Saül : les perspectives d'avenir - 5 -

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L'arbre Fromager à Saül, élu Arbre de l'année 2015 (Prix du public)
L'arbre Fromager à Saül, élu Arbre de l'année 2015 (Prix du public) ©Lindy Nédan
Quel est le point commun entre la Crique Pakira et la Crique Eau-Blanche, La Mana et Le Sinnamary ? Tous ces points d'eau trouvent leur source à Saül, terre d’abondance. Une région très convoitée par les amoureux de la randonnée et de la biodiversité.

Plus d’un siècle après sa création, Saül, commune isolée au cœur de l’Amazonie n’en finit pas de séduire ceux qui posent leurs pieds sur son sol. La végétation, les animaux, et l'accueil chaleureux des habitants, en font l'une des régions les plus visitées de Guyane.

Alors pourquoi avec tant de richesses, cette terre aurifère est si peu développée ?

Maison abandonnée à Saül
Maison abandonnée à Saül ©Mario Innocent

 

Comme nous l'avons évoqué dans le premier chapitre consacré à cette commune, Saül, petit village, naît au temps de la ruée vers l'or au début du XXème siècle. Dans les années 30, des hommes investis pour ce territoire, tentent à plusieurs reprises d’en faire une terre d’exception. Le père Didier par exemple a œuvré en ce sens.

Le Père Maurice Didier
Le Père Maurice Didier (1904-1978) ; photographie d’identité de 1964 ©Archives diocésaines de Cayenne.

 

Dans ce pays sans gendarme, sans organisation municipale, le père Didier avait su mettre un terme à la loi du plus fort qui régnait jusqu’à son arrivée.

Par persuasion, par son exemple, il avait su imposer une certaine démocratie, basée sur une discipline librement acceptée.*

Robert Vignon, sénateur de Guyane (1962-1971).

 

Des personnes engagées pour le développement de la région, il n’en manque pas encore aujourd'hui même si en 2021, Saül semble toujours figé des années 50.

Seuls indices de son évolution dans le monde moderne, les structures administratives.

Village de Saül au centre de la Guyane
Village de Saül au centre de la Guyane ©Mario Innocent

 

En 1930, Saül appartenait au territoire de l’Inini et ce jusqu'en 1969 date à laquelle elle est devenue une commune à part entière. Elle était célèbre à cette période pour sa richesse aurifère.

Trente huit ans plus tard, en 2007, elle intègre le Parc Amazonien de Guyane, dont font également partie quatre autres communes de l’intérieur : Camopi, Maripa-Soula, Saint-Elie et Papaïchton. Le parc s’étend sur 34 000 km2. 

La structure a pour mission de préserver la forêt vierge qui borde ces communes.

Convention d'application de la charte à Saül 2018-2021

 

C’est sur cette législation qu'est désormais basée la division du territoire. Couper un arbre, tracer une route ou vendre un terrain, rien ne peut se faire sans l’accord préalable de l’Office National des Forêts.

Une législation qui intervient également pour ce qui est de l’accès à la propriété, mais pas uniquement. Elle est aussi des conséquences pour les restaurateurs de la région. 

Haricots rouges cuits au feu de bois
Haricots rouges cuits au feu de bois ©Mairie de Grand Santi

 

En raison de la préservation de la biodiversité, à Saül, on ne peut pas chasser le gibier dans la forêt, car il faut un permis, puis un traçage de la bête abattue. Une vraie problématique pour les professionnels du tourisme souvent découragés qui ne peuvent cuisiner avec des produits trouvés sur place. 

L'installation des Hmong en 1992

Début des années 90, âge d’or pour la commune, des terres agricoles sont données à des familles Hmongs. L’objectif : qu’elles cultivent la terre, que les fruits et légumes soient vendus au marché de la commune et le reste de la production, exportée sur le littoral. Des produits frais issus d'une terre fertile et saine, gage de qualité.

Répartitions des terres agricoles attribuées à la communauté Hmong en 1992 à Saül
Répartitions des terres agricoles attribuées à la communauté Hmong en 1992 à Saül ©Pascale Salaün

 

Si les vergers de ramboutans, les champs d'aromates et autres légumes sont sortis de terre, ils se rarefient. La plupart des agriculteurs de la communauté Hmong ayant déserté les plantations. En effet, rares sont ceux ayant qui ont pu obtenir un titre de propriété. Il ne reste encore aujourd'hui qu'une vingtaine de personnes sur les cinq familles en 1992.

Découragées par l’absence de perpectives et le manque de moyens pour travailler, les nouvelles générations ont délaissé à cette vie rurale bien trop dure et  précaire au profit des villes. 

Les titres de proriété se font rares à Saül

À peine un quart des habitants possède un titre de propriété dans la région. En effet, au cours de son développement, les familles qui ont construit au début du siècle dernier, n’ont pas été régularisées par la mairie.

Maison abandonnée à Saül
Maison abandonnée à Saül ©Lindy Nédan

 

La mairie n'a pas assez de fonds pour investir dans l'aménagement du territoire.

Jean-François Bernard, premier adjoint de la commune de Saül

 

La taxation n'est pas la même que sur le reste de la Guyane. Par conséquent, les finances qui pourraient en découler pour la commune sont faibles. Une précarité fiscale qui n'est malgré tout pas synonyme d'urgence pour certains élus.

Jean-François Bernard, premier adjoint, ne souhaite pas que les terrains de sa commune soient attribués sans étude préalable :

Attribuer un terrain à Saül est une démarche complexe

 

En attendant que la mairie trouve une solution financière rentable, le tourisme reste le moteur de la vie économique de la bourgade de Saül. Certains n'hésitent pas à promouvoir leur terre natale. C’est le cas de Maya. Lorsque son emploi du temps d’aide-soignante le lui permet, elle fait découvrir aux fins gourmets de passage, ses spécialités culinaires.

Sauté de porc au caramel préparé par Maya
Sauté de porc au caramel préparé par Maya ©LIndy Nédan

 

4000 touristes par an à Saül

Des milliers de visiteurs viennent chaque année découvrir les paysages à couper le souffle. Des assoiffés d’aventures qui peuvent sur place s’adonner à la randonnée.  45 km de sentiers balisés sont à leur disposition. Autre joyau de la région, l'arbre fromager, élu l’arbre de l’année 2015.

Panneau à l'entrée du passage pour découvrir l'Arbre Fromager à Saül
©Lindy Nédan

 

 

Les atouts touristiques de cette région amazonienne sont nombreux. Pourtant, il y a encore tant à faire pour pérenniser la filière.

 

Malgré les difficultés du quotidien, engendrées par un certain nombre de facteurs que nous avons énumérés dans nos précédents articles, les habitants ne quiteraient Saül pour rien au monde. Sans doute à cause de la sacralité des lieux.

Maya est retournée s'y installer il y a maintenant onze ans. 

Saül c'est une grande famille

 

Selon la légende, Saül purifierait l’âme et repousserait au loin les mauvaises énergies. Un univers à l'opposé de la vie citadine, cher payé mais qui en vaut la peine, vous dira-t-on.