Au-delà de l’abstention, la recomposition politique en perspective

élections 2021
Enveloppe / vote / bureau
Dépouillement dans un bureau de vote (illustration). ©Fabrice Théodose
La faible participation enregistrée aux élections territoriales de juin 2021 marque-t-elle le début d’une nouvelle époque politique ? Une hypothèse qui mérite d’être évaluée.

Et si, en réalité, le fort taux d’abstention marquait un début de révolution civique ? Et si le non vote, non concerté mais néanmoins massif, était un signe de ralliement des citoyens mécontents et insatisfaits par la manière dont ils sont représentés ? Des hypothèses qui pourraient nous permettre de considérer le refus de voter comme une tentative de redéfinir le politique.

A tout bien considéré, ce sont les canaux et les modalités de fonctionnement de la démocratie locale qui semblent remis en cause. Les relations de proximité entre élus et administrés sont désormais interrogées. Autrement dit, les citoyens souhaiteraient voir émerger un nouveau cadre politique pour exprimer leurs attentes, leurs satisfactions et leurs déceptions.

Le mécontentement face à une offre politique perçue comme lacunaire ou encore le manque d’intérêt pour des élections dont les enjeux sont mal perçus ne peuvent plus être admis comme étant les raisons principales du boycott des urnes. Il serait opportun de voir dans ce geste, au-delà de la défiance et de la colère, un appel non dit lancé à l’élite politique afin qu’elle réconcilie la population avec la chose politique.

Le boycott des urnes, un phénomène d’ampleur

 

Il est devenu patent que l’abstention électorale est devenu un phénomène politique en soi. Non seulement, celui-ci prend de l’ampleur, mais il se complexifie. Les récentes élections territoriales en Martinique l’ont montré une nouvelle fois. Avec un record de 66% au premier tour et de 55% au second, elle a devancé tous les candidats.

Les quatre listes qualifiées pour le second tour totalisaient certes près de 80% des suffrages exprimés, mais ceux-ci ne l’ont été que par le tiers des électeurs inscrits. A l’examen du résultat final, la liste gagnante avec un peu moins de 38% des voix n’a été choisie que par 16,3% des électeurs potentiels.

Il se pose ici la question de sa légitimité. Elle est incontestable, certes, mais néanmoins réduite. Le raisonnement vaut pour les trois autres listes. Leur base électorale est si réduite, eu égard au potentiel électoral, que les élus choisis peuvent être vus comme parlant au nom d’une minorité de la population.

Du vote-sanction à l’abstention-sanction

 

Certains analyses objecteront que le nombre de votants importe peu. L’essentiel réside dans le fait que les institutions fonctionnent normalement. Les élus choisis par la minorité agissante des citoyens sont en mesure d’exercer pleinement leurs responsabilités. De même, rien n’indique que les politiques publiques ne seront pas validées. Dès lors, peu importe, en résumé, le nombre effectif des électeurs engagés lors d’un rendez-vous électoral.

Il n’empêche : il faudra bien, à plus ou moins brève échéance, se demander ce que signifie, sur le long terme cette "abstention-sanction", selon le terme de la sociologue française Anne Muxel. Et ce, alors que nous avons eu droit à la présence de quatorze listes de candidats pour ces territoriales de 2021. Ce qui a pu être interprété comme une richesse de l’offre politique proposée.

Une abondance vue, au contraire, par le politologue Justin Daniel comme un signe de la décomposition de notre paysage politique. Est-ce à dire qu’il va se recomposer désormais ? Le débat promet d’être passionnant.