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Aimé Césaire, dignement célébré, peut-il encore nous inspirer ?

Aimé Césaire
Aimé Cesaire
Aimé Césaire se ravise en adoptant le projet de Constitution de la Cinquième République au référendum de 1958. ©DR
Les hommages à Aimé Césaire se succèdent à l’occasion du 106e anniversaire de sa naissance à Basse-Pointe. Un rituel susceptible de nous interpeller sur la survivance de son esprit.
Comme chaque année depuis sa disparition en 2008, nous célébrons la naissance d’Aimé Césaire (26 juin1913). Le plus célèbre des natifs de Martinique mérite amplement cet hommage. L’imagination et l’audace ne sont pas forcément au rendez-vous de ces anniversaires rituels. Mais ils ont le mérite de nous rappeler qu’il demeure une référence.

De son vivant, beaucoup ne voulaient pas entendre parler de son cri nègre. Inventeur dans les années 1930 de la négritude avec ses comparses Léopold Senghor le Sénégalais et Léon Gontran Damas le Guyanais, il a été longtemps moqué. Beaucoup n’ont pas accepté sa rupture avec les communistes en 1956, considérés comme les continuateurs de la pensée coloniale.

Beaucoup ne l’ont pas suivi sur le  chemin escarpé de la reconnaissance de l’existence d’une nation martiniquaise aspirant à choisir son destin. Il est donc triplement nécessaire de célébrer Césaire.


Qu’est-il advenu de l’esprit d’Aimé Césaire ?


Mais voilà, où est passé son esprit de rebelle ?
Au lieu d’inventer des solutions à nos problèmes, notre élite politique préfère la gestion prudente des collectivités. Où est passé son esprit de provocation, son ironie mordante, ses écrits au vitriol et ses discours virulents ?

Nous refusons l’humour, l’autodérision, le débat sur la base d’arguments. Nous nous réfugions dans le pragmatisme ou ce qui en tient lieu, le conformisme et son frère aîné, le conservatisme. Où est passé son ouverture d’esprit, son désir de nous faire fréquenter des horizons nouveaux?

Nous nous complaisons dans l’isolement insulaire. A rebours du poète qui nous dit : "J’habite donc une vaste pensée, mais le plus souvent je préfère me confiner dans la plus petite de mes idées".

Où est passé le cri du Nègre Aimé Césaire ?
Avons-nous définitivement éteint notre rébellion contre l’enfermement pour nous consumer dans la consommation et le gaspillage de notre énergie vitale ?

Qui aujourd’hui crie, parle et tonne et nous fait respecter, comme Aimé Césaire ? Oui, qui ?
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