50e jour de confinement, en Martinique, une secrétaire médicale raconte sa galère

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C’est l’histoire d’une secrétaire médicale installée à son compte. Elle travaille pour deux kinésithérapeutes. Depuis mi-mars leurs cabinets sont fermés. Ils interviennent à domicile. Du coup la jeune femme, au chômage, n’a plus de salaire et se bat pour obtenir une aide.
"Cabinet de kinésithérapie du Morne Pitault, bonjour !" Depuis près de trois ans la voix de Nathalie réceptionne les appels des patients de ce praticien du François. Elle y travaille le lundi, mercredi et jeudi. Le mardi et vendredi elle fait la même chose dans un deuxième cabinet à Sainte-Marie.
Nathalie résume en quelques mots sa fonction :

"Je gère les rendez-vous et l'accueil physique. J’effectue la saisie des comptes-rendus médicaux. Je m’occupe de la facturation et de la comptabilité : mutuelle, sécurité sociale, traitement des rejets." 


Avant de devenir secrétaire médicale, Nathalie a fait le grand écart, passant d’une envie à une autre. Son parcours est pour le moins atypique. Au François, où elle passe son enfance, elle se découvre très tôt une passion pour le monde de la santé. Nathalie raconte :

"Quand j’étais au CM1, quand j’avais une dent qui bougeait, je m’amusais à l’enlever toute seule. Du coup, je voulais devenir dentiste. En grandissant, je me suis mise à regarder des séries comme Urgences ou Grey’s anatomy."

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En 1999, Nathalie "monte" à Fort-de-France et s’inscrit au lycée professionnel de Dillon. Trois ans plus tard, elle obtient son bac pro comptabilité, puis change carrément de voie. Elle intègre la formation CAP coiffure au CFA de Rivière-Salée. Nathalie détaille :

"J’ai eu mon CAP au bout de deux ans. Puis j’ai fait une formation de visagiste permanentiste coloriste. Ça dure un an. On apprend tout ce qui touche à la couleur des cheveux, à la permanente et au défrisage. Après j’ai préparé mon brevet professionnel en deux ans. Ça permet d’ouvrir un salon de coiffure." 


Après cinq ans d’apprentissage de la coiffure, Nathalie change à nouveau de direction. Cette fois, sa conviction est faite. Elle veut devenir secrétaire médicale. Elle s’inscrit au CNED (Centre national d'enseignement à distance) et se forme en dix-huit mois.
En 2009, Nathalie décroche son premier emploi chez un kinésithérapeute à Trinité, puis un deuxième chez un autre au Robert, avant d’atterrir chez un ophtalmologue à Fort-de-France. En 2016, elle s’installe à son compte et offre ses services aux deux cabinets du François et de Sainte-Marie. L’avantage pour les deux kinésithérapeutes qui font appel à ses services, c’est qu’ils ne paient pas de charges sociales. Elle s’occupe de tout moyennant une rémunération adaptée. Jusqu’à l’annonce du confinement, tout se passait bien pour la jeune femme. Depuis le 16 mars 2020, elle ne travaille plus, elle reste à la maison. Nathalie souligne :

"Je n’ai plus de salaire. J’ai déposé un dossier pour bénéficier de l’aide de 1500 € que l’État accorde aux petites entreprises. Ça n’a pas marché parce que l’an dernier je n’ai pas fait le chiffre d’affaire. J’ai peu travaillé au premier trimestre pour des raisons de santé. J’attends désormais la réponse de l’URSSAF pour une aide du même montant."


Pour Nathalie, le déconfinement prévu le 11 mai ne sera pas synonyme de reprise. Les deux kinésithérapeutes pour lesquels elle travaille au François et à Sainte-Marie ne veulent pas l’exposer en la rappelant pour accueillir les patients. Nathalie s’interroge :

"Je ne sais pas quand je reprendrai. Peut-être en juin. Peut-être en juillet. J’avoue que le Covid-19 me fait peur. Au début, on disait que ça ne touchait que les personnes âgées. Aujourd’hui, on constate que ça concerne tout le monde."


Au cinquantième jour de confinement, Nathalie s’inquiète et pense surtout à ses enfants Erwann et Giovann, âgés de 4 et 14 ans. Aujourd’hui, elle vit sur ses économies et grâce à l’aide de ses proches. En attendant de voir le bout du tunnel, elle respecte, comme les autres, la formule : "Rété a kay zot".
 
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