L’anniversaire inaperçu du département

politique
Illustration département
©Guyane La 1ère
Voici 72 ans, l’Assemblée nationale vote à l’unanimité la transformation en départements des "quatre vieilles colonies" de Guadeloupe, Martinique, Guyane et Réunion. Après sept décennies, l'institution est remplacée par la CTM, qui prend ses marques.
Ce 15 mars 1946, c’est la troisième et dernière séance consacrée à l’examen de la proposition de loi défendue par son rapporteur. À la tribune, il défend un texte de compromis et bataille pour vaincre les dernières réticences, notamment celles du ministre socialiste des Finances, André Philip. Aimé Césaire, le benjamin des députés coloniaux, désigné après une proposition du doyen Gaston Monnerville, député de Guyane, déploie son talent d’orateur.

Conquis ou séduits, les députés votent dans un bel ensemble la loi comprenant trois articles. Elle est publiée au Journal officiel le 19 mars. Les vieilles colonies ne sont plus. Une nouvelle page de l’histoire de France s’ouvre. La création du département en lieu et place de la colonie est une revendication née avant même l’abolition de l’esclavage, un siècle auparavant. Victor Schoelcher en parle dès 1844. Les hommes de couleur libres, ou mulâtres, y sont favorables. Ils veulent ainsi contourner la toute-puissance des colons, ou békés.

Le département : une incontestable amélioration des conditions de vie de la population


Après de multiples et vaines tentatives répétées, le bon moment vient après la Seconde guerre mondiale. Cette fois, le mouvement est porté par les communistes et les socialistes. Objectif : obtenir l’égalité des droits. L’idée se transforme en proposition de loi. Dès novembre 1945, les débats au sein de la commission de la France d’outre-mer révèlent un clivage.

Les communistes veulent l’assimilation intégrale. Et ce, au nom du droit et de la morale. Certains socialistes les rejoignent. D’autres, menés par le Dr. Paul Valentino, de Guadeloupe, prophétisent la perte d’influence des élus locaux au profit des futurs préfets. L’histoire lui donnera raison.

Sept décennies plus tard, les résultats contrastés sont largement connus : une incontestable amélioration des conditions de vie de la population, parallèlement à cette tentation d’effacer notre identité culturelle. La Collectivité Territoriale de Martinique, née elle aussi d’une espérance en 2015, fera-t-elle oublier l’institution l’ayant précédée ? Rendez-vous dans 72 ans !
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