans son portrait, l’on apprend qu’il a rejoint l’Hexagone à l’âge de 6 ans avec sa famille. La rédaction l’a rencontré.

Cette fois, c’était la bonne !

L’esprit de persévérance. C’est l’un des traits de caractère ayant permis à Elis Bond, 29 ans, d’accéder au nouveau casting de Top Chef. En effet, le cuisinier a passé les sélections à six reprises avant d’y arriver. C’est, selon lui, une opportunité professionnelle qu’il fallait saisir. "Le fait de montrer mon histoire, mon vécu, mon univers culinaire, c’est comme si on m’offrait un très gros réseau qui peut impacter plus de personnes", explique-t-il.

Elis tenait aussi à vivre humainement l’aventure Top Chef. Il a déjà rencontré les quatre chefs membres du jury : Glenn Viel, Philippe Etchebest, Hélène Darroze et Paul Pairet. 14 autres candidats, qui partagent sa passion pour la cuisine, sont aussi présents. De plus, il cuisinera pour un nouveau chef mondialement connu lors de chaque épreuve. Pour lui, si cette année était la bonne, c’est parce que "toutes les planètes étaient alignées" !

Le départ de la Guyane, une nouvelle aventure

L’histoire d’Elis commence en 1994, quand il naît. Le récit connaît en rebondissement en 2000, quand il arrive à l’aéroport de Rochambeau à l’époque (aujourd’hui Félix Eboué), à Matoury. "J’ai toujours cette image en tête, de quand j’arrive à l’aéroport. Ma mère sort les pulls des valises et elle nous dit qu’on doit les mettre. Nous, on n’a pas l’habitude d’en mettre en Guyane. Et on arrive en France, en plein hiver. Quand on sort, on voit cette petite brume qui sort quand on parle et on s’amuse avec ça", raconte le cuisinier autodidacte. Mais les heures passent et le froid s’intensifie.

On est resté pas mal de temps dehors avant d’être pris en charge. On devait aller chez une personne, mais elle n’a pas décroché le téléphone. Donc on est resté plusieurs jours dehors. Et c’est la Croix Rouge qui nous a pris en charge pendant un moment. C’était dur, j’étais séparé de mes parents.

Elis Bond

Alors que son père est encore en Guyane pour des questions administratives, Elis et ses frères et sœurs sont séparés de leur mère. "Pour eux, ma mère n’était pas capable de gérer ses enfants alors que si, elle l’a toujours fait", estime le chef autodidacte. Aujourd’hui, les difficultés passées, il comprend le choix de départ de ses parents. Ces derniers ont rejoint l’Hexagone par rapport aux problèmes de santé de l’un de leurs fils, mais aussi pour fuir l’insécurité. "Il y a une volonté derrière, il y a une histoire, elle voulait nous assurer un bon futur", rapporte Elis Bond.

Assiette préparée par Elis Bond ©Elis Bond

Une cuisine afro-caribéenne, un rappel aux racines

Dans les assiettes réalisées par Elis Bond, l’on retrouve des influences caribéennes et africaines. Pour la part caribéenne, il faut remonter à ses origines. Les deux parents du cuisinier sont Haïtiens et ils ont vécu en Guyane, où Elis est né. Le côté africain vient de son épouse, une Béninoise. "Je me suis dit : ‘pourquoi pas marier ces deux univers’, parce que les territoires d’Outre-mer et le continent d’Afrique sont liés. Il y a une histoire bien plus profonde à raconter", estime le candidat.

Malgré leur départ, les parents d’Elis Bond ont réussi à lui transmettre une partie des cultures créoles guyanaise et haïtienne. A la maison, c’était notamment en passant par la nourriture. "Mon père aime beaucoup le poulet boucané, il y a le colombo, la soupe joumou", déclare le candidat. Même s’il ne le parle pas, Elis comprend le créole, ses parents l’utilisent. Ils évoquent aussi la Guyane dans les discussions, puisque leurs parents y vivent encore.

Aujourd’hui, il travaille avec des produits comme la kassav, le couac, les pommes rosa et les pommes d’amour, la sauce satée ou encore des fruits qui poussent dans notre département. Il prépare régulièrement du poulet boucané. C’est sa façon de rendre hommage à son territoire d’origine. Elis souhaite ainsi mettre en valeur la culture guyanaise en tentant d’éloigner les clichés dont les Guyanais sont victimes.

Des projets liés à la Guyane

Depuis son départ en 2000, Elis n’est pas revenu en Guyane. Toutefois, il envisage de le faire. "J’essaye de me démarquer un peu partout, de me battre pour avoir les fonds nécessaires, pour pouvoir partir en Guyane et voir la terre que j’avais quitté à l’âge de 6 ans", dit-il. Et de poursuivre : "J’aimerai voir ce que je peux apporter, quelle chose je pourrais développer."

Je pense que c’est important pour les jeunes générations de se dire qu’il y autre chose à faire, qu’on peut gagner de l’argent autrement. On peut changer les choses en apportant du tourisme. Ce ne sont pas que les autres qui peuvent le faire, c’est aussi nous.

Elis Bond