Avec le titre "Ma petite", Rachelle Allison et Meryl dénoncent les abus sexuels sur mineurs

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Rachelle Allisson et Meryl
Rachelle Allisson et Meryl lors du tournage du clip. ©Otehl

La Guadeloupéenne Rachelle Allison et la Martiniquaise Meryl unissent leurs talents pour dénoncer d'une seule voix les abus sexuels sur mineurs dans le cercle familial. Ce titre baptisé "Ma Petite", est extrait du projet musical "Si J’Étais Pire" de Rachelle Allison. 

Si le rythme est plutôt dansant, le message véhiculé dans le titre "Ma Petite" est nettement moins enjoué. Le duo Rachelle Allison et Meryl s'attaque sans détour aux abus sexuels sur mineurs dans le cercle familial. 

Ma petite dehors c’est gore

J’ai mieux à t’offrir si silence est d’or

J’réveille le quartier si jamais t’as mal

J’te rendrai justice avant les cops

Parle-moi si tonton te touche

N’aie pas peur dis-moi il n’a pas le droit

Si jamais ces niamas se touchent quand j’suis pas là pour toi quand tu reviens dis-moi.

Paroles "Ma Petite"

 

Meryl et Rachelle Allison
Meryl et Rachelle Allison sur le tournage du clip "Ma Petite". ©Otehl

À la recherche d'un thème pour leur future collaboration, les deux artistes décident de s'orienter vers un sujet de société plutôt que festif.

Meryl me racontait que la veille elle s'était retrouvée avec des amies et qu'elles ont abordé ce sujet-là. Et en discutant, elles se sont rendu compte qu'elles connaissent toutes au moins une personne qui a subi des faits graves de ce type.

 

Mais aussi qu'elles ont toutes été confrontées à un moment dans leur vie à une situation embarrassante ou gênante, à des degrés moins graves, avec un homme de la famille ou proche de la famille. 

 

On en discutait ensemble et je lui disais que moi aussi je connais du monde et que j'ai eu des situations embarrassantes. 

Donc on s'est dit que ce serait intéressant de parler de ça parce que c'est tellement fréquent...

Rachelle Allison, artiste


"Elles grandissent, mais jamais ne guérissent"


La suite se passe au studio de l'équipe de l'artiste martiniquaise Meryl. Sur place, une fois l'instrumental choisi, les paroles de la chanson s'écrivent à plusieurs mains, en quelques heures.

Ce texte est écrit à trois avec Meryl, Maurane [NDLR Voyer] et moi. Le fait d'être à trois, de se challenger, c'était vraiment ça. On était à trois et on avait cet objectif de faire ce titre ensemble. C'est comme si on était en séance de travail et on échangeait des idées. J'ai un début d'idée et Maurane finit ma phrase. Forcément cela va plus vite. 


Sorti il y a quelques jours (vendredi 28 mai 2021), le clip "Ma Petite" affiche déjà presque 300 000 vues sur la principale plateforme de partage de vidéos en streaming. 

 

Un titre qui suscite bien sûr des réactions


Ce sujet qui touche de près ou de loin de nombreux Martiniquais et Guadeloupéens a suscité des réactions autant de la part de personnalités publiques que d'anonymes. 

C'est un sujet qui a rarement été abordé et qui est très d'actualité, on l'a fait sur du zouk, et il y a surtout la combinaison Rachelle Allison et Meryl. Donc on s'attendait que le titre fasse des chiffres.

Par contre, on ne se rendait pas compte de l'importance du sujet abordé. 

 

Tous les jours, je reçois des témoignages. C'est comme si on était conscientes qu'il y avait un truc, mais on ne se rendait pas compte de l'ampleur. 

 

Pour nous c'était grave parce qu'on connaît trop gens qui sont victimes de ça. Mais le titre a révélé qu'il y en a encore davantage que ce que l'on pensait. 

 

Rachelle Allison et Meryl
Rachelle Allison et Meryl sur le tournage du clip "Ma Petite". ©Otehl

 

Au-delà des partages sur les réseaux.  J'ai rencontré une femme qui m'a donné des frissons. Elle m'a dit "je suis passée par là. Si j'avais pu écouter cette chanson quand j'étais petite ça m'aurait beaucoup aidé. Merci." Ça m'a chamboulé qu'elle me dise ça, j'étais super émue.

 

On a fait ce titre parce qu'on sait qu'il y a des victimes. Mais d'avoir des gens directement concernés qui te remercient, même si elles ont déjà vécu le traumatisme et que ça fait 15 ou 20 ans qu'elles vivent avec ça et que ça leur ramène quand même du réconfort. 

 

Nous on s'est dit qu'on fait ça pour que des petits et des petites qui sont peut-être en train de vivre ça, aient un déclic et dénoncent. Et donc pour sauver des vies. Mais finalement des vies qui ont déjà été touchées par ça arrivent quand même à trouver du réconfort à travers cette chanson.

 

Et c'est vraiment ça qui m'impressionne. Je ne m'attendais vraiment pas à ça. 


L'artiste originaire de Guadeloupe joint les paroles aux actes et va un peu plus loin dans la démarche. Ainsi, sur ses réseaux sociaux, elle incite les victimes à parler et n'hésite pas à communiquer les coordonnées d'associations d'aide aux victimes. 

J'espère que dans quelques mois, les statistiques de victimes qui dénoncent leurs agresseurs vont augmenter. Moi c'est vraiment ce que j'attends de voir. Si dans un an ou deux, on se rend compte qu'il y a plus de dénonciations. Ce serait vraiment... je peux arrêter la musique !
C'est vraiment qu'on a fait quelque chose qui sert à quelque chose. Si on a pu contribuer à améliorer des vies, c'est énorme. 


Le titre "Ma Petite" est extrait de son projet musical "Si J’Étais Pire" qui compte 10 titres. Si la situation sanitaire le permet, l'artiste souhaite faire découvrir "Kind love" en featuring avec le duo saintlucien LuCity.