24e jour de confinement, en Martinique, les femmes enceintes s’inquiètent et veulent de plus en plus accoucher à domicile

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Couv gynécologue
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Les femmes enceintes sont-elles plus vulnérables au Covid-19 ? Comment vivent-elles leur grossesse en ce moment ? Comment sont-elles suivies ? Une maman confie son angoisse. Une autre explique son choix d’accoucher finalement à la maison. Les médecins, eux, sont rassurants.
Dans la salle d’attente d’une gynécologue à Fort-de-France, Christine, enceinte de 7 mois et demi, attend son tour. Comme elle, deux autres femmes, au ventre arrondi, patientent sagement, tandis qu’une quatrième a été priée d’aller faire un tour et ne sera admise que lorsqu’une place se libèrera.
La gynécologue explique :

"Il m’a fallu revoir toute l’organisation du cabinet. La salle d’attente est désinfectée en permanence et n’accueille pas plus de trois patientes à la fois. Je passe beaucoup de temps avec chacune d’entre elles. Pour le moment, les données scientifiques sur le coronavirus sont rassurantes quant à la contamination entre la maman et le bébé".


Christine est mère déjà d’une fille de 12 ans. C’est donc sa deuxième grossesse et elle ne cache pas, dans un large sourire, son bonheur d’être à nouveau enceinte. Elle affiche même sa fierté d’avoir "un beau ventre", plaisant à souhait. 
Christine raconte :
 

"Avant le confinement, chaque fois que j’allais quelque part, les gens s’extasiaient devant mon ventre, au point que certains allaient même jusqu’à le caresser. C’était un geste bienveillant mais aujourd’hui, rétrospectivement, ça me fait peur."

 
Femme enceinte
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Depuis le confinement, Christine ne sort plus, excepté pour sa consultation mensuelle chez la gynécologue. D’ailleurs c’est la seconde fois qu’elle met le nez dehors. Elle avoue son inquiétude, quand elle croise une personne malade, quelle que soit sa pathologie. 

"Je me pose beaucoup de questions. Si je venais à être contaminée, comment ça se passera pour le bébé ? Être confinée, quand on est enceinte, c’est dur. Pour ma première grossesse, j’ai travaillé jusqu’au bout. Or, cette fois, comme beaucoup de gens, je me retrouve au chômage partiel. Alors, parfois l’ennui prend le dessus. A la maison, je grignote énormément. Depuis le confinement, j’ai pris 2,5 kg".


Jusqu’à six mois de grossesse, les femmes enceintes ne sont pas regardées comme des personnes à risque. C’est à partir du troisième trimestre qu’elles sont particulièrement surveillées. Celles qui déclarent des symptômes du coronavirus (toux, fièvre, gêne respiratoire) sont adressées au centre de dépistage de l’hôpital Pierre Zobda-Quitman ou à la Maison de la Femme, de la Mère et de l’Enfant (MFME).
Docteur
©DR - docteur Volumenie, chef de service à la MFME

Jusqu’à la semaine dernière, on ne dépistait pas systématiquement, parce qu’on n’avait pas les moyens de le faire. Nous avons reçu lundi dernier 2000 tests. Du coup, on fait le prélèvement pour toutes celles qui présentent des symptômes et qui sont dans leur troisième trimestre".


À la MFME, deux femmes enceintes ont été testées positives au Covid-19. Pour la première, c’était il y a deux semaines. Pour la seconde, c’était lundi dernier. Confinées à domicile, elles sont suivies à distance. Le docteur Volumenie explique la procédure.

"On les appelle toutes les 48h pour s’assurer que leur état est stable. En cas de problème, elles reviennent nous voir et peuvent être hospitalisées, soit dans une unité Covid du CHU, soit à la MFME, si c’est lié directement à la grossesse. Jusqu’ici, fort heureusement, nous n’avons eu aucun cas".


À la MFME, des dispositions ont été prises pour faire face à toute éventualité. Cinq chambres sont dédiées aux patientes qui pourraient être porteuses du coronavirus et une salle d’accouchement, sur les cinq que compte l’établissement, leur est également réservée. Tout le matériel est déjà en place, au cas où : charlotte, masque FFP2, surblouse, lunettes et gants.
MFME
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Le Covid-19 a également bouleversé le travail des sages-femmes libérales. Elles sont une quarantaine à exercer en Martinique.

C’est le cas de Malika Lamalle. Elle reçoit beaucoup moins de patientes qu’avant dans son cabinet et privilégie la consultation à distance. Cette semaine, pour le suivi des grossesses, elle a accueilli physiquement cinq femmes enceintes et pratiqué dix téléconsultations. 

À tout cela s’ajoute aussi une nouveauté de circonstance. Pour la préparation à la naissance, Malika Lamalle recourt en ce moment à la visioconférence. Cet après-midi, quatre femmes, à 8 et 9 mois de grossesse, ont pu suivre sur leur écran d’ordinateur le cours dispensé par la sage-femme. 
Malika Lamalle
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Malika Lamalle raconte :
 

"Je me suis d’abord filmé à mon cabinet avec tout le matériel. J’ai filmé une poupée qui descend pour leur montrer comment le bébé arrive. Je me suis filmé également en train de pousser pour qu’elles comprennent comment le faire lors de l’accouchement. Le cours allie une vidéo, une présentation PowerPoint, des photos, et leurs questions auxquelles je réponds".


Le coronavirus fait peur aux femmes enceintes, au point que plusieurs d’entre elles préfèrent voir naître leur bébé à la maison plutôt qu’à l’hôpital. En temps normal, le cabinet de Malika Lamalle reçoit annuellement une dizaine de demandes d’accouchement à domicile. Depuis le 17 mars, le chiffre a littéralement a explosé.
Malika Lamalle souligne :

"Depuis le confinement, nous avons reçu 7 ou 8 demandes. Nous n’en avons accepté que 3, parce qu’on ne peut pas faire les choses au dernier moment. Un accouchement à domicile exige une préparation particulière, notamment pour la gestion de la douleur, car il n’y a pas de péridurale. Il faut également mettre en place une relation de confiance mutuelle et s’assurer que la grossesse est normale".

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À 8 mois de grossesse et à 3 semaines d’un accouchement, Yasmina a choisi de donner naissance à son deuxième enfant, chez elle, au Lamentin. Elle en rêvait depuis l’arrivée, il y a cinq ans, de son fils. Mais son compagnon n’était pas d’accord.
Yasmina précise :

"Il était réticent à cause du manque de médicalisation, comme le fait qu’il n’y ait qu’une sage-femme et pas de gynécologue. Mais, quand le directeur de la clinique Saint-Paul, où je devais accoucher, a annoncé que les papas ne seront plus admis au bloc, ça lui a fait un choc. Pour lui, c’était impensable de ne pas assister à la naissance de sa fille. En plus, il avait peur que j’attrape le coronavirus à l’hôpital. Finalement, il a changé d’avis au moment du confinement. J’accoucherai donc à la maison, en petit comité, avec lui, notre garçon et la sage-femme".


Au vingt-quatrième jour de confinement, les femmes enceintes sont préoccupées par le Covid-19 et craignent pour leur bébé à naître. Pour elles, comme pour le reste de la population, le meilleur moyen de ne pas être contaminées, c’est de rester confinées, en s’appliquant la formule d’usage : "Rété a kay zot".
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